Jusqu’au bout du rêve

© Anne Marie Fox/Prime Video

La série sur le baseball féminin d’Abbi Jacobson revisite le passé en mode idéalisé. Pour une utopie queer imparfaite mais grisante.

A League of Their Own

En 1992, dans le film A League of Their Own (Une équipe hors du commun pour la VF), la regrettée réalisatrice américaine Penny Marshall (Big) s’intéressait par le biais de la fiction aux débuts bien réels de la ligue féminine de baseball professionnel US. Mise en place durant la Seconde Guerre mondiale en raison du départ sous les drapeaux de nombreux joueurs, cette ligue avait notamment pour but de soutenir le moral des troupes et des ouvriers. Forcément très hétéronormative, entièrement dévolue à des protagonistes blancs, la sympathique comédie sportive de Marshall réunissait une belle poignée d’actrices au tempérament de feu (Geena Davis, Madonna, Lori Petty, Rosie O’Donnell…) face à un amusant Tom Hanks en coach cynique et alcoolique.

Révélée par la génialissime série Broad City, l’autrice Abbi Jacobson s’empare aujourd’hui de ce matériau attachant mais daté dans le but avoué d’en dépoussiérer les enjeux mais surtout d’en élargir sensiblement le spectre. Les huit épisodes de sa League of Their Own racontent deux trajectoires de vie en parallèle. Celle de Carson Shaw (Jacobson elle-même), d’abord, provinciale inadaptée qui intègre l’équipe naissante des Rockford Peaches dans l’Illinois. Celle de Maxine Chapman (Chanté Adams), ensuite, jeune Afro-Américaine qui brûle de faire ses preuves sur un terrain mais bute sur les limites imposées par sa condition au sein de la société hyper conservatrice du début des années 40. Ces deux axes narratifs, bien sûr, sont amenés à converger, dans ce qui s’apparente très vite à une étonnante utopie queer, où chacune entend bien vivre ses rêves selon ses propres règles…

© National

Élan communicatif

Lors de sa création en 1943, la All-American Girls Professional Baseball League fixe des codes très stricts aux joueuses, leur imposant notamment de toujours veiller à bien rester féminines hors du terrain. On voit bien, évidemment, aujourd’hui toute l’absurdité de ce genre d’injonctions. C’est précisément de cela que joue la série d’Abbi Jacobson. Confrontées aux aberrants diktats patriarcaux de leur époque, mais aussi à la violence des remarques sexistes qu’elles essuient au quotidien, les diverses joueuses qui peuplent la série leur opposent une multitude de façons d’être femmes et, très souvent, lesbiennes. On est donc bien ici dans une vision idéalisée du passé, qui frise l’anachronisme, et donc l’uchronie pure, mais qui emporte l’adhésion par son élan et son optimisme communicatifs malgré quelques indéniables longueurs. Impossible, par exemple, de ne pas se laisser gagner par la grisante euphorie d’un sixième épisode où les matchs décisifs s’enchaînent à un rythme effréné tandis que s’accumulent les petites victoires individuelles et solidaires en dehors du terrain. Derrière le paravent souvent futile de la compétition se dessinent ainsi les contours jubilatoires d’une grande entreprise de transformation. Une certaine idée du vivre-ensemble, en somme.

Une série créée par Abbi Jacobson et Will Graham. Avec Abbi Jacobson, Chanté Adams, D’Arcy Carden. Disponible sur Amazon Prime Video.

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