À Cannes, en mai dernier, il était venu défendre un film français -le très inégal Joueurs de Marie Monge- qui n'a jamais trouvé le chemin de la distribution belge. Mais Tahar Rahim sortait également alors de l'expérience américaine de The Looming Tower, solide minisérie hébergée par Hulu, la plateforme montante de vidéo à la demande (l'ambitieuse The Handmaid's Tale, parmi d'autres). Disponible aujourd'hui en DVD, cette adaptation très libre du livre-essai du journaliste Lawrence Wright fait le pari de raconter de l'intérieur les profonds dysfonctionnements qui agitent les services secrets US à la fin des années 90. Détaillant la menace grimpante que représente alors l'organisation terroriste islamiste Al-Qaïda sur fond de scandale sexuel Clinton-Lewinsky, The Looming Tower suit avec beaucoup de méthode l'hypothèse d'une rivalité de cour de récré entre le FBI et la CIA, laquelle aurait bien sûr fait le jeu d'Oussama ben Laden et d'un 11 septembre 2001 d'on ne peut plus sinistre mémoire.
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À Cannes, en mai dernier, il était venu défendre un film français -le très inégal Joueurs de Marie Monge- qui n'a jamais trouvé le chemin de la distribution belge. Mais Tahar Rahim sortait également alors de l'expérience américaine de The Looming Tower, solide minisérie hébergée par Hulu, la plateforme montante de vidéo à la demande (l'ambitieuse The Handmaid's Tale, parmi d'autres). Disponible aujourd'hui en DVD, cette adaptation très libre du livre-essai du journaliste Lawrence Wright fait le pari de raconter de l'intérieur les profonds dysfonctionnements qui agitent les services secrets US à la fin des années 90. Détaillant la menace grimpante que représente alors l'organisation terroriste islamiste Al-Qaïda sur fond de scandale sexuel Clinton-Lewinsky, The Looming Tower suit avec beaucoup de méthode l'hypothèse d'une rivalité de cour de récré entre le FBI et la CIA, laquelle aurait bien sûr fait le jeu d'Oussama ben Laden et d'un 11 septembre 2001 d'on ne peut plus sinistre mémoire. En première ligne de ce thriller politique efficace et tendu, l'acteur français d'origine algérienne y interprète une figure bien réelle, par ailleurs à la production de la minisérie: Ali Soufan, un agent du FBI de confession musulmane qui a accusé la CIA de faits de dissimulation graves et a été appelé à témoigner devant la Commission instituée quelques mois après les fameux attentats. Ce rôle de taille fait suite à une série d'expériences internationales qui ont notamment déjà conduit Rahim, 37 ans au compteur, chez l'Écossais Kevin Macdonald (The Eagle aux côtés de Channing Tatum et Jamie Bell en 2011), le Germano-Turc Fatih Akin (The Cut en 2014) ou encore l'Australien Garth Davis (Mary Magdalene aux côtés de Joaquin Phoenix et Rooney Mara l'an dernier), avant une imminente incursion chez la Danoise Lone Scherfig (The Kindness of Strangers avec Zoe Kazan et Andrea Riseborough, attendu dans les prochains mois). "Je suis ravi, vraiment. C'était un objectif important pour moi de percer aux États-Unis. Mais, pendant longtemps, on ne m'a proposé que des rôles hyper clichés d'étranger stéréotypé. Et, à vrai dire, je n'avais aucune envie de traverser l'Atlantique pour aller jouer le méchant terroriste arabe. En ce sens, The Looming Tower est une belle victoire, puisque j'y incarne un véritable héros américain issu d'une minorité. Après tout, l'Amérique est un pays d'immigrants. Il n'y a aucune raison de ne pas y trouver chaussure à son pied (sourire)." Celui qui a grandi en regardant en boucle les films majeurs du Nouvel Hollywood peut désormais prétendre à tout jouer ou presque. "Je mentirais si je disais que ça a été facile, j'ai bossé comme un dingue pendant des mois afin de gommer mon accent français. Sur le tournage de The Looming Tower , j'avais un coach en permanence à mes côtés pour me faire répéter mes dialogues. Mais vous savez ce qui a été le plus difficile? Pas l'anglais, mais l'arabe. Ali Soufan est d'origine libanaise et ce n'est pas du tout la même forme d'arabe que celui que l'on parle en Algérie." Son personnage, il l'a aussi construit au fil de discussions intenses avec Soufan lui-même, tout en donnant le change au quotidien à des acteurs de la trempe de Jeff Daniels, Peter Sarsgaard et Alec Baldwin. "J'ai énormément appris. Un certain pragmatisme, notamment. Quand vous tournez aux États-Unis, vous comprenez très vite qu'il y a un temps pour les questions et puis un temps pour l'action. Il faut faire le job. Je doute beaucoup moins depuis cette expérience. Probablement aussi parce que je devais tellement me concentrer sur mon arabe, sur mon anglais, sur mon accent, que je n'avais pas le temps de me prendre la tête sur le reste (sourire) ." "Pour moi, le cinéma n'a pas de nationalité. Tout ce qui compte, c'est le rôle et le projet. Je pense sincèrement que si vous bossez d'arrache-pied et que vous êtes exigeant dans vos choix, ça finit toujours par payer", poursuit celui qu'Un prophète de Jacques Audiard a révélé à la face du monde il y a de ça tout juste dix ans. "J'ai le désir d'être acteur depuis mes quatorze ans. Quand j'ai rencontré Jacques, j'étais occupé à tourner une série télé pour Canal. Je ne venais pas tout à fait de nulle part non plus, mais je trimais essentiellement derrière le zinc dans des bars en espérant que mon heure vienne. C'est sûr que je lui dois beaucoup." Parmi ses expériences cosmopolites les plus marquantes, Rahim cite encore sans hésiter le Love and Bruises du Chinois Lou Ye (2011) mais aussi À perdre la raison du Belge Joachim Lafosse (2012). "Le tournage a été particulièrement difficile, de par le sujet même du film bien sûr, mais terriblement enrichissant. C'était assez génial de retravailler avec Niels Arestrup, peu de temps après Un prophète . Joachim est un excellent réalisateur, très précis, il a cette capacité d'en dire beaucoup par la seule grâce de sa mise en scène. Ce n'est pas si courant. Et puis le rôle de Mounir était hyper intéressant à jouer. D'une manière générale, plus le personnage est éloigné de moi et plus ça m'excite!"