En 2017 sortait La fête est finie. Porté par des tubes comme Basique, l'album devint rapidement un triomphe à la fois critique et commercial. Il permettra à Orelsan d'obtenir non seulement un disque de diamant, mais aussi trois Victoires de la musique, dont celle d'artiste masculin de l'année. Pas mal pour un rappeur qui n'avait plus sorti d'album solo depuis six ans, et dont certains pensaient qu'il avait pu louper le train du rap triomphant, boosté par le streaming. Avec La fête est finie, Orelsan rejoignait ainsi le rang des têtes d'affiche du rap FR, à côté de Nekfeu, Damso et autres Ninho. Restait la question: co...

En 2017 sortait La fête est finie. Porté par des tubes comme Basique, l'album devint rapidement un triomphe à la fois critique et commercial. Il permettra à Orelsan d'obtenir non seulement un disque de diamant, mais aussi trois Victoires de la musique, dont celle d'artiste masculin de l'année. Pas mal pour un rappeur qui n'avait plus sorti d'album solo depuis six ans, et dont certains pensaient qu'il avait pu louper le train du rap triomphant, boosté par le streaming. Avec La fête est finie, Orelsan rejoignait ainsi le rang des têtes d'affiche du rap FR, à côté de Nekfeu, Damso et autres Ninho. Restait la question: comment enchaîner après un tel tourbillon? Après trois disques solo, un autre en duo (les Casseurs Flowters), une série (Bloqués) et même un premier long métrage (Comment c'est loin), le rappeur a commencé par appuyer sur le bouton pause. Avant d'enclencher la touche rewind, et de jeter un oeil sur le chemin parcouru. Cela tombe bien. Depuis le départ, son petit frère, Clément Cotentin, a filmé les exploits de son aîné et de sa bande de potes. Ces archives constituent aujourd'hui la matière première d'un documentaire épatant, découpé en six épisodes de 45 minutes. Diffusé par Amazon, Montre jamais ça à personne est à l'image du rappeur: drôle, malin, et même, par moments, étonnamment touchant. Il faut dire que la trajectoire d'Orelsan n'a rien de banal. Au départ, les raisons de croire en une carrière dans le rap sont minces: Aurélien Cotentin grandit en Normandie, à Caen, pas vraiment connu pour sa scène hip-hop... Diplômé d'une école de management, il passe son temps à zoner, enchaînant les petits boulots. Procrastinateur professionnel, il trompe l'ennui en rappant avec ses camarades de glandouille. Dans un coin, son petit frère est là, caméra à la main. Il n'y a encore rien. Mais il filme tout. Vingt ans plus tard, ces images tournées au camescope valent de l'or. D'autant que Clément Cotentin n'a jamais arrêté de suivre Orelsan. Les frémissements initiaux sur MySpace, alors qu'il bosse encore comme veilleur de nuit ("Montre jamais ça à personne", avertit le grand frère, les bras chargés d'une manne de nappes à laver); la hype d'un premier album intitulé Perdu d'avance (...), vite rattrapé par la polémique Sale pute; le retour triomphal du Chant des sirènes, etc. Si le récit est connu, le documentaire, parfaitement rythmé, est captivant. Pas besoin d'ailleurs d'être fan de rap ou d'Orelsan pour accrocher. Car au-delà de la success story, la série est surtout un savoureux buddy movie, dans lequel Skread (le producteur), Ablaye (le backeur) et Gringe (le pote surdoué, mais trop bohème que pour percer) sont au moins aussi présents à l'écran que la "star". À quatre (plus le petit frère réalisateur), ils forment une bande de "sales gosses", condamnés à la lose, qui parviendront à transformer leurs délires de fin de soirée en or, sans jamais se prendre pour autant trop au sérieux. Rarement un documentaire rap n'aura ainsi sonné aussi "feelgood".