Jadis, l'été était synonyme, sur les networks américains, de rediffusions. Beaucoup désormais -HBO et Netflix en tête- proposent de gaver la saison estivale de séries originales. Alors oui, bien sûr, juillet a tremblé avec le lancement mondial de la saison 7 de Game of Thrones et trépigne avant celui de la franchise de baston Marvel The Defenders (le 18 août). Dans un registre plus fin, il a également fait de la place à du politique, du blues, du cliché et une belle surprise.
...

Jadis, l'été était synonyme, sur les networks américains, de rediffusions. Beaucoup désormais -HBO et Netflix en tête- proposent de gaver la saison estivale de séries originales. Alors oui, bien sûr, juillet a tremblé avec le lancement mondial de la saison 7 de Game of Thrones et trépigne avant celui de la franchise de baston Marvel The Defenders (le 18 août). Dans un registre plus fin, il a également fait de la place à du politique, du blues, du cliché et une belle surprise. En 1980, Robert Aldrich réalise Deux filles au tapis (...All the Marbles), où deux catcheuses (Vicki Frederick et Laurene Landon) et leur manager véreux et libidineux (Peter Falk) arpentent l'Amérique, d'une salle miteuse à l'autre, d'un combat de sang à un autre de boue. De cette attaque en règle au reaganisme et au sexisme de l'Amérique ventripotente, GLOW, la nouvelle série Netflix de Jenji Kohan (Orange is the New Black, Weeds) semble reprendre le flambeau en pleine ère Trump. Bien rétro, GLOW raconte l'histoire vraie d'une émission télé des années 80 qui a défrayé la chronique, Gorgeous Ladies of Wrestling, mettant en scène des combats de catch féminin. Kohan y décline le thème de femmes surmontant les excès et la compétition féroce qu'on leur impose -un moyen de lutter pour sa survie- pour questionner leur place dans la société. Fièrement féministe, donnant de solides coups de manchette à l'Amérique des winners et de la ségrégation, GLOW est aussi une comédie irrésistible. À contre-courant de ses prestations dans Mad Men ou Community, Alison Brie y tient le rôle de la timide et effacée Ruth Wilder qui, incapable de se glisser dans le moule ultra sexuel de la production, va pourtant se muer en une Zoya la Destructrice que ses camarades aux noms reflétant les symboles et les paranoïas de l'époque (Liberty Belle, Junk Chain, Beirut the Mad Bomber) vont choisir comme leader. Riffs de hard rock, cheveux crépus et gnons fluorescents jalonnent le chemin de ces femmes attachantes qui montrent à tour de bras aux machos gavés de Rambo qu'elles en ont bien plus dans les ovaires qu'ils n'en auront jamais dans le pantalon. Ce thriller dramatique bleu comme l'enfer et aussi froid qu'un polar scandinave n'a, en apparence, absolument rien d'une série d'été. Pourtant, l'histoire de ce père de famille parti se réfugier dans son bled natal au coeur des Ozarks, région des lacs du Missouri -quintessence de l'Amérique profondément normale- pour échapper à la mafia dont il a extorqué l'argent, a quelques arguments à faire valoir. Marty Byrde (Jason Bateman) est un de ces urbains qui a coupé les liens avec son terreau originel. Le clash culturel qu'il va expérimenter sur fond de paranoïa, de débrouilles aux limites de la légalité, de violence pour protéger de ses poursuivants sa femme Wendy (Laura Linney) et leurs deux enfants, permet de déployer tout ce que l'Amérique des rêves brisés charrie de rednecks, de whitetrash et d'accents traînants ou hispaniques. Piloté par Mark Williams, créateur de l'autre série Netflix Bloodline, Ozark trifouille dans les mêmes plaies de la famille américaine ployant sous les secrets, la violence des échanges et des rapports de force. Le rythme et le suspense poussé dans chaque recoin de l'intrigue donnent un résultat aussi suffocant, d'ailleurs, que la première saison de Bloodline. On peut également penser à Breaking Bad pour ses variations sur le thème de la chute, mais la raideur et la grisaille en plus, incarnée avec panache et retenue par Bateman et Linney, et magnifiée par la réalisation tout en filtres glacials. Il y a, du fantasme au cliché, aussi peu de distance que du divan du patient au fauteuil du psy. Aussi, le pitch de Gypsy, lancée sur Netflix au début de l'été, a de quoi faire ricaner: Naomi Watts y incarne une psy qui s'immisce dans l'intimité d'un de ses patients -ou plutôt dans celle de son ex-petite copine. Ce passage à l'acte a de quoi faire tomber ce thriller érotique dans la catégorie des nanars du cinéma des années 90, mais la prestation entre sensualité et douleur de Watts, assez convaincante, et la réalisation de Sam Taylor-Johnson, plutôt pudique et élégante, sauvent le tout du naufrage. Tout ce qu'il y a d'un peu sexy se trouve rassemblé dans la bande-annonce, il n'y a donc aucune chance de se faire un tour de rein en regardant la série, même en binge watching. Pour ceux dont l'attention résistera aux lenteurs et aux stéréotypes, il y a dans Gypsy de quoi permettre à la torpeur de l'été de glisser aussi vite qu'une savonnette entre nos mains. Sans doute la bonne surprise de l'été. Suivant le retour en grâce du format de l'anthologie (une histoire et un casting différents par épisode), Room 104, série HBO encore inédite en Belgique, exploite l'espace confiné d'une chambre de motel ordinaire, ses lits jumeaux, sa télé parasitée, sa salle de bains minimaliste, pour en faire le théâtre de huis-clos singuliers, passant du burlesque à l'étrange, du fantasque au tragique. Le motif du motel et de ses chambres a inspiré de longue date le cinéma, notamment Jim Jarmusch et son Mystery Train (1989), dont le souvenir passe comme un fantôme bienveillant dans les premiers épisodes. Casting quatre étoiles (majoritairement des inconnus), style poétique affirmé (parfois jusqu'aux excès, mais jamais dans l'outrance), Room 104 se dévore en quelques soirées, méthodiquement, ou se picore un peu à sa guise comme un apéro.