Le duo Monique Sonique dénonce le harcèlement de rue dans un clip reptilien

Inspiré des visuels et thématiques de la bande dessinée Les Crocodiles, le clip vidéo de Misère Sexuelle alterne prises de vues réelles et séquences animées. Avec ce clip, le duo bruxellois Monique Sonique pointe du doigt le harcèlement de rue dans un mélange d’ironie espiègle et de situations presque documentaires.

Le court-métrage présente une gamme de personnages masculins sous la forme de crocodiles au regard tantôt hagard, tantôt lubrique. Leur peau couleur vert fluo vient trancher avec la monochromie des prises de vue réelles, filmées de manière presque documentaire. Les refrains se parent d’une animation bariolée, mettant en scène le duo Monique Sonique se vengeant des crocodiles-harceleurs en renversant la vapeur. Les reptiles deviennent à leur tour des objets au sens le plus littéral, se métamorphosant tour à tour en planches de surf ou de skate, voire en ingrédients d’un savoureux cocktail dégusté par le groupe. Une touche de légèreté bienvenue au sein d’un clip aux images parfois dures et à l’écriture poétique et ironique, mais profondément engagée.

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Le clip, comme la chanson, évoque le sexisme ordinaire et le harcèlement de rue, mélangeant une plume et une animation associant humour et double sens. L’énergie caractéristique de Monique Sonique contribue aussi à adoucir le court-métrage, sans atténuer la gravité de son sujet. Misère Sexuelle, flirte avec les touches électroniques et des paroles aussi poétiques que piquantes, pour un résultat électro-pop-punk des plus atypiques. Le duo bruxellois, composé d’Ingrid Heiderscheidt et David Votre Chazam, s’est grandement impliqué dans la conception du clip, puisqu’Ingrid est passée derrière la caméra tandis que la fille de Chazam incarne l’une des harcelées.

Un clip marqué du sceau du groupe, qui ne souhaitait pas rester dans le simple documentaire : « L’humour se présente plutôt sous forme d’ironie, comme dans chacun de nos morceaux. Ce n’est pas à se frapper la cuisse, mais on essaye toujours d’avoir cette forme d’ironie, parce que c’est notre tempérament, notre façon d’écrire, mais aussi pour inverser la tendance. C’est-à-dire ne pas nous victimiser, mais plutôt pointer les crocodiles du doigt. C’était important de ne pas juste proposer un film réaliste ou des situations pathétiques », affirme Ingrid Heiderscheidt. Les animations sont signées de la patte de l’artiste Jeanne Boukraa, ainsi que l’atelier de courts de métrages bruxellois Zorobabel. Un travail long de quatre mois, pour un résultat presque 100% belge.

Les crocodiles sont encore là

La bande dessinée Les Crocodiles, publiée pour la première fois en 2014, pointait déjà du doigt les comportements sexistes et machistes de notre société, tout en invitant à la prise de conscience du grand public. L’animal choisi pour représenter les harceleurs est perçu par les auteurs comme « un reptile à sang froid et visqueux […] un prédateur qui fasse froid dans le dos, loin du loup séducteur et du lion royal ». Affubler ces hommes d’un visage saurien permet aussi « d’éviter de stigmatiser une communauté en particulier », peut-on lire sur le blog des auteurs.

« C’était un lien tellement évident« , affirme Ingrid Heiderscheidt. La jonction entre la chanson de Monique Sonique et la thématique des Crocodiles s’est faite avec l’approbation des deux auteurs: Thomas Mathieu et Juliette Boutant. Leur œuvre avait beaucoup fait parler d’elle à l’époque, notamment en raison d’une exposition annulée à Toulouse, pour cause d’images jugées « vulgaires » et « immorales« . Un fiasco qu’Ingrid Heiderscheidt déplore encore aujourd’hui: « Exposer ces planches en pleine rue, c’était là tout l’intérêt. C’est dans la rue que le harcèlement a lieu. La bande dessinée doit être achetée ou prêtée. Pour écouter notre chanson, il faut acheter l’album ou tomber sur notre clip. Mais en pleine rue, à la vue de tous, c’est le plus accessible.« 

C’est aussi pour éviter de pareilles critiques que le groupe a voulu se montrer plus espiègle au sein de son clip. Et cela se traduit tant au niveau du texte que de l’animation: « Les crocodiles ont un regard bête ! Lorsqu’on les utilise en tant qu’objets, ils sont encore moins malins. Il y a un côté drôle. On essaye aussi de garder un peu de poésie, de ne pas se contenter de dire ‘T’es un pauvre pervers, t’es un connard’, pas du tout! Après pendant les refrains, c’est là qu’il y a une libération. On affirme notre mépris plutôt que notre haine! On traite ces crocodiles de pauvres gars à la vie sexuelle ratée, on les remet à leur place. Certaines images sont un peu crues… Mais il faut parfois dire les choses comme elles sont!« 

Sensibiliser, informer, partager

La diffusion d’un nouveau clip est important pour tout projet musical. Mais l’ambition de Monique Sonique va plus loin que la simple promotion de leur travail: le court métrage se veut militant, éclairant et percutant. Autant de raisons pour le groupe de collaborer avec diverses associations féministes pour assurer la diffusion du clip et le message qu’il véhicule.

« On avait contacté plusieurs associations à l’époque, notamment pour nous financer, mais beaucoup d’entre elles manquent d’argent… Maintenant que le film est terminé, on revient à la charge et certaines sont partantes pour nous diffuser, pour servir de relais! Bien sûr en tant qu’artistes, le clip reste une carte de visite. Mais le sujet est trop important pour le garder pour nous. On espère qu’il pourra être diffusé en tant que court métrage, dans des festivals notamment« , conclut la réalisatrice.

Jérémy Kuprowski

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