Critique | BD

La BD de la semaine: Avec «Nos accords imparfaits» le romancier Gilles Marchand s’essaie au 9e art

Le romancier Gilles Marchand signe son premier scénario de BD avec Nos accords imparfaits, dessiné par Cécile Dupuis.
Olivier Van Vaerenbergh
Olivier Van Vaerenbergh Journaliste livres & BD

Gilles Marchand et Cécile Dupuis racontent un couple qui se délite, avec un réalisme qui devient soudain magique, dans Nos accords imparfaits.

Nos accords imparfaits

De Cécile Dupuis et Gilles Marchand. Casterman, 160 p.

La cote de Focus: 3/5

Anton et Hélène s’aiment, vivent ensemble, mais s’éloignent, (presque) inexorablement. Pas la faute d’Hélène, qui vit de sa passion et de son talent de violoncelliste, mais peut-être bien celle d’Anton, livreur de colis, parce qu’il faut bien faire quelque chose, qui se cherche, mais ne se trouve pas. «Il manquait un morceau de la partition. Il me manquait des mesures, des notes», se dit-il alors qu’Hélène lui échappe, obligée de lui asséner ces phrases terribles: «Parfois, quand je suis avec toi, j’ai l’impression d’être seule», «Je crois que j’ai besoin d’une pause». Anton va donc se perdre, au sens propre comme au figuré. Basculant soudain dans la face B du vinyle de sa vie: il devra livrer un colis à celle qui est encore «le bout de [son] monde» dans une ville inconnue, fantasmée et fantasmastique.

Ce réalisme soudain magique convient parfaitement tant au médium bande dessinée lui-même qu’aux multiples métaphores sentimentales de l’auteur, à savoir le romancier Gilles Marchand (Une bouche sans personne, Le Soldat désaccordé) dont c’est ici le premier scénario. Ce récit très contemporain est un peu plombé par sa voix off, effectivement très littéraire, sur le malheur des gens heureux et les attentes des couples d’aujourd’hui, baignant jusqu’à sa face B, heureusement plus solaire, dans un auto-apitoiement parfois pathétique.

Le dessin très aéré, lisible et inventif de Cécile Dupuis, déjà repérée chez Virages Graphiques ou La Revue dessinée, ravive néanmoins l’intérêt graphique et narratif de cette première œuvre un peu froide et solennelle malgré son originalité.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Expertise Partenaire