Miracle à Venise: nos impressions sur la première journée du premier festival ciné « post-covid »

Le jury (masqué) de la 77e Mostra de Venise, avec de gauche à droite: Nicola Lagioia, Roberto Cicutto, Joanna Hogg, Matt Dillon, Christian Petzold, Veronika Franz, Alberto Barbera, Cate Blanchett et Ludivine Sagnier. © Tiziana FABI / AFP
Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

La 77e édition de la Mostra s’est ouverte mercredi soir sur Lacci, de Daniele Luchetti. Impressions de notre envoyé sur place, et critique du film.

Premier festival de cinéma majeur de l’après-confinement, la 77e Mostra de Venise s’est ouverte mercredi soir dans une atmosphère un peu irréelle, dont l’expression la plus tangible aura été la palissade (floquée du logo de la manifestation) barrant la vue du Palazzo del Cinema et de son tapis rouge, privé il est vrai pour l’essentiel de ses stars – à quelques exceptions près, la moindre n’étant certes pas l’actrice australienne Cate Blanchett, présidente du jury. Il y aura un avant et un après pandémie, a-t-on coutume de dire, le cinéma n’y échappant pas, et de l’actrice de Blue Jasmine à Andrea Purgatori, le président des Giornate degli Autori qui introduisait Cigare au miel, le film de Kamir Aïnouz, chacun s’est accordé à dire que la tenue de cette levée 2020 de la manifestation était un « miracolo ».

Cate Blanchett, présidente du jury
Cate Blanchett, présidente du jury© Tiziana FABI / AFP

Puisque les miracles ne vont pas sans quelques menus sacrifices, le festivalier doit désormais s’armer de patience qui, aux contrôles de sécurité renforcés devenus la norme depuis quelques années, voit désormais s’ajouter la prise température aux entrées du site et le port obligatoire du masque, non sans avoir dû réserver ses tickets en ligne. Quant à la jauge des salles, elle a été réduite de moitié, les spectateurs n’occupant qu’un siège sur deux suivant une disposition en quinconce, moyen le plus sûr de garantir la distance sociale – un peu de convivialité en moins, mais de confort en plus…

Jean-François Pluijgers nous donnera quotidiennement ses impressions sur le festival et les films qu’il y aura vu. Toutes celles-ci seront regroupées dans ce tableau pratique.

L’impact du Covid ne se mesure pas qu’aux dispositions pratiques cependant. Alors que la Mostra était devenue la plateforme privilégiée par les studios hollywoodiens dans la perspective des Oscars, la présence américaine est cette fois réduite à fort peu de choses – deux films en compétition à peine, et sans invités encore bien, restrictions sur les déplacements obligent, à savoir The World to Come, de Mona Fastvold, et Nomadland, de Chloé Zhao, la réalisatrice de The Rider, et quelques-uns encore dans les autres sections (et notamment Mainstream, de Gia Coppola, petite-fille de…, ou City Hall, le nouveau documentaire de Frederick Wiseman). Un constat que l’on peut étendre au cinéma asiatique, si bien que, par la force des choses, la sélection 2020 présente une coloration fort européenne.

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Pour la première fois depuis onze ans, et le Baaria de Giuseppe Tornatore, c’est d’ailleurs un film italien qui a ouvert les festivités, à savoir Lacci, de Daniele Luchetti. Le réalisateur de La nostra vita signe là un drame familial intense gravitant, dans l’Italie des années 80, autour d’un couple se déchirant après que le mari ait annoncé à sa femme avoir une liaison, leurs deux enfants contemplant les dégâts. L’histoire est classique, Luchetti lui donne un tour inédit en choisissant de réunir ce couple trente ans plus tard, et en questionnant la nature des liens les unissant, et avec quelles conséquences. Rien de révolutionnaire – l’on n’en demandait pas tant -, mais un film d’une appréciable densité qu’habite la toujours excellente Alba Rohrwacher. Suite, ce soir, avec le premier film en compétition, une production française celle-ci, à savoir Amants, de Nicole Garcia, avec Pierre Niney et Stacy Martin, et la perspective, qui sait, de voir la passion monter de quelques crans.

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