Opinion

Maxime Delcourt

Pitchfork fait son cinéma

Maxime Delcourt Journaliste

C’était presque une évidence: non content d’être devenu la Mecque de la musique indé à travers son site, son système de notation et ses festivals (à Chicago et à Paris) ou de se frotter aux arts, au design et à la mode via la plateforme Nothing Major, Pitchfork, qui ne connaît décidemment pas la crise, a élargi son offre de contenu cet été en lançant The Dissolve.

Piloté par Keith Phipps, ancien rédacteur en chef de The A.V. Club, ce site, consacré à l’actualité cinématographique, déplace le regard journalistique sur un genre ultra-balisé et affiche clairement ses ambitions: « Ce secteur manquait d’un équivalent à Pitchfork. On a mené une étude et, plutôt que d’ajouter une rubrique, il valait mieux créer un site à part, qui se consacre aux amoureux du cinéma, de la même manière que Pitchfork s’est imposé pour les amoureux de la musique. »

Pitchfork, qui ne connau0026#xEE;t pas la crise, a u0026#xE9;largi son offre au cinu0026#xE9;ma en lanu0026#xE7;ant The Dissolve.

On pourrait y voir une intention un peu clinquante, de la même manière que certains reprochent à Pitchfork sa volonté un peu systématique de (dé)faire la hype, mais ce serait injuste et malveillant. D’abord, parce que The Dissolve rassemble une équipe assez pointue de journalistes spécialisés et majoritairement débarqués du fureteur The A.V. Club (Scott Tobias, Tasha Robinso et Nathan Rabin, pour n’en citer que trois). Et puis parce que le magazine en ligne américain a le mérite de ne pas se limiter au simple traitement de l’actualité ou des dernières tendances. Sur un mode emphatique et critique, il s’engage même dans des analyses qui vont au-delà du box-office, alliant idées novatrices et analyses historiques. C’est d’ailleurs sur ce point qu’il est le plus convaincant, comme lorsqu’il tente d’expliquer l’importance de Wild Style dans la construction du mouvement hip-hop, ou quand il cherche à comprendre la dimension extatique des relations sexuelles dans La Vie d’Adèle. Le reste est plus classique (interviews, chroniques, portraits, news…), mais est toujours traité avec curiosité et ouverture d’esprit. Reste à savoir si The Dissolve, à l’instar de Pitchfork, parviendra à s’inscrire durablement dans le paysage numérique.

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