"Je suis trash. J'aime bien. Ceux qui trouvent que la vie est comme une pub de dentifrice ou qui ne supportent pas de toucher une araignée, moi, ça me rend folle." Simple, posée, Marion Montaigne parle en sourdine dans l'atelier en open space du 11e arrondissement qu'elle partage avec la fine fleur de la bande dessinée parisienne. Une ancienne carterie dans laquelle Bastien Vivès fut le premier à s'installer. Actuellement, on y travaille sur Lastfight, l'adaptation en jeu vidéo de la BD Lastman. "Il y a aussi eu Bertrand Gatignol. Ça va, ça vient. C'est bien. Ça ramène des nouvelles gueules. Moi, j'ai besoin d'un lieu de travail sinon je reste en pyjama toute la journée chez moi. Je suis assez indisciplinée. Ça me déprime un peu..." Née à Saint-Denis de la Réunion le 8 avril 1980, Marion Montaigne se cache derrière Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même!), un blog scientifique humoristique qu'elle a décliné sur quatre tomes chez Delcourt et qui vient de faire son apparition en dessin animé sur Arte. Le professeur Moustache (la voix de François Morel en télé) y répond à des questions aussi farfelues que "Pourquoi j'ai envie de vomir quand je me prends un coup dans les testicules?", "Pourquoi les bébés bavent autant?" ou "Quel mal y a-t-il à boire de l'alcool?". Le tout avec un ton décapant et un sens très trash de la vulgarisation.
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"Je suis trash. J'aime bien. Ceux qui trouvent que la vie est comme une pub de dentifrice ou qui ne supportent pas de toucher une araignée, moi, ça me rend folle." Simple, posée, Marion Montaigne parle en sourdine dans l'atelier en open space du 11e arrondissement qu'elle partage avec la fine fleur de la bande dessinée parisienne. Une ancienne carterie dans laquelle Bastien Vivès fut le premier à s'installer. Actuellement, on y travaille sur Lastfight, l'adaptation en jeu vidéo de la BD Lastman. "Il y a aussi eu Bertrand Gatignol. Ça va, ça vient. C'est bien. Ça ramène des nouvelles gueules. Moi, j'ai besoin d'un lieu de travail sinon je reste en pyjama toute la journée chez moi. Je suis assez indisciplinée. Ça me déprime un peu..." Née à Saint-Denis de la Réunion le 8 avril 1980, Marion Montaigne se cache derrière Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même!), un blog scientifique humoristique qu'elle a décliné sur quatre tomes chez Delcourt et qui vient de faire son apparition en dessin animé sur Arte. Le professeur Moustache (la voix de François Morel en télé) y répond à des questions aussi farfelues que "Pourquoi j'ai envie de vomir quand je me prends un coup dans les testicules?", "Pourquoi les bébés bavent autant?" ou "Quel mal y a-t-il à boire de l'alcool?". Le tout avec un ton décapant et un sens très trash de la vulgarisation. C'est quoi l'idée, avec Tu mourras moins bête? J'ai toujours aimé me documenter, je suis une boulimique de bibliothèques: je me dis qu'il y a plein d'informations passionnantes dans les bouquins autour de moi et que je dois les trouver. C'est une espèce de quête. Je pourrais les inventer, ces histoires. Mais le fait qu'elles soient vraies les rend encore plus cool. Je suis abonnée à plein de magazines scientifiques, j'adore lire ces trucs-là. Et après il faut que j'en fasse quelque chose. Alors, soit j'embête tout le monde à table (ce qui arrive souvent), soit j'en tire un article. C'est fascinant et ça nous sort de notre quotidien, assez voué à l'inaction finalement. C'est de l'aventure par procuration, je crois. On assiste à de plus en plus de projets à la frontière de la science-fiction et de la science. On va ainsi bientôt implanter un utérus à un homme... La science est plus fun qu'en apparence? La politique et l'économie me dépriment. Je n'écoute que de bonnes grosses daubes dont tout le monde a honte. Je possède deux paires de chaussures. Je ne m'achète pas beaucoup de fringues. Je ne suis une grosse consommatrice de rien. La religion non plus ne m'intéresse pas. Si la science me plaît tellement, c'est peut-être parce qu'elle fait chier la religion. C'est en tout cas le seul domaine où je perçois un renouvellement permanent. C'est un support sans fin à l'imagination. Vous parlez souvent de maladies. Vous êtes hypocondriaque? Non. Mais je suis anxieuse. J'aime savoir comment les trucs fonctionnent pour en avoir moins peur. C'est rire pour ne pas flipper. Je me dis que notre corps est super bien foutu. Et donc, de manière générale, je le laisse faire. Si on doit m'opérer, j'opte pour l'anesthésie générale mais je suis capable de regarder toute l'opération avant au Magazine de la santé. Juste pour être prête. Vous avez toujours été aussi trash? J'ai commencé par la littérature jeunesse. Les éditions Bayard travaillaient avec de jeunes auteurs, sur des formats courts. Je suis arrivée avec des sortes de fiches animalières détournées. Ça a donné La Vie des très bêtes. J'ai aussi bossé pour la revue Capsule Cosmique. Mais à un moment, j'en ai eu marre des trucs pour enfants. Je trouvais ça trop aseptisé. Par réaction, j'ai lancé un blog pour me défouler... Après, quand on parle avec un médecin ou un vétérinaire, on se rend compte que leur métier est super hardcore. Je pense d'ailleurs qu'on ne peut pas parler de corps humain sans être trash. Les humains sont des vaisseaux spatiaux à microbes. Faut pas jouer les hypocrites: un bébé, c'est hypercrade. Les parents, ils vivent dans l'urine, le caca, la morve, la gerbe. Les gens accouchent, ont des gastros, et puis, ils font les choqués quand on leur en parle. Je pense qu'il y a des violences plus blessantes que celles du corps et de la maladie -prenez la violence d'entreprise, notamment. L'an dernier, Nadine, ma mante religieuse, est morte à l'âge vénérable d'un an et demi. C'est super drôle, cruel et dégueulasse, une mante religieuse. Vous la nourrissez avec des criquets vivants. Elle mange la patte alors que la tête bouge encore. J'aurais dû la faire s'accoupler à sa dernière mue. Elle aurait bouffé son mâle. Ça vous vient d'où, cet intérêt pour la science? Gamine, j'étais déjà branchée nature, toujours en train de jouer dans le jardin. Je voulais remplacer Nicolas Hulot. Je m'imaginais chez les Papous: j'arrachais des racines en faisant croire que c'est ce que je mangeais. Puis j'ai découvert cet endroit formidable qu'est le labo de bio. J'ai tout fait: élevé des limaces et des escargots, disséqué des souris et des blattes, essayé d'opérer un phasme... J'ai aussi congelé des insectes, ceux qui me dégoûtaient. Dommage que c'était un bac maths-sciences, et j'ai eu peur de ne pas y arriver. C'est de l'intimidation: on te fait comprendre que ça va être dur, que tu n'es jamais assez bon... Alors, je me suis un peu dégonflée. Sans me rendre compte que ça allait déterminer toute ma vie. Heureusement, j'avais d'autres cordes à mon arc. Le dessin, c'est aussi un amour de jeunesse? Je pense qu'on dessine tous. Mais que les auteurs de BD continuent parce que quand ils deviennent ados, moches et boutonneux, c'est ce qui leur permet d'avoir des potes. On est souvent un peu introvertis. Pas nécessairement mauvais élèves, mais timides. On fait du dessin dans notre coin et on continue. Certaines BD m'ont boostée aussi. Quand vous avez bouffé du Disney et du Roi Lion et que vous tombez sur Akira, ça fait un sacré choc: il y avait toute l'agressivité de l'adolescence dans cette BD. J'étais sciée. Je me suis dit: "Je vais dessiner jusqu'à ce que je fasse aussi bien." C'est un âge où on a besoin d'autre chose que de la mièvrerie qu'on nous donne à manger... Après, j'ai fait une école d'art, et étudié l'animation aux Gobelins. Il y a une tendance à la vulgarisation ces dernières années, non? On veut me foutre au chômage, c'est ça? (rires) Je pense que les éditeurs ont constaté à la fois un manque et un intérêt nouveau. Des auteurs de BD s'associent à des spécialistes et des journalistes: ils sortent de leurs ateliers. Casterman va faire de la vulgarisation en sociologie avec Lisa Mandel. Je pense que Delcourt veut développer la science. En plus généraliste, il y a aussi La Petite Bédéthèque des savoirs du Lombard. Je trouve ça bien. Ça colle à l'actualité en même temps: le ras-le-bol politique, l'envie de comprendre le fonctionnement du monde, de découvrir qui en tire les ficelles. Les consciences se réveillent. Je ne pense pas que ça vienne de la BD, même si elle suit le flot. Aujourd'hui, grâce à Internet, beaucoup de gens se documentent eux-mêmes. En France, les vulgarisateurs ont longtemps été assez condescendants: j'ai l'impression parfois qu'on trouve ça un peu sale, quand on est médaille d'or de je-sais-pas-quoi, de comparer un atome à une mouche. Je pense qu'ils se trompent: pour eux, simplifier, c'est avoir tort. Les Anglo-Saxons savent rendre les choses cool et sexy. Chez nous, si tu veux accéder au savoir, il faut que tu en chies un peu. Comme eux, qui en ont bavé. Résultat: tout un pan de la population flippe quand on lui parle science. Et on n'a plus rien sur le sujet à la télé, parce que c'est associé à des trucs chiants. Des trucs qui font fuir tout le monde. C'est quoi votre école, à vous? Enfant, je regardais C'est pas sorcier quand j'en avais le droit. Ou Il était une fois la vie. Il y a aussi eu Bill Bryson et son bouquin Une histoire de tout, ou presque. Bryson n'est pas scientifique. Mais il s'est dit: "C'est pas grave, je vais aller voir des spécialistes." Au début du blog, moi, j'habitais devant La Villette et sa médiathèque des sciences. Je bossais beaucoup là-bas. Et petit à petit, des chercheurs ont proposé que je passe visiter leur labo. J'ai d'abord eu un physicien et un mec de l'Institut Pasteur. Puis, je suis partie tirer à l'arme à feu avec un flic. J'ai fait un vol parabolique aussi. Côté humour, mon école, c'est Reiser, Vuillemin, Les Nuls... Comment s'est opéré le passage de Tu mourras moins bête au dessin animé? Un producteur est venu me voir en 2009. Il voulait l'adapter en animation pour le Net. Mais pour moi c'était prématuré. Il est revenu à la charge il y a trois ans, quand Arte a lancé un appel d'offre. Le livre était sorti, et il marchait bien. Le deuxième tome avait reçu un prix. Après deux ans de boulot, on va maintenant voir si la France est prête à manger du trash à 20h50... Le blog m'a permis d'exister, de tester des choses, de tâtonner. Avant, c'était plus bancal: moins bien dessiné, plus court, pas toujours aussi bien documenté. J'ai lu des trucs, j'ai appris aussi. Quand on est venu me chercher, j'ai dit: "Soit on fait un truc fidèle, avec le même ton, parce que c'est ça qui fonctionne -le fait d'être irrévérencieux et d'y aller carrément. Soit on laisse tomber: moi, je ne vous ai rien demandé, je peux vivre sans que ce soit en animation." Je craignais le "On va retirer les enfants qui meurent, on va mettre un crocodile. Puis il va pas se passer ça", les personnages qui ne peuvent plus monter dans les arbres, ou manger de cacahuètes, ni de frites sans quoi vous devez montrer un fruit juste après pour compenser. Ça fait des dessins animés où il ne se passe rien et ça va trop loin. Puis après ça donne des enfants très bizarres. La suite, c'est quoi? Là, je dois écrire la deuxième saison. Il faudrait que ça se vautre comme une vieille bouse pour que ça ne se fasse pas. Enfin, peut-être que tous les catholiques de France vont crier au scandale. Sinon, on a un astronaute qui va partir l'an prochain. Et j'aurai peut-être la possibilité d'aller voir les labos qui le torturent. Je trouve ça super drôle, l'espace. Tout y est compliqué. Pas seulement les toilettes. On n'y mange pas de chips par exemple -ça pourrait vous filer droit dans l'oeil...