A$AP Rocky, Sault, Otto Benson… : qu’est-ce qu’on écoute cette semaine?

A$AP Rocky sort son nouvel album, huit ans après Testing. © D.R.
Laurent Hoebrechts Journaliste musique
Julien Broquet Journaliste musique et télé

A$AP Rocky back dans les bacs, un nouvel album soul de Sault, le coup de coeur Otto Benson, etc : zoome sur quelques-uns des disques du moment

1. A$AP Rocky – Don’t Be Dumb

Sacré A$AP. Il aura donc fallu que les Internet s’amusent à replonger une décennie en arrière –la trend #back in 2016– pour que le rappeur se décide enfin à lâcher son nouvel album, maintes fois reporté. Si ce n’était évidemment pas calculé, c’est du moins cocasse. Sur TikTok ou Instagram, 2016 est présentée comme la dernière année «enchantée», avant la grande dégringolade et le basculement dans la dystopie. A l’époque, Rakim Mayers, de son vrai nom, vit en effet sa meilleure vie. Au sommet de la pop, A$ap Rocky va toutefois buter en 2018 sur un album, Testing, qui recevra un accueil critique mitigé et connaîtra un succès commercial en demi-teinte. Surtout, il enchaînera les ennuis judiciaires –une altercation en Suède en 2019, sa participation à une fusillade à Hollywood en 2022 (menant à un procès dont il ressortira innocenté)– tandis que, côté business, ses nouveaux morceaux feront l’objet de plusieurs fuites, l’amenant à postposer plusieurs fois la sortie de son album. Dans le même temps, A$AP Rocky a heureusement trouvé l’amour (avec Rihanna) et est devenu père en septembre dernier (le power couple a accueilli son troisième enfant).

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De cette période agitée, le rappeur ressort avec un nouvel album au casting clinquant –Tyler, The Creator, Doechii, Gorillaz, l’indie darling Jessica Pratt, des lointains échos de Frank Ocean, et, tant qu’on y est, la participation de Danny Elfman et même de Tim Burton, derrière la pochette. Musicalement, cela vole plutôt haut: trap parano (Stole Ya Flow), pose indie rock Y2K (Punky Rocky), échappée jazz (le sample de Duke Ellington sur Robbery). A mi-chemin entre la dégaine crâneuse des débuts et les expérimentations de Testing, Don’t Be Dumb prouve surtout que l’intéressé n’a rien perdu de son aura cool.● L.H.

Distribué par Sony
La cote de Focus : 4/5

2. Otto Benson – Peanut

Cet album n’est pas décliné en vinyle. Pas plus qu’il n’a vu le jour en CD. Tout au plus existera-t-il en cassette. Expédition prévue aux alentours de la Saint-Valentin. En attendant, Peanut est sorti le 31 décembre. Il est disponible sur Spotify et Bandcamp. Et c’est ce qui fait exister un artiste, un album, un projet aujourd’hui dans notre monde dématérialisé. Plus connu sous le pseudo d’Otto, Otto Benson est un musicien et électronicien new-yorkais qui a étudié à l’université du Massachusetts, publié des disques sur le label PLZ Make It Ruins créé par Vegyn (producteur entre autres de Frank Ocean, Travis Scott et JPEGMafia) et joué de la basse dans Porches. Avec Peanut, le paysagiste sonore signe un désarmant album de singer songwriter. Un disque nostalgique, tout beau, tout doux, tout rêveur qui marche sur les pas boisés d’un Damien Jurado ou d’un José González. Petit bijou et joli trésor que cette évasion en dix chansons dans le monde d’un artiste qui trouve sa voix. ● J.B.

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Distribué par wnoadiarwb.
La cote de Focus : 4,5/5

3. Sault – Chapter 1

Longtemps, Sault s’est présenté comme une utopie. Un collectif anonyme et mystérieux, ne donnant aucune interview, et ne communiquant que parcimonieusement sur les réseaux, chérissant l’idée que la musique se suffit à elle-même. Certes, avec le temps, l’énigme s’est peu à peu dissipée. Derrière Sault, se cache en réalité le producteur londonien Inflo (vu notamment chez Michael Kiwanuka ou Adele) et une série de fidèles collaborateurs, dont sa compagne, la fabuleuse chanteuse Cleo Sol. Pour autant, le projet est resté fidèle à sa ligne de conduite. Ovni dans une industrie musicale prise dans la course à la viralité, cherchant par tous les moyens à gaver les algorithmes, Sault a enchaîné les sorties surprises, développant une soul music aussi charnelle que politique.

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L’an dernier, le vernis a cependant commencé à se fissurer, quand la rappeuse Little Simz, fidèle collaboratrice du projet, a attaqué en justice Inflo, pour dettes impayées. Difficile donc de ne pas envisager cette nouvelle sortie comme une réaction à cette rupture. Impossible même de ne pas voir dans le morceau-titre une réponse, violente –«You’re just a loser/And hate that I’m a winner». Après avoir enfilé pas moins de treize (!) albums depuis 2019, Sault sort le Chapter 1, de ce qui se présente comme une nouvelle ère pour le groupe. Avec toujours un sens du groove capiteux, assez irrésistible en son genre, et qui bénéficie cette fois du concours de Jimmy Jam and Terry Lewis, producteurs R&B légendaires des années 1990. Mais après avoir levé le poing (Untitled (Black Is), en 2020), chanter la paix et l’amour (Untitled (God), en 2022), la musique de Sault prend ici une tournure plus psychédélique et acide –les guitares corrosives de Puppet, la basse sombre de Love Does Not Equal Pain– cachant désormais mal son désenchantement. . ● L.H.

Distribué par Forever Living Originals
La cote de Focus : 3,5/5

4. Jane Horn – Jana Horn

Autrice, compositrice, interprète et multi-instrumentiste (guitare, piano, bouzouki, violoncelle) texane, Jana Horn a grandi à Glen Rose, près de ­Dallas, imprégnée par l’ambiance spirituelle de la ville et de sa famille baptiste. De quoi expliquer la dimension religieuse presque mystique de sa musique. La singer songwriter qui a fait ses dents avec plusieurs groupes d’Austin (Knife in the Water, American Friend, Reservations) avant d’accepter un poste d’enseignante-chercheuse en littérature anglophone à l’université de Virginie, déballe le très sobrement nommé Jana Horn, son ­troisième album. Ecrit pendant une année ­chamboulée à New York et enregistré en dix jours au studio Sonic Ranch dans le désert texan avec le bassiste Jade Guterman et Adam Jones, le batteur de Bill Callahan, Jana Horn est un disque de folk dépouillé, épuré et habité pour les âmes solitaires. Un des petits bijoux de ce début d’année. ● J.B.

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Distribué par No Quarter/Konkurrent.

La cote de Focus : 4/5

5. The Sha La Das – Your Picture

C’est l’histoire de trois frangins et d’un père qui a appris les harmonies vocales à sa progéniture sur le perron de leur maison familiale à Staten Island (New York). L’histoire du vétéran Bill Schalda (ex-The Montereys) et de ses trois fils (Paul, Will et Carmine) qui ont eu la chance un beau jour de croiser la route de Thomas Brenneck. Le fondateur de Dunham Records (succursale de Daptone), leader du Menahan Street Band, qui les avait aidés à fabriquer leur premier album, est toujours de la partie sur le deuxième. Il le publie même cette fois sur sa propre structure: Diamond West Records. Your ­Picture a des voix de miel, des chansons qui font chavirer les cœurs, grimper la ­température et se rapprocher les corps sur le dancefloor. Il y a un peu de Beatles, de Beach Boys et même de rythmes cubains sur ces douze titres «squette-braguette» mais surtout de la soul à l’ancienne et les codes du doo-wop. Les Sha La Das ont, pour la petite histoire, assuré un temps les chœurs de feu Charles Bradley. Si ça ne vous donne pas envie de foncer les écouter… ● J.B.

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Distribué par Diamond West Records/Konkurrent.
La cote de Focus : 4/5

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