Regroupées dans un orphelinat qui rappelle l'école de surdoués du Professeur Xavier (X-Men), une escouade de femmes nanties de super-pouvoirs se donne pour mission de protéger leurs semblables, cibles des discrimination du pouvoir et sous la menace de funestes factions. Ces "Touchées", comme elles sont appelées, révulsent l'establishment d'un Empire britannique déliquescent et aux abois, d'autant que leurs super-héroïnes fédèrent par leurs actions les revendications des classes inférieures.
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Regroupées dans un orphelinat qui rappelle l'école de surdoués du Professeur Xavier (X-Men), une escouade de femmes nanties de super-pouvoirs se donne pour mission de protéger leurs semblables, cibles des discrimination du pouvoir et sous la menace de funestes factions. Ces "Touchées", comme elles sont appelées, révulsent l'establishment d'un Empire britannique déliquescent et aux abois, d'autant que leurs super-héroïnes fédèrent par leurs actions les revendications des classes inférieures. Les actrices irlandaises Laura Donnelly (Outlander) et Ann Skelly, qui incarnent les cheffes de file badass et coeur tendre des Touchées, Amalia et Penance, évoquent les ressorts d'un récit épique qui s'empare des débats actuels sur la prise de parole des minorités, les privilèges et le patriarcat. Derrière son décorum historico-fantastique victorien, The Nevers épingle l'attitude des classes dominantes envers l'altérité, et les multiples visages de sa répression. Une manière d'entrer dans des débats très actuels? Laura Donnelly: The Nevers engage un dialogue triangulaire entre les notions de pouvoir, d'égalité et d'oppression. Qu'il s'agisse des Touchées ou d'autres franges de la population, des individus s'emploient à acquérir le droit de faire entendre leur voix, explorent ce que ça signifie réellement d'être "autre" au sein d'une société. Tandis que pour les privilégiés, la lutte pour l'égalité passe pour de l'oppression. Ils réagissent de la même manière que la plupart d'entre nous dès lors que nous sommes confrontés à la remise en cause de nos privilèges. C'est une conversation que nous devrons un jour mener jusqu'au bout si nous voulons évoluer. Ann Skelly: C'est un peu comme si l'époque victorienne nous avait filé une gueule de bois qui dure encore aujourd'hui. Comme si nous n'étions toujours pas revenus de cet establishment moisi. Tout ce système a besoin d'une bonne remise à neuf s'il veut être en phase avec le monde d'aujourd'hui, pour pouvoir vraiment inclure les groupes qui sont encore discriminés. C'est hallucinant, si on regarde The Nevers sous cet angle, de voir que si peu de choses ont changé. Mais en filigrane, il y a ce message: l'espoir, la compassion, l'empathie déplacent des montagnes, nous font faire des bonds de géant dans la lutte en faveur d'un monde plus inclusif. Bien plus que la testostérone et les muscles. Les pouvoirs de vos personnages ne viennent pas sans un prix à payer en retour, particulièrement élevé parce qu'elles sont femmes. Et plus le pouvoir est grand, plus fort est le prix à payer? LD: Toute personne qui se retrouve à l'origine d'un mouvement culturel, social ou politique fait l'expérience, je pense, du sacrifice. Plus vous faites partie de ces premiers battements, plus vous êtes aux avant-postes et plus le prix à payer risque d'être élevé. Imaginez: des femmes sont mortes simplement pour me permettre, aujourd'hui, d'avoir le droit de vote. Ces deux idées mises côte à côte paraissent dingues, et c'est pourtant la vérité. Amalia, le personnage que je joue, se sent plus à l'aise dans une position de danger. Mais la beauté de sa relation à Penance et ce qu'elle trouve de réconfort et de solidarité dans la collectivité des Touchées peut lui permettre de comprendre que non, décidément, elle ne doit pas nécessairement passer par la souffrance. Penance est celle qui lui permet de sortir de cette spirale et lui montre un autre chemin: tu peux toujours te dresser contre l'injustice tout en préservant de l'empathie et de l'amour envers toi, comme tu le fais pour les autres. AS: Toutes les Touchées paient le prix de leur différence. C'est l'exclusion. Mon personnage Penance parvient à utiliser son pouvoir et trouver sa voie aux portes de l'ordre établi parce que personne ne va lui donner du travail, ni dans une usine, ni dans un bureau. Elle est la patronne de son propre monde. Il y a quelque chose effectivement de très... "capacitant". En termes de prix à payer, on verra à mesure qu'avance la série que ses luttes internes, ses dilemmes moraux vont la rendre plus vulnérable. Le prénom de votre personnage est explicite: "Penance" en anglais signifie "pénitence", une punition que l'on s'inflige en raison d'une faute commise... AS: C'est une porte d'entrée, oui. Cette idée d'une auto-affliction, par ailleurs, on la retrouve beaucoup dans la culture irlandaise, dont je suis originaire. Cette tendance permanente à l'autodénigrement, l'autodépréciation, ou l'autodérision. Je ne sais pas si c'est quelque chose qui vous est familier en Belgique? Oh, vous n'avez même pas idée! AS: (Rires) Ah, vous voyez donc où je veux en venir! Dans la culture irlandaise, ou plus largement anglo-saxonne, nommer quelqu'un Penance n'est pas du tout anodin. Ça renvoie à quelque chose de culturellement et sociologiquement très concret. Penance a une très grande conscience morale. Et dans le contexte si belliqueux et vicié qui est celui de The Nevers, ça ne peut qu'avoir un prix: une forme de punition, de pénitence. Que The Nevers soit écrit, produit et dirigé par des femmes (voir ci-dessous) a-t-il, d'après vous, influencé le récit et le sens porté à ces thématiques? LD: Ça se sent en tout cas. Je suis incroyablement fière de prendre part à une fiction écrite, produite et dirigée par des femmes qui aiguise notre perception des inégalités dans la société. AS: Cette série ne manque vraiment pas de personnages féminins singuliers qui ont chacune leur arche complexe, leurs voyages intérieurs. Plus jeune, je rêvais de devenir actrice en regardant Retour vers le futur ou Scarface -en cachette celui-là. Je me souviens de ces rôles formidables, mais joués par des hommes, des êtres aux failles gigantesques, des caractères complexes. Il n'y avait pas, ou peu, à l'époque, de rôles féminins de ce type. Ici, c'est le contraire. J'aime beaucoup l'idée que mon personnage de Penance puisse rappeler, par son excentricité, celui de Doc Emmett Brown. LD: En tant qu'actrice, je suis reconnaissante de pouvoir jouer des rôles aussi complexes, intéressants, excitants que les rôles masculins. La dynamique de la série et le rôle qui est le mien peuvent paraître inhabituels, mais c'est exactement là que j'ai toujours eu envie de me retrouver en tant qu'actrice. Pour moi, tout part de là et je me réjouis de voir où ça va nous mener dans un futur proche.