"Five, six, seven, eight..." Ça démarre en fanfare avec un premier épisode virtuose à base de numéros de danse virevoltants et d'étonnants flash-back directement inclus dans la scène en cours. Ça fleure bon les années 70 et la sueur des salles de répétition. Car Fosse, c'est bien Bob Fosse, le danseur-chorégraphe-réalisateur à qui l'on doit Cabaret et All That jazz (Palme d'or à Cannes en 1973). Et si la série FX, inédite chez nous, s'inspire du livre Fosse de Sam Wasson, elle taille effectivement aussi une large place à Gwen Verdon, que vous connaissez peut-être nettement moins: danseuse, chanteuse, ...

"Five, six, seven, eight..." Ça démarre en fanfare avec un premier épisode virtuose à base de numéros de danse virevoltants et d'étonnants flash-back directement inclus dans la scène en cours. Ça fleure bon les années 70 et la sueur des salles de répétition. Car Fosse, c'est bien Bob Fosse, le danseur-chorégraphe-réalisateur à qui l'on doit Cabaret et All That jazz (Palme d'or à Cannes en 1973). Et si la série FX, inédite chez nous, s'inspire du livre Fosse de Sam Wasson, elle taille effectivement aussi une large place à Gwen Verdon, que vous connaissez peut-être nettement moins: danseuse, chanteuse, ex-reine de Broadway et quasi-ex-femme de Fosse (ils n'ont jamais divorcé). Qu'ils soient mariés ou non, elle sera aussi sa muse. Ce n'est pas vraiment un spoiler: Fosse mourra en 1987 d'un arrêt cardiaque. Aussi, entre deux scènes, comme dans All That Jazz, des panneaux égrènent un compte à rebours avant la date fatidique. Loin d'être un mari exemplaire, Fosse abuse des amphétamines, fume trop, boit trop et est une mauvaise influence pour sa fille Nicole (qu'il a eue avec Verdon). La série montre aussi l'envers du carton-pâte: Bob qui se démène pour décrocher la réalisation de Cabaret -"I'm the guy!"-, ses idées de génie en plein tournage, la laborieuse phase du montage durant laquelle il frôle le burn out... On connaît la rengaine: "derrière tout grand homme il y a toujours une femme", et Bob, en plein doute créatif sur le plateau de Cabaret, d'appeler Gwen à la rescousse. Elle s'envolera pour Munich juste pour quelques conseils pour la chorégraphie et les costumes. En 1973, les récompenses pleuvent sur Fosse (y compris trois Emmy Awards, un Oscar et deux Tony Awards). Son insatiable besoin de reconnaissance est comblé, mais laisse place au doute: et s'il ne méritait pas ces fichues statuettes? Direction l'hôpital psychiatrique. Puis arrive l'épisode 5, touchant et mélancolique: après la mort d'une de leurs proches, Bob et Gwen se retrouvent avec leurs amis et leurs compagnons respectifs, le temps d'un week-end apocalyptique dans une énorme villa des Hamptons. S'ensuit un huis clos à rebondissements vaudevillesques et verres de trop à foison. Il y aura des éclaircies, et Bob Fosse réalisera d'autres films où (selon Paddy, son meilleur ami) "les personnages ne changent pas": Lenny, avec Dustin Hoffman, pour prouver au monde qu'il pouvait tourner un "vrai" film, sans danses et sans chansons, ou All That jazz, prétexte pour Lin-Manuel Miranda, nouveau chouchou de Broadway et producteur de la série, de faire une courte apparition en Roy Scheider. Les huit épisodes sont inégaux, et le show est un brin plus sur Fosse que sur Verdon, mais Sam Rockwell et Michelle Williams sont épatants pour incarner l'un et l'autre -et on n'aura pas compté les heures passées devant cette fresque 70's-80's sur les affres de l'amour et de la création. That's entertainment.