A l’occasion de la sortie de «Vie privée», Jodie Foster passe sur le divan: «Comme réalisatrice, j’ai peu de regrets, comme actrice, c’est plus difficile»

Dans Vie privée, Jodie Foster enquête sur la mort d’une patiente en compagnie de son ex-mari, incarné par Daniel Auteuil. © GEORGE LECHAPTOIS

Dans la comédie noire Vie privée, Jodie Foster incarne une psychiatre américaine installée à Paris, qui se mue en détective. Voyage dans les tréfonds de l’âme d’une icône hollywoodienne.

Vie privée de Rebecca Zlotowski

Comédie psy avec Jodie Foster, Daniel Auteuil, Virginie Efira. 1h45.

La cote de Focus: 3/5

Psychiatre américaine installée à Paris, Lilian Steiner perd pied quand elle apprend que l’une de ses patientes s’est suicidée. Persuadée qu’il ne peut s’agir que d’un meurtre, elle décide de mener l’enquête sur ce mystère qui l’entraînera aux confins de la psyché de sa patiente comme de la sienne, jusqu’à renouer avec son ex-mari, et remonter dans ses vies antérieures, deux épisodes qu’elle était loin d’avoir anticipés. Rebecca Zlotowski semble plonger avec une évidente délectation Jodie Foster dans ce murder mystery aux accents «alleniens». Si l’on se réjouit avec elle de retrouver l’actrice à l’écran, on se perd in fine dans les circonvolutions d’une intrigue psychanalytique à l’humour parfois appuyé, qui prend le dessus sur la néanmoins délectable comédie de remariage réunissant un inattendu couple de cinéma, Jodie Foster et Daniel Auteuil.

A.E.

«Fait-on l’interview en anglais ou en français?», demande Jodie Foster, confortablement installée dans une chambre d’hôtel face à l’Opéra de Paris. Ce n’est pas une coquetterie de sa part. L’actrice, née à Los Angeles, a fréquenté enfant le lycée français. «A 10 ans, je parlais couramment le français.» Ce qui s’est avéré précieux dans Vie privée, le thriller psychologique, un brin ironique, de Rebecca Zlotowski, dans lequel elle incarne Lilian Steiner, une psychanalyste américaine installée à Paris qui se perd dans une affaire devenue trop personnelle pour rester professionnelle.

Dans le film, présenté l’an dernier en compétition à Cannes, le personnage de Lilian semble, au premier abord, typiquement «fosterien»: intelligente, analytique, ayant tout sous contrôle. Jusqu’au jour où l’une de ses patientes, Paula, incarnée par Virginie Efira, cesse de venir à ses rendez-vous. Lilian découvre qu’elle est morte, officiellement par suicide. La psy n’y croit guère et se lance dans une enquête, aidée à contrecœur par son ex-mari (Daniel Auteuil).

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Vie privée oscille entre suspense hitchcockien et comédie d’enquête amateur. «Je ne connaissais pas Rebecca Zlotowski, mais après une seule conversation chez moi, à Los Angeles, j’ai su: je devais faire ce film», explique l’actrice. Cet instinct, Jodie Foster l’a souvent appliqué à sa propre vie. Une vie liée au cinéma depuis 60 ans. La comédienne est apparue enfant dans des publicités et a incarné une adolescente prostituée dans Taxi Driver (1976), aux côtés de Robert De Niro. Elle a toujours choisi des rôles où l’intelligence n’était pas une armure, mais un risque. Dans Les Accusés (1988) –qui lui vaut son premier Oscar–, elle incarne Sarah qui, après un viol collectif, se bat contre un système qui préfère la voir comme un prétexte plutôt que comme une victime. Dans Le Silence des agneaux (1991), Clarice Starling est mise à l’épreuve et sous-estimée mais tient pourtant bon. Ce rôle lui apporte son deuxième Oscar.

Grandir parmi les hommes

Une statistique résume sa carrière. «Pendant les 50 premières années, je n’ai tourné qu’un seul film avec une réalisatrice (NDLR: Siesta, de Mary Lambert, 1987). Un seul. En revanche, mes quatre derniers projets étaient tous réalisés par des femmes. C’est fou.» C’est qu’elle a grandi sur des plateaux entièrement masculins. «Pas de réalisatrices, pas de techniciennes. Parfois, il y avait une maquilleuse, une scripte, ou l’actrice qui interprétait le rôle de ma mère. C’était tout.» Cependant, elle n’a pas souvenir de la moindre hostilité. «Martin Scorsese, Robert De Niro, Alan Parker… C’étaient des pères et des frères. Ils étaient gentils avec moi, ils m’ont tout appris, ils prenaient soin de moi comme de leur fille. C’était ainsi.»

«J’ai trop joué ces dernières années. Je veux revenir derrière la caméra.»

Si elle voit aujourd’hui certaines choses différemment, elle regrette rarement un film. «Parfois, je me dis: je n’aurais pas dû engager cette personne. Ou j’aurais dû travailler davantage le scénario. Ou faire appel à quelqu’un d’autre.»

Jodie Foster a réalisé Le Petit Homme (1991), l’hitoire d’un enfant prodige qui ne trouve pas sa place parmi les adultes, puis le film familial Week-end en famille (1995). Ont suivi Le Complexe du castor, sur la dépression et l’autodestruction, et Money Monster (2016), une satire des médias et de la spéculation financière. Entre-temps, elle a réalisé des épisodes de séries télévisées –Orange Is the New Black, House of Cards et Black Mirror. «Comme réalisatrice, j’ai peu de regrets, parce que ces films me semblent être des personnes pleinement formées. Ils sont ce qu’ils sont, avec leurs défauts. J’aime chaque partie d’eux. Comme actrice, c’est plus difficile, parce que je ne contrôle pas tout: ni les idées, ni la musique, ni les autres acteurs. On ne peut être responsable que de son personnage.»

Paula, incarnée par Virginie Efira, s’est-elle réellement suicidée ou s’agit-il d’un meurtre? © JEROME PREBOIS

En équilibre

La thérapie est aussi une constante pour Jodie Foster. Rien d’étonnant pour quelqu’un qui, à 18 ans, a soudain été propulsée au centre d’un cauchemar national. L’un de ses fans, John Warnock Hinckley Jr., a tiré sur le président Ronald Reagan dans le but d’impressionner l’actrice. «La thérapie occupe une grande place dans ma vie. Il ne s’agit pas seulement de soi-même, mais aussi de la relation avec ses enfants, ses parents, de comprendre ce que l’on transmet et à quoi on réagit. C’est utile. Si tout le monde faisait cela, comme faire des études, ce serait formidable.» Elle rit lorsqu’on lui fait remarquer qu’il existe peut-être une surconsommation de thérapie. «Tout, dans la vie, est une question d’équilibre.»

Un équilibre auquel elle aspire aussi dans sa carrière, devant et derrière la caméra. Ces dernières années, elle a surtout été actrice (Désigné coupable (2021), Nyad, True Detective: Night Country (2024)) «J’ai trop joué ces dernières années. A présent, je veux revenir derrière la caméra.» Même si elle ne réalisera sans doute jamais son projet rêvé, un biopic sur la propagandiste nazie Leni Riefenstahl. «C’est la malédiction des projets de rêve. Même les plus grands réalisateurs passent parfois toute leur vie à les poursuivre en vain.»

A la fin de l’entretien, elle parle des rêves. «Je rêve sans cesse que j’ai fait des choses horribles, mais je ne ressens aucune culpabilité. Puis je me sens coupable de ne pas ressentir de culpabilité.» C’est peut-être une image de la Jodie Foster d’aujourd’hui: une actrice qui, toute savie, a dû être exemplaire et qui s’autorise enfin à avoir des failles. Elle ne ressent plus le besoin d’expliquer ce qu’elle ne comprend pas, dit-elle. Elle croit toujours en la science, mais tout autant en l’émerveillement. «Je ne sais pas ce qu’il y a après la mort. Rien, je pense, mais je reste ouverte. La seule chose dont je sois sûre, c’est que je ne sais rien.»

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