Pourquoi s'évertuer à capter et fidéliser un public quand l'essoufflement est perceptible, l'inspiration se tarit, le renouvellement tarde et le résultat paraît bâclé? Alors qu'Homeland propose une septième saison que plus grand monde n'attendait, que Grey's Anatomy s'accroche à sa quinzième comme un junkie à sa méthadone, que The Walking Dead en impose une neuvième sans que l'Unicef ou la WWF y trouvent à redire, penchons-nous sur quelques exemples significatifs d'une écologie sérielle parfois mise à mal par des impératifs économiques ou industriels.

Les plus courtes sont les meilleures

Évidemment, la première pensée va au phénomène hors-temps des "daytime soap operas", ces feuilletons abreuvés à l'eau de rose et nourris à l'intrigue perverse (rivalités, meurtres, adultères, inceste et chirurgie esthétique) qui sévissent depuis parfois trois générations sur les chaînes américaines. Mais il n'est pas besoin de traîner le destin de familles sur plusieurs générations pour que les scénaristes et surtout les producteurs donnent l'impression de ne plus savoir où aller, d'avoir perdu en cours de route le fil de leur histoire et le sel de leur récit. Alors que les séries adoptant un format plus serré d'une, deux ou trois saisons se font plus nombreuses, privilégiant une histoire bien bouclée plutôt qu'une fin ratée. Quand certains ont choisi de s'arrêter au bon moment (The Sopranos, The Americans, Dr House...), d'autres persistent à jouer les prolongations, quitte à perdre un peu de leur superbe ou de carrément verser dans la gêne.

Grey's Anatomy

Pour mieux se récupérer? Parfois. Il n'aura pas fallu plus de quatre saisons pour que Dexter, qui a pourtant impressionné durant ses deux premières, s'essouffle dans des tourments émotionnels et des détours narratifs dont personne n'est sorti gagnant. L'expert légiste "vigilante" a encore sévi durant quatre autres interminables saisons. Semblable éclatement de bulle pour Nip/Tuck et ses deux sémillants chirurgiens esthétiques qui ont fait rimer leur profession avec pervers narcissique durant six années, les trois dernières baignant dans une pénible crise de quarantaine, une quête sexuelle aux sursauts de mansplaining et de slasher movie tiré par les implants capillaires.

Pas d'Homeland sans casser les yeux

Les audiences et critiques sont particulièrement divisées sur le cas The Walking Dead. Louée pour son audace et ses sous-textes parcourant un récit qui avait tout du défi, l'adaptation du comics de Robert Kirkman signée Frank Darabont s'est enfoncée, dès la saison 6, dans une impasse narrative dont elle n'est toujours pas sortie, mal réalisée et aux effets spéciaux bâclés. Darabont a beau pérorer qu'il pourrait tenir des milliers d'épisodes, les clans humains ultraviolents qui passent leur temps à jouer à "tu me fuis/je te suis" avec les zombies, pris d'une sorte de jouissance par le mal comme ultime horizon utopique, devraient peut être songer à abandonner la lutte et se laisser croquer pour de bon.

The Walking Dead

Parallèlement, et dans un autre genre, Homeland a vu sa septième saison débuter sur BeSeries: si l'engouement a été immédiat et sa popularité fulgurante, le show d'espionnage antiterroriste a subi le contrecoup de saisons 2 et 3 aux relents racistes et anti-islam. Même si la suite a montré sa capacité de renouvellement, la série signée Howard Gordon ne s'était jamais vraiment relevée. Alors qu'on pensait l'affaire pliée, voilà que la nouvelle saison entraîne l'agent Carrie Mathison (Claire Danes) dans une radiographie sombre de l'Amérique de Trump et regagne des points dans le money time, avant un huitième volet, qui sera bien ultime celui-là. Gordon aurait dû savoir à quel point il est difficile pour une série de se redresser après une suite d'épisodes traumatiques: la série 24 (24 heures chrono), malgré une critique quasi unanime, a connu semblable retour de flamme après des scènes de tortures singulièrement insoutenables... et d'actualité.

Dans une scène du film Stand by Me, réalisé en 1986 par Rob Reiner, le personnage principal, Gordie Lachance, se montre perplexe vis-à-vis d'une série à succès, La Grande Caravane (Wagon Train). Entre 1957 et 1965, ce feuilleton bien réel a conté les aventures d'une caravane de pionniers reliant le Missouri à la Californie. Au cours de 284 épisodes passés à crapahuter vers l'Ouest, ses héros incarnant le mythe de la nouvelle frontière américaine "n'arrivent jamais nulle part. Ils ne font que voyager dans leurs chariots", constate le jeune Gordie. Soulignant le caractère longuement répétitif, et sans issue visible, d'une série populaire qui tourne en rond et peine à trouver son épilogue, cette question peut très bien s'appliquer à certaines de nos séries contemporaines.

Les immortelles

Les Simpson

Sacrée plus longue série (1) de l'Histoire avec ses 641 épisodes depuis le 17 décembre 1989. En 30 saisons, la série animée de Matt Groening a su s'adapter aux changements politiques et culturels pour servir une critique acerbe et juste de l'Amérique "white trash". Rire jaune n'aura jamais été aussi bon.

(1) américaine, diffusée en primetime

Doctor Who

Véritable ovni dans sa conception, sa longévité et sa diversisté stylistique, la britannique Doctor Who, deux séries de 845 épisodes au compteur, a connu des réincarnations multiples, des hauts et des bas mais a maintenu un intérêt constant et un visage culte de 1963... jusqu'à aujourd'hui.

Des jours et des vies

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Les chiffres sont stratosphériques: Des jours et des vies (Days of our Lives), lancée en 1965 sur NBC, fêtera son 13.456e épisode le 26 octobre prochain. Loin derrière les 15.762 épisodes de Haine et passion (Guiding Light, CBS) entre 1952 et 2009, ce serpent de mer télévisuel est toujours en vie, mais plus visible sur une chaîne francophone en Belgique.