Association d'éducation permanente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le CVB (Centre Vidéo de Bruxelles) élargit son champ de production du documentaire au transmédia. Ce 1er mai, jour de la fête du travail, cette maison de l'image basée à Schaerbeek, et engagée depuis plus de 45 ans dans la production de contenus audiovisuels en lien avec de vrais enjeux de société, lance en effet une plateforme gratuite et évolutive destinée à mieux comprendre le monde de demain. "La crise que nous traversons exacerbe le besoin de mobiliser d'autres imaginaires, d'inventer des récits dépeignant une autre manière de faire société, avance le communiqué annonçant la mise en orbite imminente du portail nosfuturs.net. Des récits qui puissent parler à chacun de sa réalité tout en permettant de nous projeter, les pieds bien ancrés dans le sol, dans un futur plus engageant. C'est en documentant et en confrontant plusieurs "versions" de l'avenir que l'on pourra en écrire d'autres scénarios. Non pas s'attacher à dépeindre un "monde meilleur" qui ne viendra jama...

Association d'éducation permanente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le CVB (Centre Vidéo de Bruxelles) élargit son champ de production du documentaire au transmédia. Ce 1er mai, jour de la fête du travail, cette maison de l'image basée à Schaerbeek, et engagée depuis plus de 45 ans dans la production de contenus audiovisuels en lien avec de vrais enjeux de société, lance en effet une plateforme gratuite et évolutive destinée à mieux comprendre le monde de demain. "La crise que nous traversons exacerbe le besoin de mobiliser d'autres imaginaires, d'inventer des récits dépeignant une autre manière de faire société, avance le communiqué annonçant la mise en orbite imminente du portail nosfuturs.net. Des récits qui puissent parler à chacun de sa réalité tout en permettant de nous projeter, les pieds bien ancrés dans le sol, dans un futur plus engageant. C'est en documentant et en confrontant plusieurs "versions" de l'avenir que l'on pourra en écrire d'autres scénarios. Non pas s'attacher à dépeindre un "monde meilleur" qui ne viendra jamais, mais bien se retrousser les manches pour mieux appréhender, dans une multitude de visions et de formats, nos possibles futurs." Fort de cet ambitieux programme, le CVB a confié la conception de nosfuturs.net à Luuse, collectif bruxellois regroupant six designers graphiques et développeurs qui proposent un usage du Web éthique et peu énergivore. Structurellement, cette plateforme résolument low-tech a été pensée à la manière d'un archipel transmédia destiné à faire dialoguer entre elles différentes formes du champ documentaire: films bien sûr, mais aussi textes, podcasts, capsules vidéo directement destinées au Web, débats online... Le tout complété par des liens et des ressources en tous genres dans un souci constant de diversifier les approches critiques face aux enjeux multiples et changeants de la société de demain. C'est dans la mise en lien et la résonance collective de ces différents récits audiovisuels que se joue, pour le CVB, la clé de ce précieux outil de réflexion à destination du citoyen. La thématique choisie par le Centre Vidéo de Bruxelles afin d'inaugurer nosfuturs.net n'a rien d'innocent. Ramassée sous l'intitulé "Le travail qui vient" et déployée sur deux ans, elle s'articule autour des bouleversements du travail liés au numérique. Concrètement, un premier volet, lancé dès ce mois de mai, s'intéressera à la question sensible de l'atomisation du travail. Tandis qu'un second volet, prévu pour l'an prochain, se penchera sur la problématique des organisations collectives du travail. "À l'heure du développement de l'économie numérique, et alors que près de 80% de l'emploi prend désormais place dans les industries de services, l'économie collaborative a été dévoyée par l'ubérisation, constate-t-on du côté du CVB. En mettant en relation des fournisseurs et des demandeurs de service, les plateformes digitales contribuent à découper le travail en prestations individualisées, en tâches fragmentées, et à accentuer de ce fait l'explosion des collectifs et l'individualisation des relations de travail. Plus récemment encore, la généralisation du télétravail, de rigueur lors de la crise sanitaire due au coronavirus, donne une nouvelle ampleur à l'usage quotidien des technologies de l'information et de la communication." Le CVB, via nosfuturs.net, entend donc questionner les ressorts de cette numérisation accélérée qui rime avec atomisation du travail. "Que se cache-t-il derrière les notions de liberté et de flexibilité promues par des plateformes digitales telles que Uber et Deliveroo? Comment faire valoir ses droits face à un algorithme qui se substitue à la figure traditionnelle de l'employeur? Le travail indépendant ou à la tâche va-t-il prendre le pas sur le salariat? La numérisation et l'automatisation sont-elles compatibles avec le respect de nos acquis sociaux? L'économie collaborative ou le pair-à-pair peuvent-ils être des alternatives crédibles face à la logique capitaliste?" Dès le 1er mai seront ainsi hébergés sur le portail: un podcast en quatre épisodes intitulé Curriculum futurae mêlant récits introspectifs et interventions de travailleurs et de chercheurs de tous bords, un film-outil de réflexion sur le télétravail en tant que pratique à construire, un court métrage collectif portant sur l'avenir de la scène musicale dans un monde de plus en plus virtuel ou encore un lexique audiovisuel autour des nouveaux mots du travail... Enfin, le lancement de la plateforme sera aussi l'occasion d'y découvrir Shift, le film documentaire que Pauline Beugnies, photojournaliste et réalisatrice carolo formée à l'IHECS, consacre à un ancien livreur bruxellois assigné en justice par Deliveroo et bien décidé à se battre afin de défendre ses acquis sociaux. Souvent très maladroit dans sa forme et porté par une voix off assez plan-plan, le film a le mérite de lever le voile sur une réalité méconnue et précarisée, se faisant l'écho des dérives déshumanisantes d'un capitalisme de plateformes où domine une logique pernicieuse de manipulation profitant des flottements coupables légitimés par l'État. Un édifiant inventaire du monde du travail à l'heure de la datacratie. Alors, no future? Non: nosfuturs.net.