CMAT, Dijon, Cass McCombs, Zoh Amba: on écoute quoi cette semaine?

CMAT mélange grand effets pop et mélodies country sur un nouvel album détonant
Julien Broquet Journaliste musique et télé
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

De l’euro-country de CMAT au R&B fascinant de Dijon, en passant par le songwriting racé de Cass McCombs ou les échappées free jazz de Zoh Amba : voici quelques-uns des albums du moment à ne pas louper

1. Dijon – Baby

Il en faut du culot (ou de l’inconscience), pour mettre au fronton de son disque, un terme aussi rabâché, usé, essoré, voire cliché, que Baby. Dijon a pourtant osé. Parce que, précisément, sa musique embrasse les codes pour mieux les tourner à sa sauce ?

Depuis son énigmatique premier album, Absolutely, en 2021, l’Américain, né Dijon Duenas (1992), titille les oreilles des amateurs de pop et de R&B indé. Ces derniers mois, la hype a toutefois pris une nouvelle ampleur. Aperçu aux côtés de Leonardo Di Caprio sur le plateau du prochain film de Paul Thomas Anderson, Dijon a inscrit son nom au générique du dernier album de Bon Iver, Sable Fable ET sur celui de Justin Bieber, Swag. Un grand écart a priori scabreux, mais réussi. Et qui donne même quelques clés supplémentaires pour appréhender Baby – de la ballade indie Rewind, rappelant le premier, au miel de Yamaha, voisinant sur les terres pop du second.

Annoncé une semaine avant sa sortie, Baby est un fabuleux disque de R&B immersif au cœur vibrant. Expérimentale à sa manière – mais toujours accessible -, la musique de Dijon vous monte moins au nez (vous pensiez vraiment qu’on allait vous épargner le jeu de mot ?) qu’elle ne vous remue le palpitant. Il y a forcément du Prince dans le funk chahuté de Another Baby ! Difficile aussi de ne pas entendre l’influence du Blonde de Frank Ocean dans loyal & marie, superbe ballade lo-fi, où la voix granuleuse de Dijon évolue toujours sur le fil.

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Evoquant sa récente paternité, Dijon enchaîne dès les premières secondes du disque un sample de Pharrell Williams et la voix de sa « baby June »… De par sa nature décousue et instable, Baby donne d’ailleurs souvent l’impression de refléter l’état flottant, dans lequel l’arrivée d’un nouveau-né peut plonger ses néo-parents (existe-t-il expérience plus déstabilisante que de revenir chez soi à trois, accompagné d’un nouveau coloc’ de quelques jours ? Peu probable…). Un mélange d’excitation (Baby !, Another Baby !, HIGHER !, FIRE!, tous placés dans la première moitié du disque) et de vague à l’âme, que Dijon dissèque dans des morceaux souvent touffus, bourrés de mille détails prenants. Superbe. ● L.H.

Distribué par R&R/Warner.
La cote de Focus : 4,5/5

2. CMAT – Euro-Country

Après s’être fait un nom sur ses terres natales irlandaises avec son premier album, conquis l’Angleterre grâce à son deuxième, CMAT vise cette fois le monde. Accompagné d’une campagne médiatique conséquente, et de l’inévitable challenge TikTok viral (la « woke macarena », dérivé de son single Take A Sexy Picture Of Me), son nouveau Euro-Country est bien parti pour relever le pari. Comment ? Son programme est assez bien résumé dans le titre. A l’instar de morceaux comme Iceberg ou Tree Six Foive, Ciara Mary-Alice Thompson de son vrai nom surfe sur la lame de fond soft rock/country qui, de Lana del Rey à Beyoncé, irrigue la pop depuis plusieurs années maintenant. Le tout mêlé à de grands effets camp.

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L’Irlandaise n’est pas pour autant qu’une simple version européenne de, au hasard, Chappell Roan. Comme le prouve ce 3e album, CMAT se démarque avec un sens de l’(auto-)dérision et un franc-parler qui font souvent des étincelles – comme sur l’irrésistible The Jamie Oliver Petrol Station. Le tout porté par des mélodies supérieures. On vous aura prévenu. ● L.H.

Distribué par
La cote de Focus : 4/5

3. Cass McCombs – Interior Live Oak

Né en 1977 à Concord, petite ville américaine située à une cinquantaine de kilomètres de San Francisco, Cass McCombs est l’un des singers songwriters les plus injustement méconnus de sa génération. Généralement bien accueilli par la critique, le travail de l’esthète n’a jamais vraiment embrassé un large succès public. Un peu d’ailleurs comme celui de ses potes Chris Cohen et Jason Quever (Papercuts) qui ont tous deux participé à son nouvel album. Il souffle sur Interior Live Oak un esprit plutôt optimiste pour un homme «habitué à sonder les zones les plus troubles de l’existence contemporaine». Un élan apparemment alimenté par son retour sur le label Domino après quelques années chez Anti et la redécouverte de ses premières compositions à l’occasion d’une campagne de rééditions.

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Comme Will Oldham et Bill Callahan (au demeurant fort courtois), Cass McCombs a la réputation d’un mec taciturne. D’un mauvais client. Pour ne pas dire d’un casse-couilles… Il y a une quinzaine d’années, le bonhomme avait notamment exigé lors de la promotion de Wit’s End que la journaliste des Inrocks lui transmette ses questions par courrier. Interrogations manuscrites auxquelles elle n’obtint d’ailleurs jamais de réponse. Trois ans après Heartmind, marqué par la perte d’un ami proche, le quadragénaire s’offre un disque plutôt lumineux, donc. Un album fluide, naturel, clair comme de l’eau de roche et calme comme un fleuve qui dort. Folk, rock, blues… Interior Live Oak (seize morceaux pour une heure quinze de musique) est tout sauf ennuyeux. C’est une promenade en barque avec un héritier de Kerouac (Cass lui est parfois comparé) à s’émerveiller devant les vastes étendues américaines au son de comptines existentielles et de ballades pour fans de Tom Petty, Bright Eyes et M. Ward. ● J.B.

Distribué par Domino.
La cote de Focus : 3,5/5

4. Zoh Amba – Sun

Une dernière séance de rattrapage alors que s’amorce déjà le déferlement discographique habituel de la rentrée. Fin juin, avant de se produire au Gent Jazz, la saxophoniste et compositrice américaine Zoh Amba publiait avec Sun un remarquable album de free jazz. Imprévisible et sauvage, brute et spirituelle, chaotique et envoûtante, Zoh Amba renvoie à son mentor spirituel Peter Brötzmann, à Pharoah Sanders, à Matana Roberts ou encore à John Zorn qui avait produit son tout premier disque et l’avait publié sur son label Tzadik.

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Révélation du jazz d’avant-garde new-yorkais, Zoh Amba est originaire de Kingsport, dans le Tennessee, où elle est née le 27 avril 2000. Entourée de Caroline Morton (contrebasse), de Lex Korton (piano) et de Miguel Marcel Russel (percussions), la jeune musicienne qui a appris le saxophone dans des conservatoires et dans les bois invite à l’évasion et à l’aventure pendant neuf titres et quasiment trois quarts d’heure de voyage. Un appel à la joie, à l’amour et à la curiosité. ● J.B.

Distribué par Smalltown Supersound
La cote de Focus : 4/5

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