Alors qu'en 2018 il a le vent en poupe, que les annonceurs lui font les yeux doux des deux côtés de l'Atlantique et que les médias traditionnels se sont mis à accueillir des coproductions répondant au doux nom de "podcasts natifs", il aura fallu du temps pour que nos oreilles et nos modes de consommation se fassent à la "baladodiffusion": la diffusion de fichiers sonores via l'abonnement à un flux de données au format RSS (Really Simple Syndication) permettant l'écoute immédiate ou le téléchargement pour écoute ultérieure d'émissions radio, sur des baladeurs numériques ou des smartphones.
...

Alors qu'en 2018 il a le vent en poupe, que les annonceurs lui font les yeux doux des deux côtés de l'Atlantique et que les médias traditionnels se sont mis à accueillir des coproductions répondant au doux nom de "podcasts natifs", il aura fallu du temps pour que nos oreilles et nos modes de consommation se fassent à la "baladodiffusion": la diffusion de fichiers sonores via l'abonnement à un flux de données au format RSS (Really Simple Syndication) permettant l'écoute immédiate ou le téléchargement pour écoute ultérieure d'émissions radio, sur des baladeurs numériques ou des smartphones. Si les radios existantes profitent depuis des années du développement de cette technologie, si des initiatives, individuelles ou fédérées, commerciales ou passionnées, ont vu le jour de manière éphémère, il semble bien que le podcast soit durablement entré dans les habitudes d'écoute, notamment des jeunes adultes urbains soucieux d'y trouver un ton, des sujets, des approches inexplorées dans les médias traditionnels. Et les business models émergent doucement. En France, Arte-radio.com a été le premier site Internet à proposer des podcasts gratuits, dès 2004 (sous licence Creative Commons). Un an plus tard, tout juste évincé de l'antenne de Pure FM, Jérôme Colin créait Vox, podcast financé et hébergé par le portail Skynet. Une heure d'émission musicale entre interviews, titres, sessions acoustiques glanées aux quatre coins du royaume dans un studio portatif. Au même moment, Alex Stevens, le bon génie qui préside aux destinées du festival de Dour, avait déjà rôdé son podcast musical fait maison appelé Selon l'humeur du chef, une heure environ de sélection musicale pointue, déviante ou simplement curieuse. Jusqu'à la création par Benjamin Schoos de Radio Rectangle, en 2012, qui a abrité jusqu'à aujourd'hui des dizaines de podcasts au coeur des passions musicales et nos quelques tentatives maison (Focus Store, Focus Brolcast), rien n'avait réussi à durer, faute de monétisation. Mais ça va changer. "J'avais envie d'aller où il n'y avait personne", tranche Axelle Minne, qui lance avec Elisabeth Debourse le premier podcast natif coproduit par RTBF Webcréation, Salade Tout (1), rendez-vous mensuel qui décortique les usages dans et autour de l'assiette, et résume bien la nouvelle dynamique qui traverse le nouveau média. Des thèmes de niche ou peu arpentés de manière complète par les médias trop formatés (féminisme, genre, sexualité, travail, cultures déviantes ou underground...), un ton plus libre et une créativité sonore débridée. Sur Slate.fr, France Culture, PiiAF, Nouvelles Écoutes, Binge ou Geekzone, une intimité, une curiosité sans césure ni figure imposée se donnent du temps long, disponibles in situ ou sur les plateformes IiTunes, Podomatic, Soundcloud, Deezer ou Spotify. "Le podcast a surtout été un moyen pour des filles de prendre la parole sans être interrompues", lance Elisabeth Debourse, qui a renoncé à écouter les médias linéaires. "Du coup, on a tout le loisir de faire valoir notre expertise." Ce nouveau champ d'exploration pour les productrices en herbe -qui remisent au placard le mythe d'un média démocratique, tant la rigueur technique que du matériel de qualité constituent une exigence indépassable- dessine des horizons sonores inouïs pour des auditeurs dont les habitudes et les modes de consommation mobile ne collent plus avec la radio de papa. "Ce que j'ai appris en écoutant et en produisant des podcasts, c'est l'empathie", nous dit Axelle Minne, confirmant une tendance manifeste qui se dégage dès qu'on dépasse quelques heures d'écoute de podcast: récits de vies et discours d'experts se côtoient aisément et se complètent comme en réponse à un besoin de davantage de récit, moins d'animation et de service passe-plat. Sortir des codes formatés assure la fidélité d'un public friand de didactique, avide de goûter à la différence. "On peut se permettre d'être inclusives, diversifiées, inventives dans le format qu'on s'est fixées", s'enthousiasme Elisabeth Debourse en parlant de Salade Tout, qui entend aborder "la bouffe comme un sujet culturel". "On ne va pas s'extasier sur la beauté d'une assiette, mais aborder tout ce qu'il y a autour, être dans le plaisir et la transmission." Témoin de ce nouvel engouement, des chambres d'écoute seraient sur le point d'éclore prochainement sous forme de soirées et de festivals dans la capitale et ailleurs, organisées par une armée d'aficionados prêts à sortir de l'ombre. Mais ça, c'est une autre histoire. (1) Disponible en novembre 2018 sur Auvio et les plateformes de podcast habituelles.