Keeping Two

© National

Will et Connie rentrent chez eux après s’être -manifestement- disputés dans la voiture. Will écoute ses messages, apprend la mort du chien de sa mère et celle de son ancien coloc Tim (23 ans, leucémie) puis entame la vaisselle. Connie, elle, décide de sortir acheter du lait de coco. Et le temps va passer. L’esprit de Will va vagabonder dans des souvenirs apparemment sans lien mais tous hantés par la peur de la mort -la dispute en voiture, le chien de sa mère, le coloc, le contenu d’un livre…- mais Connie ne revient pas. L’esprit de Will alors s’échauffe, et échafaude comme chez tout angoissé les pires des scénarios possibles. Jusqu’à devenir parano, boire un peu trop et soudain partir à sa recherche: “J’ai cru que j’allais mourir sans toi...” Il aura fallu 20 ans de travail à Jordan Crane, et la collaboration de deux éditeurs francophones, pour voir atterrir son grand œuvre, d’abord né chapitre par chapitre dans des autoéditions photocopiées, avant de se poursuivre dans un magazine de Fantagraphics, pour finalement devenir un grand roman graphique, achevé il n’y a même pas un an. C’est que ce cador de la scène indé californienne (L’Ombre de la nuit, Une main en or) a pris son temps et beaucoup de réflexion pour manier la narration de cet ambitieux drame amoureux passant d’une case à l’autre et, sans cesse, du rêve à la réalité. Des procédés parfois expérimentaux et donc passionnants pour ceux “qui aiment ça”, mais qui n’enlèvent rien, au contraire, à la force de ce drame intime et universel qui résonnera auprès de tous ceux qui ont sottement peur de la mort. Ça fait du monde.

© National

de Jordan Crane, éditions Çà et Là/L’Employé du Moi, 320 pages.

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