La fiction israélienne est faite de petits miracles. The Spy (avec Sacha Baron Cohen), False Flag, Our Boys, When Heroes Fly ancrent leurs succès dans les arcs belliqueux et les traumas humains qui en découlent. BeTipul, l'analyste adaptée tout récemment en France (En thérapie), témoigne de la capacité d'exportation d'un storytelling singulier et ombrageux. La nouvelle surprise issue de cette pépinière est arrivée il y a un mois sur la plateforme Apple TV+. C'est, en toute honnêteté, le temps nécessaire à la digestion de Losing Alice, thriller noir, vénéneux et d'une lenteur hyp...

La fiction israélienne est faite de petits miracles. The Spy (avec Sacha Baron Cohen), False Flag, Our Boys, When Heroes Fly ancrent leurs succès dans les arcs belliqueux et les traumas humains qui en découlent. BeTipul, l'analyste adaptée tout récemment en France (En thérapie), témoigne de la capacité d'exportation d'un storytelling singulier et ombrageux. La nouvelle surprise issue de cette pépinière est arrivée il y a un mois sur la plateforme Apple TV+. C'est, en toute honnêteté, le temps nécessaire à la digestion de Losing Alice, thriller noir, vénéneux et d'une lenteur hypnotique. Alice Ginor (Ayelet Zurer, vue dans Betipul et Munich, de Spielberg), réalisatrice de 48 ans, a connu le succès plus jeune avec un premier film sulfureux devenu culte. Entre-temps, elle s'est mariée, a eu des enfants et partage son quotidien entre charges mentales quasi ancillaires et un peu de script-doctoring. Son mari David, acteur, parcourt le monde d'un premier rôle à l'autre, laissant Alice se débrouiller avec les gosses et sa belle-mère possessive. Alice vit une vie de renoncement, son appétence de création étant tarie à la source, entravée par les chaînes du mariage. Elle désire mais n'est plus désirée, se languit d'être vue quand les regards semblent désormais la fuir. Sauf celui de Sophie (Lihi Kornowski), qui la reconnaît et l'aborde dans un train. La jeune femme, langage cru, corps délié, a écrit un thriller érotique, Room 209, dont elle souhaiterait confier le rôle à David. Alice y voit la possibilité de réveiller, derrière la caméra, sa carrière endormie. Mais de troublants éléments parviennent à la surface alors que Sophie tisse sa toile au sein du couple et déroute par ses comportements. Le réalisateur pressenti pour tourner Room 209 a mystérieusement disparu et la jeune scénariste se rêve premier rôle de ce film à la partition retorse. Le projet devient une pomme de discorde pour le couple, chacun y voyant une possibilité de briller. Losing Alice questionne alors les dialogues entre la vie et l'art, le réel et l'autofiction. Elle met en scène le besoin oppressant du regard, les jeux de miroir, les relations d'emprise. Elle est aussi une formidable déconstruction des clichés sur les femmes au mitan de leur vie, leurs désirs et leur sexualité, leur place dans le cinéma. L'attirance entre Sophie et Alice est l'occasion d'images soigneusement chorégraphiées, éléments d'une réalisation stylisée qui compose avec soin ses plans et ouvre ses perspectives. Le rythme d'une lenteur extrême transforme les détails en armes à double tranchant. Si les fantômes de Mulholland Drive traversent de manière un peu flatteuse la trame de ce thriller aux tensions charnelles, Losing Alice n'en demeure pas moins une des plus séduisantes propositions de ce début d'année.