Herb Cells, entre un « operap » et de nouvelles créations picturales

De retour à son aquarelle perso après une demi-douzaine d’années d’abstinence, Herb présente au River Jazz Festival sa nouvelle prod hip-hop. © PHILIPPE CORNET
Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

En concert via un nouveau concept hip-hop en dehors des sentiers battus, Herb Cells présente aussi ses dernières créations picturales à Bruxelles. Faites d’eau, d’encre et de café.

Herb Cells sait remplir son temps. À la gestion du label et management NAFF -entre autres occupée par la belle musique de Jawhar-, il traverse le hip-hop via moult expériences comme auteur-rappeur: dans Wild Boar & Bull Brass Band, Frown-I-Brown, GLÜ, ReeDoo & JayRay, ou avec Estelle Goldfarb. Sa spécialité: les noms alambiqués de groupe, habitude qu’il ne dément pas avec l’actuel projet Fokkop.era, –avec un jeu de mots supplémentaire pour la route. “En fait, ça n’a rien à voir avec l’opéra. Mais en anglais un “fokkop” -un fucked-up guy- est un foireux, un imposteur. C’est le côté un rien provocateur de la démarche.

Le premier extrait -visible comme d’autres sur YouTube- voit le grand Herb mixer un vrai flow vocal, punchy et visuel. Mais dans ses vidéos -quatre clips déjà-, il apparaît volontiers en grand ridicule foireux, coiffant pour l’occasion une sorte de longue perruque blanche qui ressemble plus à une méduse égarée qu’au travestissement grande classe. “Je joue une sorte de type naze qui se prend pour Louis XIV mais qui ne l’est pas vraiment. J’aime bien l’idée de mélanger la figure de leader -d’une secte, d’une faction politique, d’une religion- à des moments plus absurdes. Comme dans le clip de God Auction, où je me fais égorger. Égorgé parce que j’ai une carte de crédit dans la gorge alors que je ne le sais pas… God Auction, c’est l’histoire d’une mise aux enchères de Dieu et le récit exprime combien on est pris dans un mélange de dogme, de politique et d’entubage.Vision piquante qui revient inévitablement au grand n’importe quoi des réseaux sociaux mais aussi, peut-être involontairement, à une forme de dérision à la belge.

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Il revisite le filon dans le morceau Straight Outta Swampton qui, outre une allusion au fameux titre de NWA, constitue d’abord une déclaration d’amour à Bruxelles. Tournée dans les égouts de Bruxelles et à la Brasserie de la Senne, la vidéo constitue un drôle d’objet, baroque à l’image du projet: l’histoire de saint Géry qui met une nonne enceinte, Herb étant bien sûr leur fils. “ça me correspond au sens où je suis toujours en train de cogiter, d’essayer de comprendre ce qui est arrivé à ma génération X, qui est la première à ne pas ressembler à celle de ses parents. On a été très contents de l’arrivée du GSM et d’Internet, mais les réseaux sociaux ont ensuite dégagé une grande violence. Ce que ne ressentent pas forcément les plus jeunes musiciens avec qui je bosse. Ils allègent un peu la lourdeur et le cynisme qu’il y a en moi. Calmer les prises de tête et le baroque: sur un beat, ça marche à fond.” À voir lors de plusieurs concerts dès cet automne. En l’absence d’un album, un EP devrait sortir en février. En attendant, une poignée de chansons est déjà disponible sur les plateformes digitales.

Sade & Stonehenge

Sade est tranquillement installée dans une pièce de la maison forestoise d’Herb Cells. En tout cas, sa représentation sur toile. Dans cette peinture aux allures d’aquarelle, on note la dominante des ocres et des bruns, comme éthérés par la pluie et le brou de noix. “Je n’avais plus fait de dessin depuis sept ans. Puis, d’une certaine manière, le Covid m’a ramené aux désirs essentiels: refaire de la musique mais aussi toucher le papier, sentir l’encre. Particulièrement dans cette culture envahie par les écrans. J’ai choisi un autre type de papier, moins rude, un peu plus lisse, de la marque Stonehenge. Assez résistant que pour absorber ce que je vais mettre dessus. Il n’y a pas de mélange des composants en dehors de la feuille pré-humidifiée où je définis à l’avance les zones qui peuvent rester floues et celles qui doivent être nettes. Pour ces dernières, j’utilise moins d’eau.

© HERB CELLS

Le Hasseltois installé à Bruxelles déforme la perspective comme dans une transe, du type de celle qu’il éprouve lorsqu’il écoute du jazz. Avec un ingrédient particulier: en plus de l’encre et de l’eau, il y met du café. Amateur rodé du noir breuvage, Herb a expérimenté il y a quelques années un heureux accident: celui d’une tasse de café qui tombe sur l’un de ses travaux sur papier. Le halo qui en résulte est source d’exploration graphique. Une demi-douzaine d’années après sa participation au River Jazz Festival, Herb Cells revient et recouvre carrément les murs des trois endroits concernés, le Marni, la Jazz Station et le Senghor, avec une cinquantaine de pièces. Sacrée tâche cette fois-ci, nettement inspirée par les musiciennes: “J’ai voulu aller au-delà de ce qui constitue un peu un stéréotype féminin en jazz, c’est-à-dire la chanteuse ou la pianiste, et m’intéresser à d’autres instrumentistes.” La toile herbienne accueille donc des interprètes comme les deux saxophonistes contemporaines, l’Anglaise Cassie Kinoshi et l’Américaine Lakecia Benjamin. Elles ont vu le dessin sur FB, leurs noms y ayant été tagués: “Elles m’ont remercié et je me suis pissé dessus comme un ado de 16 ans (rires).” Silhouettes sensuelles et compositions audacieuses: la narration visuelle d’Herb donne envie de vouloir redécorer ses propres murs. En découvrant tous les types de café essayés par Herb, “bio, mais qu’ils viennent du Brésil ou du Honduras, ça ne fait pas de différence sur le papier, c’est bobo (rires)”.

En concert avec Fokkop.era le 14/11 au Magasin 4 (Bruxelles), le 03/12 au K.No.P (Bruxelles), le 11/02 à l’Entrepôt (Arlon).

Son expo Jazzpresso Ristretto IX est visible à partir du 24/11 dans le cadre du River Jazz Festival, au Marni (Ixelles), au Senghor (Etterbeek) et à la Jazz Station (Saint-Josse-ten-Noode).

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