Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

APRÈS UNE RÉSIDENCE TOUT AU LONG DU MOIS DE MAI, LA GALERIE ASFAP LÈVE LE VOILE SUR LES « GUEULES » D’ETIENNE CAIL, UN JEUNE LYONNAIS BLUFFANT.

1830

ETIENNE CAIL, ASFAP GALLERY, 120, RUE DE LA BRASSERIE, À 1050 BRUXELLES. DU 13/06 AU 28/06.

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Avec ASFAP -pour AS Far As Possible-, Agathe Segura a ouvert une brèche dans la scène artistique bruxelloise. La démarche est à découvrir au plus vite, tant elle fait sens en permettant de suivre les méandres d’un processus de création. Le pitch de cette initiative qui propose de passer de l’autre côté du miroir? A la demande de la galeriste, qui fonctionne au coup de coeur et aux relations humaines, un artiste pose ses bagages au 120 rue de la Brasserie pendant un mois. Tout au long de cette résidence, le lieu devient atelier. Un atelier qui s’ouvre au public à la faveur de rendez-vous. Au bout de 30 jours, l’atelier se métamorphose en galerie pendant trois semaines. En guise de briefing, Agathe Segura demande à son invité de dialoguer: soit avec le lieu qui lui tend les bras, soit avec le contexte plus large de Bruxelles. C’est cette seconde solution qu’a choisie Etienne Cail, artiste dont le talent bluffant échappe aux raccourcis. On a bien essayé de lui accrocher l’étiquette « nouvelle école lyonnaise » mais disons-le tout rond: ce label réducteur peine à épouser un travail à la spontanéité évidente. « Les écoles, j’ai pas pu« , aime à répéter ce jeune peintre qui s’est formé à la force des poignets. Seule exception à ce parcours de farouche autodidacte: un passage de cinq mois par l’Atelier de Sèvres. Un malentendu qui l’a renforcé dans sa conviction: peindre, c’est une question d’instinct. Son obsession? Les portraits -les « gueules », pour adopter la terminologie qui lui est chère. Des gueules qui l’entourent depuis qu’il a 18 ans mais qui ont pris une autre tournure, deux ans plus tard, quand l’artiste a croisé les tableaux de Shi Xinning et ceux de Zhang Haiying. Envoûté par l’Asie, Cail a prolongé cette fascination par une immersion en Chine au sein de la ville artistique Songzhuang. De cette expérience naîtra une nouvelle approche: un détournement lumineux, qui consistera à remplacer les figures de tableaux mythiques par des Chinois. Ainsi de cette incroyable toile où un visage asiatique remplace celui du Roi-Soleil.

No fioriture

Dans le cadre de sa résidence, Etienne Cail s’est payé un matériau historique de premier choix: la Révolution de 1830. Avec ses implications liées à la question du pouvoir et sa théâtralité évidente, cet épisode va comme un gant au travail du Français. Il contient ce qu’il faut de germes pour que le peintre puisse y insérer le caractère ludique et politique propre à son approche. On reconnaît ainsi un portrait de Léopold Ier, fusionné avec l’un de ces profils chinois à l’autorité naturelle. La crainte de Cail en la matière? « Ne pas réussir à créer un être charismatique, échouer en façonnant la faiblesse plutôt que la force (…). » On le rassurera d’emblée en disant combien ses toiles invitent à l’humilité contemplative. C’est d’autant plus flagrant qu’il y a un parti pris d’austérité quasi monacale dans son travail. L’homme refuse l’exubérance d’une palette étendue de couleurs pour se concentrer sur l’essentiel. Dans le même esprit, il travaille la peinture à l’huile, qu’il brosse à grands traits sans avoir recours à une quelconque superposition de couches, ni au lavis. Cerise sur le gâteau? Il n’utilise que les pinceaux les plus cheap et travaille vite, réalisant des toiles de 2m50 sur 1m50 en un jour. C’est toujours bon signe quand la peinture se rapproche de la fulgurance…

WWW.ASFAP-GALLERY.COM

MICHEL VERLINDEN

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