La domination de Miguel Ángel Félix Gallardo sur les cartels du Mexique, couloir transitoire obligatoire de la coke colombienne vers les États-Unis, a pris fin au terme d'une deuxième saison toujours aussi violente et minutieuse dans sa reconstitution du complexe narco-politique, quoiqu'un poil plus dilettante dans sa gestion de la tension dramatique. Dans cette troisième et ultime saison, les chiens sont lâchés, qui se déchirent l'héritage de l'ex-patron.
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La domination de Miguel Ángel Félix Gallardo sur les cartels du Mexique, couloir transitoire obligatoire de la coke colombienne vers les États-Unis, a pris fin au terme d'une deuxième saison toujours aussi violente et minutieuse dans sa reconstitution du complexe narco-politique, quoiqu'un poil plus dilettante dans sa gestion de la tension dramatique. Dans cette troisième et ultime saison, les chiens sont lâchés, qui se déchirent l'héritage de l'ex-patron. Benjamin, Ramon et Enedina Arellano contrôlent toujours Tijuana, faîtière familiale d'un cartel dominant, à l'ombre duquel celui de Sinaloa mené par El Chapo (Alejandro Edda, transfiguré) tente de se frayer un chemin jusqu'à la frontière et ses tunnels de contrebande sans payer de tribu. Les gâchettes sont chatouilleuses et les coups partent très vite. Attentif à rester à l'abri des conflits, Amado Carillo Fuentes (José María Yazpik, entre malice et mélancolie) règne sans partage sur le ciel et l'approvisionnement en cocaïne, et lie un pacte délicat avec Carlos Hank, politicien et homme d'affaires de l'ombre, accessoirement faiseur et défaiseur de présidents. Carillo est la cible principale de la DEA et de son agent à tête de cendrier, Walt Breslin (Scoot McNairy). Mais ce dernier se fait embobiner dans des enquêtes et coups de force stériles, comme un symbole de l'inefficacité américaine à remporter sa guerre contre la drogue. Là réside toute la réussite de cette série: transformer une situation complexe et chaotique en récit dramatique puissant, spectaculaire, cynique et intelligible. Toutefois, ce souci d'exhaustivité force le scénario à multiplier les arches narratives et les ellipses, diluant par endroit la densité des personnages ou le rythme de l'action. Mais l'attrait majeur de cette saison réside dans deux intrigues nouvelles: l'enquête sur les collusions entre politique, finance et narcos d'une jeune journaliste volontariste, Andrea Nuñez (Luisa Rubino, qui remplace McNairy pour la voix off), sur le fil du rasoir. Et surtout, le trajet crépusculaire et rédempteur d'un flic ripoux qui, pensant arrondir ses fins de mois en pistant une ado fugueuse, découvre l'atrocité des féminicides systémiques (une réalité qui ensanglante toujours le pays aujourd'hui). Dans ce rôle, Luis Gerardo Méndez réussit une formidable composition. La boucle se referme ici sur un Mexique déchiré par une guerre des cartels toujours plus sordide, une violence et une corruption toujours plus endémique, sans aucun indice sur la continuité (El Chapo? La frontière?) réservée à cette fresque addictive.