It's a Sin démarre comme une banale histoire chorale. Celle d'un groupe d'amis gays dont chaque membre, avant d'habiter ensemble au coeur de la Londres vibrante du début des années 80, doit échapper aux déterminismes de son milieu d'origine provincial et coincé. Ritchie (Olly Alexander) a quitté l'insularité d'une famille modeste au père viriliste pour vivre son double désir de comédie et de sexe. Issu d'une famille immigrée évangéliste, Roscoe (Omari Douglas) a fui la promesse d'un exorcisme traumatique, dans un coup de théâtre et d'...

It's a Sin démarre comme une banale histoire chorale. Celle d'un groupe d'amis gays dont chaque membre, avant d'habiter ensemble au coeur de la Londres vibrante du début des années 80, doit échapper aux déterminismes de son milieu d'origine provincial et coincé. Ritchie (Olly Alexander) a quitté l'insularité d'une famille modeste au père viriliste pour vivre son double désir de comédie et de sexe. Issu d'une famille immigrée évangéliste, Roscoe (Omari Douglas) a fui la promesse d'un exorcisme traumatique, dans un coup de théâtre et d'audace étourdissant, pour assumer son identité. Le plus timide Colin (Callum Scott Howells) arrive de son Pays de Galles pour intégrer une prestigieuse maison de tailleurs de Savile Row. Autour d'eux, il y a leur amie Jill Baxter (Lydia West), le beau Ash (Nathaniel Curtis) et Henry (sublime Neil Patrick Harris), collègue et mentor de Colin. It's a Sin dessine avec tendresse et humour féroce la rencontre entre ces personnages déracinés dans le non-dit, le coup d'éclat ou l'indifférence. Chacun entend, à travers ses aspirations, ses explorations, son excellence, trouver sa place dans une société qui les regarde de travers, au mieux, ou les conspue. Qui aurait pu croire qu'une étrange maladie mortelle, frappant insensiblement les homos, allait jouer les trouble-fête? Les promesses sont portées par une bande-son exprimant l'urgence des métamorphoses et l'excitation d'une bringue qui fait sauter les portes du placard (Soft Cell, Bronski Beat, Laura Branigan, New Order, Pet Shop Boys...). Mais hors champ, par l'écho distant d'un reportage télé, d'une discussion à la table voisine, le mal est déjà là: un fléau à l'origine floue (une maladie pulmonaire transmise par un perroquet?) qui semble frapper principalement les homosexuels. Contrairement à Queer as Folk (2000-2005), premier chef-d'oeuvre télé de Russell T. Davies qui évitait la question, It's a Sin plonge dans les craintes, les dénis, les deuils qui ont frappé l'hédonisme naissant. Sans perdre son penchant pour l'irrévérence euphorisante et les réjouissances, l'acuité du regard de Davies sur le fait sociétal est implacable et son désir d'enseigner aux jeunes générations ce que furent ces années-là, palpable. Sans aucune nostalgie ni fanatisme rétro, Russell T. Davies et ses fabuleux acteurs (mentionnons encore Stephen Fry) nous rappellent une décennie de lumière et d'ombres, l'incrédulité face à l'hécatombe, le mépris des pouvoirs publics, élaborant une poignante et double partition d'hymne à la joie et d'ode à la mémoire.