Comment le festival Esperanzah! s’est réinventé: «C’était la faillite ou renflouer les caisses»

Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Secoué par une dernière édition compliquée, Esperanzah! a dû se réimaginer. En repassant notamment à trois jours de festival, mais en multipliant les scènes. Inauguration de la nouvelle formule, dès ce 26 juillet, à l’abbaye de Floreffe.

Trois jours de musique -entre têtes d’affiche et découvertes-, du cirque, du stand-up, des animations pour les plus petits, des débats pour les plus grands… Du 26 au 28 juillet, le festival Esperanzah! va à nouveau prendre ses quartiers dans l’abbaye de Floreffe. Fidèle à lui-même et à ses engagements. Mais avec la volonté d’offrir un nouveau visage et une nouvelle dynamique.

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C’est sans doute l’une des clés de la longévité pour un festival: réussir à faire évoluer un machine, pourtant souvent très lourde, pour éviter qu’elle ne s’enlise. Dans le cas d’Esperanzah!, il n’y avait de toutes façons pas le choix. Après une édition 2023 compliquée, marquée par une baisse de la fréquentation, le festival n’a pas eu d’autres options que de se remettre en question. Arnaud de Brye, coordinateur de l’événement, analyse: « L’an dernier, la météo n’a pas joué en notre faveur. Les trois semaines précédant le festival, il a plu quasi en permanence. La semaine avant, on n’avait atteint que la moitié des objectifs en termes de vente de billets. Et comme le week-end même, il a continué à faire mauvais, ça a eu un impact sur les entrées, mais aussi sur les bars, etc. » Ajoutez à cela la concurrence d’un secteur festivalier saturé, l’envol des cachets et l’explosion générale des coûts. Le tout combiné à la philosophie de décroissance portée par l’événement.

Résultat: un trou dans les caisses évalué entre 200 000 et 300 000 euros. Et, après la période déjà périlleuse du Covid, l’existence d’Esperanzah! remise en question. « Nous n’avions que deux options: soit la faillite, soit tenter de renflouer les caisses. » Comme son nom le suggère, baisser les bras, ce n’est pas vraiment le genre de la maison. « En tant qu’asbl, nous ne pouvions cependant pas lancer un appel à capital. C’est pourquoi nous nous sommes transformés en coopérative. » Ce qui change pas mal de choses, notamment au niveau de la gouvernance. « Nous sommes le premier festival belge à appartenir à ses festivaliers. Ou, en tout cas, à ceux qui ont acquis des parts, et disposent dès lors d’un levier d’action: que ce soit pour voter les changements, le budgets, etc. Et comme nous sommes liés à l’économie sociale, chaque coopérateur a le même poids, qu’il ait acheté des parts pour 100 000 ou 100 euros. »


Lancé fin de l’année dernière, l’appel de fonds court jusqu’en décembre. Il a déjà permis de rassembler quelque 170 000 euros. « Mais nous avons déposé aussi des dossiers auprès de fonds qui aident les coopératives. Au final, il nous reste encore quelque 30 000 euros à trouver pour boucler l’appel. On espère pouvoir les récolter rapidement, en convainquant par exemple des festivaliers avec la nouvelle formule. » Car Esperanzah! n’a pas repensé que sa structure. Il a aussi réimaginé son festival en lui-même.

Un festival engagé

Premier changement: l’événement repasse de quatre à trois jours. Par contre, le nombre de scènes explose! « On monte de deux à sept. L’idée est que le festivalier puisse avoir en permanence le choix entre 3, 4, 5 propositions différentes. Auparavant, il se retrouvait souvent à faire simplement des allers-retours entre les deux scènes principales. Ici, il n’aura pas le temps de s’ennuyer -sinon dans les zones plus calmes prévues pour se poser. » Il y aura toujours un podium pour les têtes d’affiche (le Jardin) –« On a fait un gros effort pour trouver les noms fédérateurs qui manquaient peut-être l’an dernier »- et un autre pour les artistes plus émergents (Nova). Mais ils seront donc complétés par cinq autres, qui « existaient parfois déjà à moitié, mais qui n’étaient pas toujours bien identifiés ». Désormais, il y aura de l’électro en continu (les DJ de la Turbine), des arts de la rue (Wakatay) et du cirque (Kokako), mais aussi des concerts plus punk, du stand-up, des drag show, du karaoké live (la Rugissante), et évidemment le Village des possibles pour réfléchir et échanger.

De quoi ranimer la flamme. En espérant qu’elle ne soit pas douchée par une météo à nouveau pas très riante. « C’est vrai. Ce n’est pas gagné. Mais à ce stade-ci, la billetterie fonctionne déjà beaucoup mieux que l’an dernier. On a bon espoir. ça devrait le faire. » Si tout va bien, le week-end prochain, tout le « petit peuple » d’Esperanzah! devrait donc se retrouver à l’abbaye de Floreffe. Une foule souvent très mélangée, rassemblant à la fois un « public familial et bienveillant et un autre plus engagé, qui a envie de découvrir des groupes émergents et porteurs de sens. Mais aussi un public plus jeune et festif. » C’est le plus difficile à capter. « Parce qu’il croule sous les propositions, notamment de la part de festivals qui ont des budgets avec lesquels on ne peut pas rivaliser. »


À se demander, au fond, si Esperanzah! a vraiment besoin de toucher cette cible, déjà hypersollicitée. « Oui. Parce que les deux autres ne représentent pas une « nasse » assez grande. Et puis, au-delà de ça, il y a quand même l’envie et un intérêt à montrer à un public plus jeune qu’on peut monter un festival différent, avec des scènes qui ne sont pas cernées d’écrans led diffusant des pubs toute la journée, par exemple. » Puisque, oui, Esperanzah!, lancée en 2002, dans la foulée du courant altermondialiste, reste attaché à certaines valeurs. « Surtout dans le contexte politique actuel, où l’on assiste à une montée de l’extrême droite. C’est le rôle du festival de permettre aux gens de s’informer sur tout ça. Parce qu’on continue de croire au rôle de la culture et de la musique pour susciter des émotions, mais aussi comme vecteur de changement. » Esperanzah!, pareil et différent à la fois.

Au programme: de MC Solaar à Zaho de Sagazan

Avec un jour de festival en moins (mais, paradoxalement, un nombre d’artistes plus important), le menu d’Esperanzah! reste aussi touffu qu’alléchant. « On a voulu renforcer notre ADN, explique Arnaud de Brye, en s’intéressant aux nouvelles sonorités du monde entier. On avait aussi envie de retrouver des lives forts, avec de « vrais » instruments sur scène. » Ce qui n’empêche pas la présence des DJ, qui auront les clés de la Turbine. Ni de têtes d’affiche rassembleuses. À l’instar du phénomène Zaho de Sagazan, du vétéran rap MC Solaar, du couple Amadou & Mariam ou encore de la révélation Yamê. Côté découverte, la scène Nova partira dans tous les sens, de l’électro-pop galvanisante d’Eloi au jazz explosif de Jean-Paul Groove, en passant par la folk de Porcelain Id.

Esperanzah!, du 26 au 28/07, à l’abbaye de Floreffe. www.esperanzah.be

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