Critique | Musique

Nouvel album de Gaz Coombes: « Au début, j’étais fort peu inspiré »

3,4 / 5
Gaz Coombes: “Je vois bien le voyage, l’itinéraire. Ce que j’ai appris avec chacun de nos albums et de mes disques. De mon point de vue, je me suis constamment amélioré.” © DR
3,4 / 5

Album - Turn the Car Around

Artiste - Gaz Coombes

Genre - Rock

Label - Virgin

Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Gaz Coombes raconte la vie après Supergrass et la fabrication, en regardant Mean Streets et Gremlins, de son nouvel album solo.

À 46 ans, Gaz Coombes a toujours les plus belles rouflaquettes du rock anglais. Jadis trublion de la Britpop, Gaz Coombes, le chanteur de Supergrass, sort avec Turn the Car Around son quatrième album solo. Un disque apaisé et classieux avec un petit côté Richard Hawley/Arctic Monkeys. Un morceau qui croise Radiohead et des chœurs à la Queens of the Stone Age (Feel Loop (Lizard Dream))… Impatient mais, à raison, pas super confiant avant le quart de finale de Coupe du monde entre l’Angleterre et la France -“même si je trouve qu’on a notre équipe la plus excitante depuis 1990” (d’affreuses images de David Platt nous viennent à l’esprit)-, Gaz s’épanche.

Tu avais enregistré tes précédents albums quasiment tout seul. Pourquoi t’être fait accompagner d’un groupe cette fois-ci?

Je me suis fait construire un home studio après le premier confinement. Mon voisin bosse dans la construction. Il n’avait pas beaucoup de boulot… Après dix semaines, j’avais ma tanière. C’était génial et important d’avoir cet endroit pour rester créatif. Pour continuer à se nourrir. J’enregistre encore beaucoup tout seul. Mais Nick et Garo jouent avec moi en tournée et on s’organisait des petites sessions à la maison. Je sortais de la bouffe, j’installais un projecteur, et on se mettait un film, les Gremlins, Mean Streets, ce qui passait à la télé, tout en empoignant nos instruments. Ça avait un petit côté école d’art. Avec différents médias, différentes formes artistiques qui apparaissaient dans une même pièce à un moment donné. Je n’avais jamais joué avec ça auparavant. Ce côté Lou Reed, Warhol, Factory. C’était marrant. Je joue quand même de toutes les batteries. La situation dans le monde a eu un impact incroyable sur notre manière de faire les choses et de gérer nos vies. Et sur comment on ressentait ce qu’on faisait. Ce disque a été comme un ami pendant ces deux années. Un ami que j’allais voir tous les jours et auquel je parlais. Quand j’ai terminé l’album, je dois avouer que je me suis senti un peu perdu, abandonné. Genre: mais où est parti mon pote?

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La musique pour ceux qui la font mais aussi pour ceux qui l’écoutent a été comme une bouée de sauvetage pendant la pandémie…

Définitivement. Je pense que toutes les expressions artistiques, toutes les expressions créatives ont été importantes pour résister à l’étrangeté et à l’incertitude. Durant les six premiers mois, j’étais très peu inspiré. On était dans la préservation de nos familles, de notre santé. Mais après, je suis devenu plutôt productif. J’avais beaucoup d’idées. Il fallait juste voir où elles allaient m’emmener.

Qu’est-ce que tu as appris à ton propre sujet quand tu as appuyé sur pause comme tout le monde?

Je pense que ce que j’ai surtout capté, c’est que c’était OK de simplifier nos vies. De tout reconfigurer. De faire demi-tour. D’essayer une autre direction. C’est sans doute ma plus grande leçon. Est-ce que ça va changer mon rapport à la musique, l’approche de ma carrière? Je ne sais pas. Le disque est terminé. Cette période est plus ou moins derrière nous. C’est dingue cette vitesse à laquelle la vie reprend son cours. Mais on ne peut pas oublier tout ce qui vient de se passer. Le virus a en quelque sorte réinitialisé nos cerveaux. Dans la vie, tu t’habitues. Et là, on s’est habitué à vivre chez soi et en sécurité. Je pense qu’on va encore avoir la gueule de bois pour un bout de temps. La gueule de bois de cette anxiété. Mais ça a été super de reprendre la route. De retrouver notre vieille normalité. C’était assez bizarre, je dois dire, de remonter sur scène, d’essayer de rechoper l’énergie d’un public. En voyant les autres, je me suis demandé comment ils faisaient pour recommencer comme si de rien n’était. Mais j’imagine que c’est ce que les gens attendaient de leurs héros. Ils ne voulaient pas qu’ils leur rappellent ce qu’on a traversé.

© National

Il paraît que Steven Spielberg vous avait approchés du temps de Supergrass pour créer une série télé comme celle des Monkees…

Ça devait être en 1996. Je pense que ses enfants avaient vu le clip d’Alright. Ça avait été assez bizarre. Il voulait nous rencontrer. On a été jusqu’en Californie pour une réunion dans ses bureaux. Ça a été une expérience assez incroyable. Ne serait-ce que de faire sa connaissance et d’entendre ce qu’il avait en tête. Une série télé donc. On aurait tous vécu dans la même maison. Des bouffonneries un peu folles. Une vibe Monkees. Mais on voulait vraiment à l’époque enchaîner avec In It for the Money.

Est-il facile de survivre à un groupe comme Supergrass?

Je ne sais pas si ça a été simple ou compliqué. Je n’avais pas prévu que mon premier album solo en serait un. J’ai juste commencé à écrire des chansons et j’ai fini par me dire que j’avais un disque. Je me suis connecté avec mon propre style. J’ai essayé d’être honnête, d’être vrai. De juste faire quelque chose qui me plairait à moi. Je suis resté fidèle à qui je suis et ça a marché. Ça semble ridicule. On devrait toujours tous être nous-mêmes. Mais je n’y avais jamais réfléchi auparavant.

Dans un groupe, tu ne peux pas juste être toi, tu dois être vous…

Bien sûr, ce sont des compromis. Mais j’ai commencé à me produire en 2012 dans des petites salles. Je n’ai jamais cherché à capitaliser sur le succès de Supergrass et à ramener ses fans à mes concerts. Ça a juste sans doute rendu les choses plus faciles. Les gens connaissaient ma voix, elle leur était familière. Mais je pense que ces sept ou huit dernières années, j’ai rencontré un public qui aime ces nouveaux disques. Parce qu’ils sont différents de ce pour quoi ils me connaissaient. Ça n’a jamais été une compétition pour moi. Je me fous de faire mieux. Je me sens bien où je suis. Heureux, béni, de vivre à 46 ans certains des meilleurs, plus créatifs et épanouissants moments de ma vie. Je ne suis pas un grand fan de la nostalgie. Je la comprends et je peux être nostalgique. Mais j’ai besoin d’avancer. Je suis content de le faire de la sorte.

En concert le 01/03 à De Roma (Anvers).

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