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La semaine dernière, nous avons vu LUCA à l'Ancre à Charleroi (du 21 au 30 mars au Théâtre National, on vous le recommande encore). Très éloigné par son esthétique et son ton, Flandria, nouvelle création de la maison de production gantoise LOD Muziektheater, se rapproche étonnamment du spectacle carolo. À la source des deux spectacles, il y a en effet un témoignage personnel adressé directement au public, où il est question d'identité, de passé familial, de migration et d'intégration. Là où LUCA partait du retour dans le passé d'Hervé Guerrisi et Grégory Carnoli, Flandria se base sur le parcours et les racines de Roland Gunst, aka John K Cobra, né à Goma d'un père flamand et d'une mère congolaise, puis parti vivre en Flandre à l'âge de 12 ans. Son récit, qu'il lit au pupitre à la manière d'une conférence, se mélange au chant lyrique de la magnifique soprano Emma Posman, coiffée d'une perruque blonde et portant une robe à crinoline dans un look mi-Lady Gaga mi-héroïne de kabuki, et à la musique composée par Benjamin Lycke et interprétée en live par le Kugoni Trio (Nicolas Dupont au violon, Bert Koch au piano et Kurt Vertels au saxophone). Et son témoignage se teinte d'épopée moyenâgeuse en se plaçant sous la bannière à double face du Lion des Flandres, le roman historique (paru en 1838) d'Hendrik Conscience considéré comme fondateur de l'identité flamande et retraçant la fameuse bataille des Éperons d'or qui opposa les milices flamandes à l'armée de Philippe IV de France. Ce Lion noir, à la fois d'origine africaine par essence et symbole flamand par excellence, devient ici par son ambivalence symbole de l'afropéanisme et des brassages entre Afrique et Europe dont Roland Gunst évoque quelques représentants célèbres comme ce Maure peint au XVIe siècle par Jan Mostaert, et comme Alexandre de Médicis, Alexandre Dumas et Alexandre Pouchkine. "L'assimilation est une amputation", clame Roland Gunst. L'appel à la tolérance dans une société cosmopolite et multiculturelle occupe une place centrale.LUCA se caractérisait par un humour omniprésent et efficace. Flandria choisit pour sa part une certaine grandiloquence, une stylisation extrême de l'attitude de la chanteuse (too much, parfois, et tirant en longueur) et l'utilisation d'un décor en forme d'oeuvre d'art, intégrant notamment l'armure étincelante du Lion, qui sera coiffée de deux lances africaines dans un final étourdissant porté par la voix de la soprane.