Critique | Cinéma

Critique ciné | Tár: Cate Blanchett magistrale

4 / 5
Cate Blanchett, magistrale dans Tár - © Florian Hoffmeister / Focus Features
4 / 5

Titre - Tár

Genre - Drame

Réalisateur-trice - Todd Field

Casting - Cate Blanchett, Noémie Merlant, Nina Hoss

Sortie - En salles

Durée - 2h38

Critique - Jean-François Pluijgers

Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Cate Blanchett est magistrale dans Tár, de Todd Field, où elle campe une maîtresse cheffe d’orchestre doublée d’une femme de pouvoir manipulatrice dont l’autorité se met à vaciller.    

On n’osait plus trop espérer un nouvel opus de Todd Field, auteur, au début des années 2000, de deux films qui en avaient fait l’une des figures de proue du cinéma américain indépendant: In the Bedroom et Little Children. Seize ans, et de nombreux projets avortés plus loin, Tár consacre donc le retour d’un surdoué dont, le moins que l’on puisse dire, est que son regard n’a rien perdu en acuité. Derrière le titre du film se cache Lydia Tár (Cate Blanchett), première femme à la tête d’un grand orchestre symphonique allemand, une maestra incontestée que l’on cueille alors qu’elle est au sommet, répondant aux questions d’Adam Gopnik dans le cadre du New Yorker Festival, et s’apprêtant à lancer un livre, Tár on Tár, tout en préparant un concerto très attendu de la Symphonie n°5 de Gustav Mahler.

Une brillante étude sur le pouvoir

Une artiste de génie doublée d’une femme de pouvoir, autour de laquelle gravite une cour affairée aux allures de gynécée. Avec au premier rang Francesca (Noémie Merlant), son assistante, elle-même aspirante cheffe d’orchestre, et Sharon (Nina Hoss), sa compagne, par ailleurs violoniste et “Konzertmeister”, avec qui elle a adopté une petite fille, Petra (Mila Bogojevic) -la seule, lui assénera sa partenaire, avec qui elle ait jamais entretenu une relation désintéressée. C’est que si son obsession du contrôle semble ne pas connaître de limite, la trajectoire de Lydia Tár va en effet dévier de sa courbe parfaite. Le suicide d’une ancienne étudiante, auquel elle ne prête d’abord guère attention, des décisions discutables à la tête de l’ensemble, et les arrière-pensées de certains qui aimeraient voir cette femme chuter de son piédestal, la placent bientôt au cœur d’une intense lutte de pouvoir. Sur le point d’être dévorée par ce système même qui l’a nourrie, tandis que son profil d’excellence sous tout rapport se fissure insensiblement…

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Tár est ce qu’il convient d’appeler un film-monde, une œuvre dont la richesse paraît ne pas devoir s’épuiser. Il y a d’abord son cadre, le milieu guère montré de la musique classique et des grands ensembles, dont Todd Field propose, entre New York et Berlin, une vision aussi aiguisée que pénétrante. Et puis, bien sûr, évoluant en son sein, l’énigmatique Lydia Tár, artiste et femme d’exception, seule en son Olympe, mais dont l’étoile va pourtant se mettre à pâlir inexorablement. Une personnalité complexe, à laquelle Cate Blanchett, étincelante, apporte à la fois l’autorité et l’ambiguïté requises, rehaussées d’un côté ouvertement manipulateur. Et un destin qui permet au réalisateur de se livrer à une brillante étude sur le pouvoir et les rapports de force, perspective qu’il assortit d’une photographie de la société contemporaine, cancel culture, #MeToo, égalité des genres et dérives des réseaux sociaux parmi d’autres infusant une intrigue aux méandres tortueux et fascinants. Mise en scène avec une précision millimétrée et une élégance froide, il y a là une œuvre ambitieuse et sans concession, réussissant à préserver jusqu’à son épilogue ahurissant cette part de mystère que Cate Blanchett incarne mieux que personne, souveraine. Grand film.

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