Avec Cover-Up, la documentariste Laura Poitras et le journaliste Mark Obenhaus dressent un portrait fascinant de Seymour Hersh, grand nom du journalisme d’investigation.
«This son of a bitch is a son of a bitch, but he’s usually right.» C’est ainsi que Richard Nixon décrit Seymour Hersh, journaliste et ennemi juré de l’administration américaine de la fin des années 1960… à aujourd’hui. Etre simultanément insulté, adoubé et craint par un président en exercice, voilà peut-être la preuve ultime, aux yeux de Hersh à tout le moins, qu’il fait du bon travail. Il faut dire que tout au long de sa carrière, il se sera employé à mettre à jour les exactions les plus graves des institutions militaires, politiques ou même financières, dénonçant les abus de pouvoir en tout genre. Durant près de 50 ans, de la guerre du Vietnam au conflit à Gaza, la trajectoire de ce loup solitaire se superpose à celle de son pays et à sa géopolitique mondiale.
Cela faisait près de 20 ans que la cinéaste Laura Poitras (All the Beauty and the Bloodshed, mais aussi Citizenfour, consacré à Edward Snowden) souhaitait faire un film sur Hersh. Portraitiste au regard acéré de l’Amérique post-11-Septembre, elle s’est associée au journaliste Mark Obenhaus, collaborateur régulier de Hersh, pour réaliser ce portrait passionnant qui alterne de façon assez classique mais savamment dosée images d’archives et entretiens filmés avec le journaliste et ses collaborateurs.
Hersh est une figure respectée, redoutée et critiquée du journalisme d’investigation américain. Son travail acharné lui a valu le prix Pulitzer en 1968 pour avoir révélé le charnier de My Lai au Vietnam et, dans la foulée, la politique de la terreur menée par l’armée américaine, coupable de milliers de meurtres et de viols de civils. D’abord membre de l’agence Associated Press, puis journaliste au New York Times, il contribue également aux révélations autour du Watergate et devient la bête noire de la CIA, dont il dénonce inlassablement les opérations secrètes, notamment la campagne de surveillance des étudiants américains dans les années 1970, mais aussi son implication dans le meurtre ou la destitution de chefs d’Etat étrangers.
Après une période floue dans les années 1980 et 1990 où il multiplie les livres polémiques, Seymour Hersh marque à nouveau l’histoire de son pays en œuvrant à la diffusion de clichés prouvant l’emploi de la torture dans la prison d’Abou Ghraib, en Irak. Revenir sur sa carrière, c’est revenir sur un demi-siècle d’histoire, ce que le film fait brillamment, mais c’est aussi partir à la rencontre d’un journaliste passionnément investi, aussi drôle qu’intraitable, capable aussi de reconnaître ses erreurs (notamment dans son traitement des crimes commis par Bachar al-Assad en Syrie). Cover-Up dresse le portrait d’un homme qui sait entendre, écouter et, surtout, faire parler. Un thriller politico-journalistique qui distille habilement la tension, à la gloire du journalisme indépendant. Un rappel plus que jamais d’actualité alors que la presse et le journalisme souffrent d’une image considérablement dégradée.
La cote de Focus: 4/5