Avec Knight Club, Arthur de Pins revisite le XIIe siècle dans un roman graphique en forme de pied de nez.
Knight Club T. 1
D’Arthur de Pins. Editions Dupuis, 192 pages.
La cote de Focus: 4/5
Arthur de Pins (Pêchés mignons, Zombillénium) se lance pour la première fois dans un roman graphique (en deux parties de 200 pages), un format qui donne du souffle et encore plus de dynamisme à son dessin semi-réaliste très stylisé et déjà hypervivant, et pour la première fois aussi dans un grand récit d’aventures médiévales. Le lecteur est plongé au XIIe siècle en Terre Sainte, sur les traces de Séraphine, une forgeronne surdouée qui va réunir autour d’elle une improbable clique de guerriers (vraiment) en tout genre pour protéger son village des croisés, qui, oui, seront les méchants de l’histoire. Histoire passée à la moulinette rock des références de l’auteur, des Fosses carolines, de Cavanna (qui y racontait les Croisades à sa manière, cash et unique), aux Sept Samouraïs de Kurosawa, en passant par toute la filmographie de Tarantino. Le tout, surtout, poursuit deux objectifs: d’abord pousser ses propres limites graphiques et offrir un vrai divertissement populaire et moderne, mais aussi, l’air de rien, se réapproprier une certaine histoire nationale aujourd’hui très instrumentalisée en France, et qui pourtant n’appartient pas à l’extrême droite.

Arthur de Pins le prouve magistralement en intégrant aux codes du genre une solide dose de déconstruction et d’inclusivité. Ici, les chevaliers français sont, ou stupides, ou complètement ringards, et les plus badass de la bande sont des femmes maghrébines! Un joli pied de nez qui ne lui vaudra sans doute pas d’être invité au Puy-du-Fou, mais qui enthousiasmera tout amateur de bonne BD populaire alliant la forme et le fond.
O.V.V.