Le film du jour de la Mostra : Bardo, fausse chronique de quelques vérités d’Alejandro G. Iñárritu

Bardo, fausse chronique de quelques vérités.
Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Sept ans après The Revenant, Bardo consacre le retour d’Alejandro Iñárritu au cinéma, mais aussi au Mexique, pour un film étonnant, où le portrait d’un artiste traversant une crise existentielle déborde sur une chronique de la déliquescence du monde. Cet homme, c’est Silverio Gama (Daniel Giménez Cacho), un journaliste-documentariste mexicain vedette, de retour d’un exil américain de vingt ans à la faveur de la remise d’un prix prestigieux. L’occasion de reconsidérer son existence, tandis que présent et souvenirs se bousculent au gré des rencontres parsemant une déambulation où réalité et fiction se mélangent aussi allègrement.

Difficile, par son parcours et ses questionnements existentiels, de ne pas voir en Gama un alter ego du réalisateur, lequel signe ici un film éminemment personnel, nourri également de considérations sur l’identité mexicaine comme sur l’état du monde – à ce point foutu qu’un bébé pourrait fort bien refuser d’y voir le jour. Oscillant entre satire grinçante – on est là, pour situer, dans un univers où Amazon a racheté la Basse-Californie -, farce baroque et drame intime, Bardo s’apparente aussi à une plongée dans le subconscient de son protagoniste, Inarritu laissant rêve et réel s’imbriquer librement tout en lâchant totalement la bride à son imagination. Le résultat est visuellement époustouflant, rappelant à grand renfort d’images spectaculaires qu’il reste un exceptionnel metteur en scène ; il est aussi par moments fort démonstratif, et surtout inutilement long avec ses pas loin de 3 heures. Réserve relative cependant, tant il y a là, affirmée dès la scène d’ouverture en lévitation, une vision d’auteur à nulle autre pareille, un pendant virtuose à Birdman en forme d’autoportrait déguisé.

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