dEUS et Air aux Lokerse Feesten: Worst Case Scenario versus Moon Safari

Après Supergrass qui fêtait en juillet I Should Coco au fin fond du pays, dEUS a joué l’intégralité de Worst Case Scenario (avec Stef Kamil Carlens) et Air la totalité de Moon Safari aux Fêtes de Lokeren. Ou quand les festivals d’été rembobinent les disques à succès des années 90…

1994. Worst Case Scenario. La pierre angulaire du rock belge. 1998. Moon Safari. Disque majeur et magique de la French touch. Il y avait un… air de déjà vu et de déjà entendu, de voyage dans le temps et de nostalgie aussi, jeudi, sur le site des Lokerse Feesten. Parce qu’après l’apéro sifflé par Zaho de Sagazan (en Flandres oui oui, devant des spectateurs qui retenaient leur souffle avec les yeux qui piquent sur La Symphonie des éclairs) et prolongé par Sylvie Kreusch, ce sont deux albums majeurs des années 90 qui ont repris vie au royaume de la saucisse de cheval. Deux classiques de la scène rock et indé européenne sortis à une époque où le vieux continent avait autant son mot à dire dans le secteur musical à l’international qu’aujourd’hui en matière économique ou politique.

Les choses ont beaucoup évolué en 30 ans dans une industrie alors dominée de la tête et des épaules par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Le secteur européen de la musique s’est organisé, développé, battu aussi pour rivaliser et à tout le moins s’exporter. Worst Case Scenario et Moon Safari ont durablement marqué les esprits. Ouvert des portes et nourri les imaginations. L’un comme l’autre sont des ovnis dans le paysage de leur temps. Le décor est raccord. Air débarque la nuit tombée tout de blanc vêtu dans son vaisseau spatial. Une boîte rectangulaire qui semble sortie d’un film de science fiction chic et fait penser à un écran de cinéma vivant. Pas trop non plus. Air, sobre, discret, n’a jamais été un grand groupe de scène. Mais ce visuel, d’une classe folle, fait totalement oublier le manque de vie. Ce disque vendu à plus de deux millions d’exemplaires est de toutes façons une caresse, une bulle, une invitation au rêve, un voyage en apesanteur. Ambiance mélancolique et style rétro futuriste…

Cela fait belle lurette que le tandem versaillais a basculé dans la seule nostalgie. Accompagnés sur scène d’un batteur, le claviériste Jean-Benoît Dunckel et le bassiste et guitariste Nicolas Godin, les Neil Armstrong et Buzz Aldrin de la French Touch, ont depuis longtemps disparu des radars discographiques. C’est bien simple, sa bande originale du Voyage dans la Lune, pour la ressortie en salles en version couleur du film de Méliès, et son Music for Museum commandé par le Palais des Beaux-Arts de Lille remontent à plus de dix ans. En attendant, Moon Safari reste un album intemporel.

Si Air l’a joué dans l’ordre – ce qui lui a fait griller d’emblée ses plus grosses cartouches (Sexy Boy, Kelly Watch The Stars…) -, dEUS s’y prend différemment pour rendre hommage à Worst Case Scenario. Histoire de ne pas se séparer trop vite de Suds & Soda, l’hymne national du rock belge, la bande à Tom Barman a complètement interverti l’ordre de ses titres. Jigsaw You, Via… 31 ans après sa sortie, l’album n’a pas pris une ride. Aventureux. Excitant. Inspirant. Pas un hasard s’il a changé le visage de la scène alternative sur notre plat pays.

Le guitariste Mauro Pawlowski (54) a déclaré forfait pour la tournée de cet été suite à des problèmes de santé. Mais dEUS, qui a récemment embauché un impeccable gratteur norvégien, retrouve pour l’occasion l’un de ses membres fondateurs. Stef Kamil Carlens, qui a quitté le groupe en 1997 pour se concentrer sur Zita Swoon, débarque dès le troisième titre WCS, First Draft, avec sa grande carcasse, sa voix inimitable et un enthousiasme débordant. Le bassiste fait immédiatement entrer le concert dans une autre dimension. Mute, Hotellounge… La prestation est irréprochable mais le public, comme souvent à Lokeren, relativement froid. Combien de personnes ont pris un abonnement pour tout le festival (qui se déroule sur dix soirs et attire des artistes aussi différents que Sean Paul, Clouseau et Gojira…).

Qui dans l’assistance pourtant ultra fournie (tellement qu’il est compliqué de se déplacer) a acheté ce disque ou ne serait ce qu’écouté? Le poids des ans a-t-il eu raison de ses velléités? Mystère. Suds & Soda et le violon de Klaas Janzoons réveillent un peu la foule…  dEUS qui se produira le 22 août aux Solidarités (Namur) et le 31 sur la place Nelson Mandela à Courtrai, s’offre un petit rappel. Termine avec For The Roses et Fell Off The Floor Man extraits de son deuxième album In a bar, under, the sea, du temps où Carlens était encore à bord. La boucle d’une très belle soirée était bouclée. There’s always something in the air…

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