Joueur star de football américain, Colin Kaepernick n'est apparu au reste du monde qu'à la faveur d'un geste devenu iconique. Un genou posé à terre durant l'hymne national d'avant match, en 2016, en soutien à la cause Black Lives Matter, une pose emblématique et reproduite jusque sur nos terrains de foot européens. En rejoignant les protestations envers la brutalité policière et les inégalités raciales persistantes au pays de l'Oncle Sam, le quarterback des 49ers de San Francisco s'est attiré les foudres des suprématistes, des nationalistes et des adeptes du statu quo. Mais il...

Joueur star de football américain, Colin Kaepernick n'est apparu au reste du monde qu'à la faveur d'un geste devenu iconique. Un genou posé à terre durant l'hymne national d'avant match, en 2016, en soutien à la cause Black Lives Matter, une pose emblématique et reproduite jusque sur nos terrains de foot européens. En rejoignant les protestations envers la brutalité policière et les inégalités raciales persistantes au pays de l'Oncle Sam, le quarterback des 49ers de San Francisco s'est attiré les foudres des suprématistes, des nationalistes et des adeptes du statu quo. Mais il est devenu un symbole, une voix. Cette série hybride, mi-documentaire mi-biopic, réalisée avec Ava DuVernay (Selma), reconstitue l'ascension du jeune multi-athlète Kaepernick (Jaden Michael), enfant unique adoptif d'un couple de Blancs middle class, Teresa (Mary-Louise Parker) et Rick (Nick Offerman). Elle alterne avec les exposés face caméra de Colin, qui contextualisent les thématiques abordées dans chaque épisode: racisme, privilèges, discriminations systémiques et leurs multiples formes d'expressions. Métisse, Colin Kaepernick a grandi dans un environnement essentiellement blanc et a ressenti de manière croissante la discrimination et l'appel de la culture afro-américaine comme colonne vertébrale de son identité. À propos de ses parents adoptifs, il dit: "Je pensais que leur privilège était aussi le mien. Le réveil a été rude." Dédain, méfiance, haine, condescendance: les expériences de Kaepernick en aspirant athlète ont nourri sa success story autant qu'elles ont laissé des traces et construit peu à peu sa conscience quant à la place des Afro-Américains et des athlètes dans l'American way of life. Puissant, émouvant et original dans son dispositif pédagogique et dynamique, Colin in Black and White appuie sa narration sur des vignettes visuelles (schémas, animation, explosion du quatrième mur) qui constituent un véritable exposé sur la condition des Noirs et des personnes racisées dans leur ensemble. On y voit clairement que l'ascenseur social n'est pas simplement cassé: il n'a simplement jamais été construit. Inégales dans leur rythme, parfois légèrement redondantes, les parties fictionnalisées illustrent le propos porté face caméra par un Colin sapé comme jamais, blazer noir et afro rayonnante. La réalisation, sensible, pose les jalons importants de la vie de Kaepernick tout en nous ouvrant les portes de ses pensées et émotions les plus délicates. Touchants dans leur soutien indéfectible, avec cette pointe d'humour qui ne les lâche jamais vraiment, Mary-Louise Parker et Nick Offerman, de leur côté, donnent le change en parents mi-conscients mi-aveugles aux tourments d'un fils appelé à marquer l'Histoire.