Critique | Cinéma

Le film de la semaine: Les Passagers de la nuit, une perle ultrasensible

4,5 / 5
4,5 / 5

Titre - Les Passagers de la nuit

Genre - Drame

Réalisateur-trice - Mikhaël Hers

Casting - Charlotte Gainsbourg, Quito Rayon-Richter, Noée Abita

Sortie - 25/05

Durée - 1h51

Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Dans l’imaginaire cinéphile, Les Passagers de la nuit est le plus souvent associé à un classique du couple Bogart-Bacall, adapté en 1947 par Delmer Daves du roman Dark Passage, de David Goodis. Mikhaël Hers (Ce sentiment de l’été) en fait aujourd’hui le titre de son nouveau long métrage, balade mélancolique dont le cours épouse harmonieusement celui des années 80. Tout commence le 10 mai 1981, dans la liesse consécutive à l’élection de François Mitterrand. Euphorie communicative mais passagère cependant: trois ans plus tard, l’humeur a bien changé, pour Élisabeth (Charlotte Gainsbourg) en tout cas, quittée par son mari, et tentant, avec plus ou moins de bonheur, de faire front, entre Mathias (Quito Rayon-Richter) et Judith (Megan Northam), ses deux enfants adolescents, et la recherche d’un emploi. Et de laisser le spleen l’envahir, la voix de Vanda Dorval (Emmanuelle Béart), l’animatrice de l’émission Les Passagers de la nuit, lui tenant lieu de boussole au cœur de la nuit. Un programme qu’elle rejoint bientôt pour répondre aux appels des auditeurs, et où elle va rencontrer Talulah (Noée Abita), oiseau tombé du nid à qui elle va offrir de l’accueillir. Et ce quatuor d’entamer un bout de chemin…

Récit d’apprentissage pluriel

Portrait d’une femme à la croisée des chemins, Les Passagers de la nuit déborde sur celui d’un petit groupe de gens, tous peu ou prou à l’heure de s’inventer. Une perspective venue imprimer son élan au film, récit d’apprentissage pluriel -de soi, des autres, de l’amour, de la (sur)vie…- inscrit dans un mouvement fluide que Mikhaël Hers assortit de douceur. Il l’enrobe aussi d’un entêtant parfum de ces années 80 dont il restitue l’humeur, tant musicale (en une sorte de best of alternatif de l’époque) que cinématographique (en ravivant le souvenir des Nuits de la pleine lune et de Pascale Ogier). Jusqu’au grain qui semble inscrire le film en quelque ailleurs, si loin et si proche à la fois. Voir Charlotte Gainsbourg l’arpenter tient du bonheur ineffable, l’actrice, émouvante comme rarement, teintant l’ensemble de fragilité et de souveraine délicatesse. Il émane des Passagers de la nuit un sentiment d’absolue sérénité; quelque chose tenant du cinéma comme une bulle, lumineuse et bienveillante, et ouvrant sur tous les possibles. Et un endroit où l’on aimerait pouvoir s’attarder, enivré par juste ce qu’il faut de nostalgie. Une perle ultra-sensible.

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