Nos journalistes séries ont fait le point sur 2025. Voici leurs tops 10 des meilleures de l’année, toutes plateformes confondues, avec leurs critiques en lien.
Le Top 10 de Julien Broquet
1. Adolescence sur Netflix
Elle a marqué les esprits tant par son fond que par sa forme et n’a laissé personne indifférent. Minisérie télévisée britannique en quatre épisodes, Adolescence raconte l’histoire d’un gamin de treize ans arrêté dans son lit au beau milieu de la nuit par une armada policière digne d’une capture de terroristes pour le meurtre d’une camarade de classe… Ecrit par Jack Thorne et Stephen Graham et réalisé par le spécialiste de l’exercice Philip Barantini (déjà auteur en 2021 d’un film en un plan: The Chef), Adolescence a été intégralement tournée en plans-séquences (comprenez que chaque épisode d’une heure a été filmé avec une seule caméra et d’une traite sans interruption). Exceptionnel.
2. Los Años Nuevos sur Arte.tv
Oscar, médecin, et Ana, serveuse, se rencontrent dans un bar madrilène une nuit de Nouvel An durant laquelle ils fêtent tous les deux leurs 30 ans. Los Anos Nuevos les emmène d’un repas de famille à une virée berlinoise, et retrace leur histoire d’amour contrariée sur dix réveillons de la Saint-Sylvestre. La série signée Rodrigo Sorogoyen (Antidisturbios, As Bestas) se distingue par sa finesse et son réalisme. Magnifiquement emmenée qu’elle est par Iria Del Rio et Francesco Carril, criants de vérité. Une fiction à l’allure documentaire qui, de par son dispositif, laisse libre cours à l’imagination.
3. The Lowdown sur Disney+
Historien de la vérité (c’est comme ça qu’il se qualifie lui-même quand il exerce ses talents de journaliste), le bouquiniste Lee Raybon enquête sur la mort de Dale Washberg, un homosexuel dans le placard dont le frère, politicien en vue incarné par Kyle MacLachlan (Blue Velvet, Twin Peaks), brigue le poste de gouverneur. Imaginée par Sterlin Harjo, créateur de Reservation Dogs, The Lowdown est aussi savoureuse que la prestation d’Ethan Hawke. Une série décalée, drôle et violente qui parlera aux fans des frères Coen.
4. Querer sur Arte.tv
Après 30 ans de mariage et deux enfants, Miren campée par la formidable et bouleversante Nagore Aranburu, décide de quitter le domicile familial et de porter plainte pour violences sexuelles conjugales. Minisérie espagnole réaliste, forte, sobre et interpellante, Querer questionne la domination et le consentement dans le couple. La position qu’y occupe la femme, et les difficultés d’accepter la culpabilité d’un proche. Une plongée d’utilité publique sous le voile des apparences.
5. The Studio sur Apple TV+
Egalement créateur, producteur et réalisateur de la série, Seth Rogen campe un producteur passionné mais frustré promu à la tête d’un studio hollywoodien en difficultés dans cette satire loufoque, mordante et barrée de l’industrie cinématographique. Réunion de casting, visite de plateau, gala de charité, cérémonie de remise des prix… Tout y passe. The Studio est devenu avec ses treize statuettes (dont celles de la meilleure réalisation et du meilleur scénario) la série comique la plus récompensée de l’histoire des Emmy Awards.
6. Nismet sur Arte.tv
Après une tentative d’abus sexuel par le compagnon violent et tyrannique de sa mère dépressive, Nismet (Emma Boulanouar), seize ans, décide de fuguer et atterrit en foyer. Livrée à elle-même, elle tente de prendre son destin en main et de sauver celle qui lui a donné la vie. Cette minisérie de Philippe Faucon est d’autant plus bouleversante qu’elle a été inspirée par le vécu de sa coscénariste, Nismet Hrehorchuk, qui jouait un petit rôle dans son film Amin.
7. Long Story Short sur Netflix
Version hébreu californienne du #1 Happy Family USA de Ramy Youssef qui imaginait les tentatives d’intégration d’une famille musulmane du New Jersey après le 11 septembre, Long Story Short brosse sur plusieurs décennies le portrait drôle et tendre d’une famille juive de la classe moyenne gentiment dysfonctionnelle. A nouveau épaulé au dessin par Lisa Hanawalt, Raphael Bob-Waksberg, le créateur de BoJack Horseman, signe un dessin animé pour adultes empreint d’humour (le premier épisode est décapant), d’affection et de références à la pop culture.
8. Infidèles sur Arte.tv
25 ans après la version cinématographique de Liv Ullmann, qui fut à la fois son épouse, son actrice fétiche et sa muse, Sara Johnsen et Tomas Alfredson (La Taupe) adaptent le scénario le plus autobiographique d’Ingmar Bergman. L’histoire d’un réalisateur fraichement divorcé qui tombe amoureux de la femme de son meilleur ami et la retrouve au soir de sa vie. Gustav Lindh (The Northman) et Frida Gustavsson (Vikings: Valhalla) s’illustrent dans ce drame sentimental qui explore la convoitise, la séduction et l’illusion de la passion.
9. The Chair Company sur HBO Max
Après s’être retrouvé les quatre fers en l’air lors de la présentation d’un important projet immobilier, William Ronald Trosper décide de se plaindre au fabricant de sa chaise. Cette initiative désespérée va l’emmener dans un voyage en absurdie quelque part entre Quentin Dupieux, David Lynch et les frères Coen. The Chair Company marque les retrouvailles de Tim Robinson et Zach Kanin, deux anciens du Saturday Night Live qui avaient déjà fait équipe sur la série Detroiters et des sketches flirtant en permanence avec le malaise.
10. Putain sur Pickx.be
Quand le patron flamand du rap bruxellois décide de tourner une série fort librement inspirée de sa propre histoire, cela donne Putain. Chronique adolescente bruxelloise à la fois attachante et déprimante au final digne de Festen. Réalisé par Deben Van Dam sur une idée et un scénario de Gorik van Oudheusden (Zwangere Guy a aussi supervisé la musique et incarne le papa de Gigi) et Frederik Daem, Putain est un ovni et la bonne pioche belge de l’année.
Le Top 10 de Julien Del Percio
1. Querer (Arte)
En quatre épisodes seulement, titré à chaque fois selon un verbe (vouloir, mentir, juger, perdre), la minisérie d’Alauda Ruiz de Azúa explore les conséquences des viols conjugaux sur toute une famille lorsque l’épouse et mère décide de porter plainte et de demander le divorce. Un portrait d’une pudeur rare qui trouve son point de chute émotionnel lors d’un dernier épisode dévastateur.
2. Mr. Scorsese (Apple TV)
Tout le monde connaît Martin Scorsese, mais jamais personne ne l’avait vu sous ce jour. Avec ce documentaire en cinq épisodes, Rebecca Miller dresse le portrait d’un cinéaste tourmenté, dont le parcours a été jalonné de triomphes mais aussi d’échecs et de rejets d’une grande violence. En creux de l’homme et de sa carrière, la série détaille aussi l’évolution de tout le cinéma hollywoodien, de l’effervescence créative des années 1960-1970 jusqu’au retour à un cinéma plus encadré en 2000, en passant par la «période coke» au début des eighties.
3. The Studio (Apple TV)
Après Adolescence et The Pitt (lire par ailleurs), voilà une autre série qui fait la part belle aux longs plans et au temps réel. Mais cette fois-ci, il ne s’agit pas de créer de la tension ou du réalisme, mais de donner une impression d’effervescence et de panique générale liée à l’univers hollywoodien, à la manière du savoureux film Birdman. Hilarante, survoltée, satirique, méta, The Studio célèbre avec joie les aléas et les maladresses de la création cinématographique.
4. Los Años Nuevos (Arte)
Le principe est aussi simple que vertigineux: raconter dix ans d’une relation amoureuse au travers de dix réveillons de Nouvel An. Une exploration très fine (et parfois un peu déprimante) de l’évolution des rapports humains au fil du temps, qui doit beaucoup à la réalisation tout en longs plans de Rodrigo Sorogoyen (El Reino, As Bestas) ainsi qu’aux deux interprètes, Iria Del Rio et Francesco Carril, assez formidables d’authenticité. Sans doute la grande claque émotionnelle de l’année.
5. Pluribus (Apple TV)
Il s’agissait de l’une des séries les plus attendues de l’année et elle n’a pas manqué de décontenancer le public. Après Breaking Bad et Better Call Saul, Vince Gilligan prend un virage à 180 degrés et verse dans la science-fiction existentielle. En confrontant Carol (Rhea Seehorn, exceptionnelle), une écrivaine dépressive, à une entité collective incapable d’envisager le malheur, la série réfléchit avec finesse sur les notions d’individualité et de responsabilité morale. Le tout est soutenu par une mise en scène toujours aussi inventive et maligne de la part de Gilligan et son équipe.
6. Adolescence (Netflix)
Beaucoup de critiques ont salué Adolescence pour son éclatante réussite technique. Ainsi, chaque épisode est l’occasion d’un long plan-séquence, qui va raconter un aspect d’une sombre affaire de féminicide perpétré par un jeune adolescent. Si le dispositif est d’une virtuosité sans équivoque, il faut tout de même souligner à quel point il renforce le propos: dans un plan-séquence, l’urgence, la tension, mais aussi les silences et les moments de flottement prennent une autre dimension, et permettent à la série d’atteindre un degré supérieure de réalisme et d’émotion brute.
7. The Pitt (HBO Max)
Autant le dire d’emblée: si vous cherchez une série pour vous détendre, The Pitt n’est peut-être pas le meilleur choix. Au travers de quinze épisodes d’une heure, la série explore en temps réel les quinze heures qui composent un shift de nuit tendu dans un hôpital débordé. Une manière de rendre un vibrant hommage aux professionnels de la santé, mais surtout une immersion totale et documentée dans le quotidien d’un milieu qui traverse une crise sans précédent.
8. Monstres : l’histoire d’Ed Gein (Netflix)
Les saisons de Monstres se suivent et ne se ressemblent pas. Ryan Murphy s’attaque ici au terrible Ed Gein, figure mystérieuse –on ne connaît pas précisément le nombre de ses victimes– et terrifiante, qui a notamment inspiré la pop culture et le tueur de Massacre à la tronçonneuse. Le résultat est un show tétanisant, souvent sordide et formellement très accompli, dominé par la silhouette massive de Charlie Hunnam, absolument saisissant dans le rôle.
9. Alien: Earth (Disney +)
Conspuée par certains fans de la première heure, qui voyaient d’un mauvais œil les choix assez radicaux de Noah Hawley (Fargo), Alien Earth n’en demeure pas moins l’une des tentatives d’univers étendus les plus audacieuses de ces dernières années. En s’éloignant de la figure mythologique (et un peu encombrante) du xénomorphe, le show creuse davantage la veine existentialiste de Prometheus et d’Alien Covenant et livre, entre deux scènes de frisson virtuoses, une réflexion passionnante sur le transhumanisme.
10. Les Dossiers oubliés (Netflix)
A l’origine, il y a des romans policiers écrits par Jussi Adler-Olsen, Les Enquêtes du département V, déjà adaptés au cinéma au Danemark. Délocalisé en Ecosse et dans un format plus long, ces Dossiers oubliés permettent à l’enquête de regagner la complexité du roman d’origine, tout en offrant aux personnages tourmentés un parcours émotionnel plus fouillé, en particulier celui du protagoniste Carl Morck, magistralement interprété par un Matthew Goode pourtant loin de son registre habituel.