Le Bruxellois Smahlo, du rap au chant

Smahlo: « même si ma vocation est de chanter, le rap aura toujours une place »

“Le rap aura toujours une place dans ma vie, même si ma vocation est dans le chant.” © dr
Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Programmé au Fifty Lab, désormais signé en France, le Bruxellois Smahlo a laissé derrière lui une enfance compliquée (et le rap), pour un mix chanson-r’n’b-afro

Il nous pardonnera de commencer par là, mais c’est vrai que la ressemblance est frappante. Entre Smahlo, nouvel espoir de la scène musicale belge, et Notorious B.I.G., la légende du rap US assassinée, les traits communs sont troublants: même corpulence, même voix grailleuse, même visage poupon aussi, marqué par des sourcils la plupart du temps froncés. Dans le clip de Horizon, Smahlo est vêtu d’un hoodie noir, au dos duquel son autre alias King Kongo porte une couronne de travers -clin d’œil évident à l’une des photos les plus célèbres de Biggie. Et puis, forcément, il y a le pseudo, qui fait écho à celui qu’on appelait également Biggie Smalls… Même si “au départ, ce blaze de Smahlo n’a rien à voir. C’était juste une blague entre potes, à partir d’un mot qu’on utilise tout le temps dans la rue, pour dire “ils sont nombreux”. Et puis smahli, en arabe, signifie aussi “pardonne-leur”. Ce qui avait du sens, parce que, même si j’ai été souvent trahi, j’ai toujours pardonné…

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Voilà pour la précision. Car in fine, Smahlo n’a pas grandi dans les rues de New York, mais bien dans celles de Bruxelles. La veille de donner un showcase important à Paris, dans le cadre du salon professionnel MaMa, il donne rendez-vous place du Jeu de Balle. “J’habite juste à côté.” Il débarque en claquettes-sportswear et propose de s’asseoir à une terrasse. Alors que les brocanteurs commencent à ranger leurs étals, on demande à celui qui jure (toujours dans Horizon) qu’il ne fera plus “les mêmes erreurs”, de détailler ce qu’on peut trouver sur le sien… De quoi sont composés les morceaux de Smahlo? À première vue, on y entend du r’n’b, des relents de rap, des influences rumba congolaise, comme de la chanson française -l’an dernier, pour la Belgian Music Night de la RTBF, il reprenait Ne me quitte pas, avec Claire Laffut. Lui résume de manière plus lapidaire: “C’est une musique de joie et de tristesse, sucrée et salée à la fois”. Formule éculée, mais qui, pour le coup, semble bien illustrer son parcours…

L’étincelle gospel

Smahlo naît en juin 1997, à l’hôpital d’Ixelles. Ses racines sont congolaises (RDC), mais aussi angolaises, “j’oublie souvent de préciser. L’état civil le connaît en tant que Job Nganziama. Un prénom biblique donnée par un mère très croyante, cheffe de chœur à l’église. C’est d’ailleurs là que le gamin commence à pousser la voix, sur des cantiques gospel africains. À côté du chant, il est surtout fasciné par la batterie et les percussions, qu’il étudie pendant un an à l’académie. Avant d’être envoyé à l’internat…

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C’est que le gamin est “turbulent”. “Je touchais toujours à tout, je répondais mal. Je n’étais pas méchant, mais hyperactif.” En primaire, il est scolarisé dans l’enseignement spécialisé, classé “type 3”, “les violents”. Est-ce qu’il se considérait comme tel? “Non, mais c’est vrai que j’étais impulsif, je pouvais m’énerver pour un rien.” Alors, les parents décident de l’éloigner du “quartier”, l’inscrivent dans un centre d’hébergement, Chapelle de Bourgogne. Ils l’envoient aussi passer un mois au “bled”, à Kinshasa, autant pour découvrir ses origines que “pour me montrer la “vraie” vie, comment les gens vivent là-bas”. “Ça m’a ouvert les yeux. Ce voyage m’a pas mal calmé, ma colère s’est atténuée. Quand je suis rentré, j’étais un autre Job.

© National

L’école reste malgré tout un calvaire. En quatrième, il décroche définitivement, décidé à investir ce qui le passionne vraiment: la musique. Au départ, c’est le rap qui le mobilise -on peut encore retrouver sur YouTube la vidéo d’un freestyle sur Radio Campus, aux côtés notamment de Frenetik, en 2017. La même année, celui qui se fait encore appeler Bigg E. Smalho entame cependant le grand virage vers un format plus chanté. “Un jour en studio, rue du Vautour, on était tous là. Gotti (Maras, l’un des instigateurs de la drill à Bruxelles, NDLR) est venu me parler. Il m’a dit: “Je peux pas te laisser continuer comme ça. Tu gaspilles ton temps. Va dans la musique, je te jure, tu vas y arriver plus vite que nous. Le chant va t’ouvrir d’autres portes.”

S’il finit par se laisser convaincre, c’est un petit deuil que doit faire Smalho -“J’étais fan de Youssoupha, Sexion d’Assaut, etc. Le rap aura toujours une place dans ma vie, même si ma vocation est dans le chant”. Il faut encore un peu de temps pour trouver les bonnes toplines, détailler le grain de voix qui lui va le mieux, etc. Mais petit à petit, la formule s’affine. En 2020, il fait partie des lauréats des Elektropedia Awards. Il se retrouve aussi signé sur La Brique, le label de L’Or du Commun. Mais entre incompréhensions et différences de point de vue, la collaboration tourne court.

Sans doute faut-il aussi se faire à cette nouvelle vie. Sorti au printemps dernier, le documentaire BXXL suit une série de nouvelles têtes de la scène belge, dont Smahlo. Et montre bien à quel point la vie d’un artiste émergent peut être déstabilisante. On y voit Smahlo batailler avec son surpoids, ou avec ses nouveaux horaires. Mais parce qu’il “voit la lumière au bout du tunnel”, il s’accroche. L’an dernier, il finit par rejoindre 3e Bureau, label de Wagram, sur lequel on retrouve notamment Orelsan. Avant un premier album envisagé pour l’an prochain, il a sorti Horizon le mois dernier, EP carte de visite qui lui permet de présenter ses différentes couleurs musicales. Sept titres personnels sans être forcément autobiographiques. “J’ai vécu pas mal de choses. Mais j’ai fini par comprendre que je devais éviter de trop mélanger ma vie perso et le professionnel. Donc, cet EP, c’est un peu ma vie vue comme un film, dont je serais le narrateur…

Smahlo, Horizon, distribué par 3e Bureau. En concert au Fifty Lab (AB Club), le 18/11.

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