Même si, en ce matin de novembre, la pluie, le froid et le vent sont de la partie dans l'antre du Stade Roi Baudouin, l'équipe de production et les acteurs sont à pied d'oeuvre. Thomas François et Monir Aït Hamou se marrent en regardant la scène qui vient d'être filmée sur le prompteur. Les deux co-réalisateurs se regardent en acquiesçant avant de lancer à l'équipe technique et aux comédiens: "On en refait une de sûreté!" Mourade Zeguendi, forte tête des films Les Barons et Dikkenek, se défait de ses couches de plaid en rejoignant ses marques au sol. Pantalon clair, blazer rouge ouvert sur pectos bombés, il incarne Souli Romeyda, "El Magnifico", star mondiale du football devenu étoile déchue en raison d'un comportement outrancier et de quelques dérapages téléguidés par son ego surdimensionné. La série Champion se pose comme le récit tragi-comique d'une chute aussi vertigineuse que l'ascension du footballeur fut fulgurante: à 30 ans, jeune papa, Souli trouvera-t-il le chemin de la rédemption et se sauvera-t-il des griffes du foot business?
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Même si, en ce matin de novembre, la pluie, le froid et le vent sont de la partie dans l'antre du Stade Roi Baudouin, l'équipe de production et les acteurs sont à pied d'oeuvre. Thomas François et Monir Aït Hamou se marrent en regardant la scène qui vient d'être filmée sur le prompteur. Les deux co-réalisateurs se regardent en acquiesçant avant de lancer à l'équipe technique et aux comédiens: "On en refait une de sûreté!" Mourade Zeguendi, forte tête des films Les Barons et Dikkenek, se défait de ses couches de plaid en rejoignant ses marques au sol. Pantalon clair, blazer rouge ouvert sur pectos bombés, il incarne Souli Romeyda, "El Magnifico", star mondiale du football devenu étoile déchue en raison d'un comportement outrancier et de quelques dérapages téléguidés par son ego surdimensionné. La série Champion se pose comme le récit tragi-comique d'une chute aussi vertigineuse que l'ascension du footballeur fut fulgurante: à 30 ans, jeune papa, Souli trouvera-t-il le chemin de la rédemption et se sauvera-t-il des griffes du foot business? Pour l'heure, Souli fait des adieux pleins de morgue à ses coéquipiers durant l'entraînement. Au milieu des grands gabarits en shorts et crampons, on reconnaît l'humoriste Pablo Andres (l'Agent Verhaegen). Les tenues, l'ambiance sont reconstituées avec minutie. Nouvelle prise: Mourade fanfaronne, fait la claque, presque à l'identique. Sous la bâche, les réalisateurs rient de plus belle. C'est Monir, également comédien dans Les Barons, qui est venu voir Thomas avec le pitch: "C'est l'histoire d'un mec... il chute. Un joueur extravagant, qui a tout pour durer, mais qui va tout faire foirer... C'était impossible d'écrire cette histoire sans Mourade", dit-il. La série fera dans la dramédie, chronique drôle et amère, mais réaliste. Le tournage réunit une équipe bruxelloise chevronnée (Thomas François, par ailleurs co-créateur du Kings of Comedy Club, à Ixelles, a à son actif plusieurs clips, pubs, et courts métrages). Démarré mi-septembre, il durera environ 80 jours, plus que la première saison de La Trève. "Le succès rencontré dernièrement par les séries a permis de rendre les délais de tournage plus confortables. Idéalement, Champion devrait être diffusé au moment de la Coupe du Monde de Football", nous dit Monir, avant de retourner motiver les troupes, qui referont une dizaine de fois la scène, avec trois ou quatre prises de vue différentes, les contre-champs, les plans rapprochés. À chaque "moteur!", Mourade, premier rôle à la mesure de l'énergie qu'il déploie sur le plateau, reprend son masque de comédien sans sourciller malgré la pluie qui transperce les os. "El Magnifico" est flanqué de son meilleur ami Fab joué par Joffrey Verbruggen (La Régate), à la fois comparse, complice, ombre, main droite, main gauche et essuyeur de plâtres. "Il est beaucoup plus dans les marges, décalé, c'est un hyperpositif qui fait le clown, même quand les choses tournent au plus mal pour son ami d'enfance", nous explique Joffrey à la pause déjeuner, durant laquelle tout le monde s'est engouffré dans les couloirs aux murs garnis par les vareuses d'Eric Gerets, Jan Ceulemans ou Enzo Scifo. "Fab ne fait rien de sa vie, et suit les affres de son pote. Mais il va peut être devoir s'émanciper un peu. L'histoire n'est pas figée." De fait, le scénario écrit à plusieurs mains -neuf scénaristes au total- a prévu quelques espaces non balisés, "pour permettre au jeu des acteurs, à leur complicité de se développer plus librement." Un second rôle d'importance dans une série, visiblement au bon moment dans l'évolution de l'industrie en Belgique, ça compte? "Pour moi, l'essentiel est d'être le plus libre possible, artistiquement. Avec la bienveillance que montrent Mourade et Monir à mon égard sur Champion, je pourrais les suivre sur n'importe quel projet.""Filmer un commissariat ou une forêt coûte moins cher que des accidents ou des crashs qui en mettent plein la vue", rigole un membre de l'équipe technique terminant son déjeuner avant de repartir préparer la prochaine scène. Pour la RTBF, Champion représente une première sortie hors du domaine policier ou judiciaire, après La Trêve, Ennemi Public, Zone Blanche, Unité 42 et E-légal. Un petit vent de fraîcheur et d'irrévérence qui traverse une histoire à échelle humaine et égratigne le foot business: voilà qui a retenu l'attention d'Ariane Meertens, responsable séries télés de la chaîne publique. Au milieu du réfectoire qui sert aussi d'open space pour la production, le comédien Erico Salamone est comme un fou. Celui qui a sévi dans Vestiaire en joueur de foot amateur ramenard tourne ici casaque: il incarne Gabriel Mendosa, agent de Souli qui accumule les ennuis aussi vite qu'il perd ses joueurs. "À force de m'occuper de ce gamins capricieux, de réparer ses conneries, je perds Souli, mes autres joueurs, ma voiture... et ma famille." À peine a-t-il fini sa phrase qu'il file dans la cage d'escalier faire sa scène "en italienne" (répétition sans intonation) avec Sandra Zidani, l'humoriste qui joue la présidente d'un club de foot. Monir Aït Hamou insiste: "Il nous faut ces allers-retours entre sérieux et esprit BD, entre comédie et drame, fiction et réalité pour installer un anti-héros et toute la galaxie autour. Sa chute est d'autant plus frappante si elle est drôle, mais elle doit rester plausible. À travers Souli qui doit apprendre à perdre pour gagner, on voulait montrer à quel point le foot est devenu un business, une bulle qui peut exploser à tout moment." Explosion de rires et de larmes prévue -si tout va bien- pour la prochaine Coupe du Monde.