Ici, le générique d'ouverture a valeur de parfaite mise en abyme. Un groupe d'aspirants acteurs et actrices y escalade le monumental panneau iconique qui s'étale sur les collines de Los Angeles, finissant par se hisser dans l'effort et l'entraide tout en haut de ce fameux HOLLYWOODLAND -nous sommes dans l'Amérique de l'immédiat après-guerre, en effet, et les quatre dernières lettres capitales du sigle ne seront enlevées qu'en 1949. Parmi eux: un certain Rock Hudson, qui répond encore au prénom de Roy, simple bouseux mal dégrossi aux rêves de gloire pour le moins incertains, obligé de coucher pour espérer un jour entrevoir la lumière des projecteurs. Ils sont gays, étrangers, noirs ou femmes. Parfois à l'intersection de plusieurs de ces franges pas vraiment en odeur de sainteté au coeur de la Mecque du cinéma -ni ailleurs, est-il besoin de le préciser, la société US ayant largement institutionnalisé la ségrégation sous toutes ses formes. Ensemble, ils forment une communauté en soi: celle des déclassés du rêve...

Ici, le générique d'ouverture a valeur de parfaite mise en abyme. Un groupe d'aspirants acteurs et actrices y escalade le monumental panneau iconique qui s'étale sur les collines de Los Angeles, finissant par se hisser dans l'effort et l'entraide tout en haut de ce fameux HOLLYWOODLAND -nous sommes dans l'Amérique de l'immédiat après-guerre, en effet, et les quatre dernières lettres capitales du sigle ne seront enlevées qu'en 1949. Parmi eux: un certain Rock Hudson, qui répond encore au prénom de Roy, simple bouseux mal dégrossi aux rêves de gloire pour le moins incertains, obligé de coucher pour espérer un jour entrevoir la lumière des projecteurs. Ils sont gays, étrangers, noirs ou femmes. Parfois à l'intersection de plusieurs de ces franges pas vraiment en odeur de sainteté au coeur de la Mecque du cinéma -ni ailleurs, est-il besoin de le préciser, la société US ayant largement institutionnalisé la ségrégation sous toutes ses formes. Ensemble, ils forment une communauté en soi: celle des déclassés du rêve hollywoodien, outsiders magnifiques condamnés aux marges de la légende. C'est à eux que Ryan Murphy, le créateur libre et iconoclaste de Nip/Tuck, Glee, et autre American Horror Story, dédie sa nouvelle série. Dans Pose, récemment, il mettait en lumière la plus grande distribution d'actrices trans de l'Histoire de la télévision. Dans Hollywood, aujourd'hui, ce sont des représentants largement fictionnalisés de toutes les minorités qui se bousculent à l'écran. Certains ont, à l'origine, vraiment existé, comme Anna May Wong, actrice sino-américaine abonnée aux rôles stéréotypés dans le Hollywood de l'époque, ou Hattie McDaniel, première interprète afro-américaine à avoir été couronnée d'un Oscar pour son rôle de nourrice au caractère bien trempé dans Autant en emporte le vent. D'autres sont inventés de toutes pièces pour les besoins de cette nouvelle création Netflix, à moins qu'ils ne soient seulement en partie inspirés par des personnages réels. Dans le deuxième des sept épisodes qui composent le show, l'un d'eux déclare, la main sur le coeur: "J'aimerais reprendre l'histoire d'Hollywood et la réécrire." C'est exactement ce qu'ambitionne de faire Murphy tout au long de la série, mêlant le vrai et le faux jusqu'au vertige. Ou plutôt l'utopie. Hollywood, en effet, joue à "faire comme si" le 7e art avait vraiment le pouvoir de changer les mentalités et le monde. Et, pour commencer, de se changer lui-même, puisqu'un beau jour, au sein même de cette usine à rêves qui exsude le pouvoir et l'argent, la veulerie et le vice, le racisme et l'homophobie, la misogynie et l'intolérance, les femmes y prennent le pouvoir d'un des plus gros studios et décident de donner leur chance à un scénariste et une actrice noirs. La suite, au doux parfum d'égalité et de progrès, n'est que fantasme et pieux mirage. Mais toujours inscrits au coeur d'une mythologie où scintillent d'authentiques étoiles, puisqu'on y parle de Gene Tierney et de Billy Wilder, de Cecil B. DeMille et de Howard Hughes, et qu'Alfred Hitchcock et Vivien Leigh s'y croisent lors d'une fête décadente chez George Cukor. Un destin bien réel, en particulier, opère la charnière entre les faits les plus sombres de l'Histoire hollywoodienne et la tendre chimère qu'embrasse la série. Celui de Peg Entwistle, actrice aux espoirs déçus et à la trajectoire brisée, qui, le 16 septembre 1932, s'est jetée du haut de la lettre H du gigantesque panneau HOLLYWOODLAND. À lui seul, son corps disloqué incarne et symbolise le rejet dont tous les wannabe acteurs auxquels s'intéresse Murphy font d'abord l'objet. Mais en voyant ceux-ci collaborer ensemble à l'adaptation de son destin tragique sur grand écran, un décalage survient et tout devient soudainement possible... Le procédé, ouvertement révisionniste, à l'oeuvre ici rappelle plus d'une fois celui présidant au dernier Tarantino, Once Upon a Time... in Hollywood, où le réalisateur fantasmait le non-meurtre de Sharon Tate sur les collines de L.A. Il est également permis de penser à ce qu'un James Ellroy pouvait s'autoriser à faire dans un roman mineur comme Extorsion, par exemple, mais en version ouvertement pailletée et idéalisée plutôt que noire et crapoteuse. L'emballage ne manque d'ailleurs pas de différer radicalement: ton volontiers outré, effets chics et tocs assumés, rythme fun et trépidant, bande-son enjouée... On est bien chez Ryan Murphy. Ce qui ne veut pas dire que le créateur phare ne s'autorise pas d'authentiques moments de trouble et d'émotion -sans doute un peu trop rares, il est vrai. Alors bien sûr, l'énorme happy ending que constitue le dernier épisode, avec passage glamourisé par la cérémonie des Oscars, pourra sembler un tantinet excessif -euphémisme... Pourtant, il s'inscrit parfaitement dans la logique utopique et magnifiée d'un ensemble qui choisit de prendre le concept de rêve hollywoodien au... pied de la lettre. Comme un avant-goût de paradis. Welcome to Dreamland.