L'air de rien, nous assistons à une migration tectonique de la série: Netflix, Hulu, Amazon ont bénéficié en 2016 et 2017 de succès critiques et publics ainsi que de récompenses prestigieuses, et ont attiré sur leurs projets des réalisateurs, acteurs et producteurs de prestige. En 2018, cette tendance ruisselle amplement sur tout le business. Pour rallier le public à leur cause, télés et plateformes rivalisent de séries évènements portées par des noms qui claquent. Têtes de gondole ou énième preuve que le format est devenu la pierre de touche de toute création audiovisuelle, ces personnalités colonisent les séries à venir, les transforment en blockbusters de poche et empêchent, a priori, les formats réellement inventifs et les nouveaux venus de se faire une place dans l'imaginaire collectif.
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L'air de rien, nous assistons à une migration tectonique de la série: Netflix, Hulu, Amazon ont bénéficié en 2016 et 2017 de succès critiques et publics ainsi que de récompenses prestigieuses, et ont attiré sur leurs projets des réalisateurs, acteurs et producteurs de prestige. En 2018, cette tendance ruisselle amplement sur tout le business. Pour rallier le public à leur cause, télés et plateformes rivalisent de séries évènements portées par des noms qui claquent. Têtes de gondole ou énième preuve que le format est devenu la pierre de touche de toute création audiovisuelle, ces personnalités colonisent les séries à venir, les transforment en blockbusters de poche et empêchent, a priori, les formats réellement inventifs et les nouveaux venus de se faire une place dans l'imaginaire collectif. La photo promo de Electric Dreams a des allures de all star band: Steve Buscemi (Boardwalk Empire), Bryan Cranston (Breaking Bad), Sidse Babett Knudsen (Borgen), Terrence Howard (Empire). Cette crème du petit (et grand) écran se retrouve dans les dix épisodes produits par Amazon et Channel 4, reliés par le nom de Philip K. Dick. Les nouvelles de l'auteur de Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? servent de sources à des récits dystopiques qui questionnent notre rapport au réel, notre humanité. Rien de révolutionnaire dans cette démarche, curieusement semblable au nouveau projet de l'hyper référencé JJ Abrams: Castle Rock, petite ville du Maine qui a servi de décor à tant de récits de Stephen King, est le titre d'une série (Hulu) basée sur les romans et nouvelles du maître de l'étrange, dont elle entremêle les ambiances et les personnages, incarnés par Sissy Spacek, Scott Glenn et Bill Skarsgård (It, du même King). Un autre récit énigmatique nous est promis par le revenant Alan Ball (Six Feet Under, Vampire Diaries) avec Here and Now (HBO), qui suit les parents d'une famille multiraciale (Holly Hunter, Tim Robbins) secouée par les dons surnaturel d'un de leurs enfants. Dans Counterpart (Starz et OCS), thriller de science-fiction parano, J.K. Simmons (Oz, Whiplash), petit scribouillard dans une agence de surveillance de l'ONU, apprend l'existence d'un monde parallèle où son double est un tueur à gages. D'autres vont devoir assumer la compagnie de leurs démons: dans l'adaptation du roman Patrick Melrose d'Edward St Aubyn (Showtime), Benedict Cumberbatch est un alcoolo fini, tyrannisé par son père (Hugo Weaving), tandis que dans Sharp Objects (HBO), Amy Adams joue une journaliste sortie du Charybde d'un centre psychiatrique pour mieux se jeter dans le Scylla d'une sordide affaire de meurtre dans son bourg natal. Dans les interstices de ce name dropping bankable, quelques rayons de lumière noire parviennent à percer. The End of the F***ing World (Netflix), road trip british anar et sanglant adapté de la BD éponyme, est LA sensation de ce début d'année. Relativement peu connus, Alex Lawther (Black Mirror) en sociopathe mutique tueur d'animaux à défaut d'humains et Jessica Barden (The Lobster) en amazone postmoderne et ordurière irradient dans cette balade sauvage au pays de la Brit Pop et de la Northern Soul. Il faudra se lever tôt pour les rattraper, ils ont démarré en trombe sur la route du palmarès 2018.