Serge Gainsbourg & Brigitte Bardot: "Bonnie & Clyde"

"Il fallait bien partir de quelque part. J'aurais évidemment pu remonter encore plus loin. Mais à l'inverse d'une émission comme La Vie en rose, que j'ai aussi animée, Sacré français! n'est pas dans une démarche "patrimoniale", mais plutôt de curiosité. Elle démarre à un moment-clé, au tout début de ce que l'on a appelé la French Touch: tout à coup, il était permis d'entendre des voix en français sur des musiques qui ne ressemblaient pas à de la chanson française. D'une certaine manière, Gainsbourg, c'était déjà un peu ça. Un album comme Melody Nelson ne s'est pas du tout vendu à l'époque. Il sortait trop des sentiers battus."
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"Il fallait bien partir de quelque part. J'aurais évidemment pu remonter encore plus loin. Mais à l'inverse d'une émission comme La Vie en rose, que j'ai aussi animée, Sacré français! n'est pas dans une démarche "patrimoniale", mais plutôt de curiosité. Elle démarre à un moment-clé, au tout début de ce que l'on a appelé la French Touch: tout à coup, il était permis d'entendre des voix en français sur des musiques qui ne ressemblaient pas à de la chanson française. D'une certaine manière, Gainsbourg, c'était déjà un peu ça. Un album comme Melody Nelson ne s'est pas du tout vendu à l'époque. Il sortait trop des sentiers battus.""C'est mon côté plus "jouette": une chanson qui fait deux minutes, avec un côté super rigolo, un peu enfantin. Ce sont aussi des morceaux comme Joli dragon de Le Tone ou Natacha de Czerkinsky. Je n'y peux rien, quelque fois dédramatiser, c'est important. Ces petits trucs qui partent en pirouette, c'est gratuit. On joue à la marelle, on souffle pour faire des bulles, et on s'achète des bagues à cinq francs dans le distributeur. Parfois, ça vous sauve -littéralement- une journée. Je pense que le bonheur se cache dans ces détails-là.""Les premières textures électroniques appliquées à des chansons en français. À l'époque, c'est quelque chose qui m'a complètement renversée, qui a même changé ma vie. Des morceaux comme Cherchez le garçon de Taxi Girl, Moskow Diskow de Telex, etc. Au fond, je n'ai jamais revendiqué défendre la chanson française. J'ai revendiqué la possibilité de pouvoir s'exprimer en français avec toutes sortes de sons, quitte à sortir du format couplet-refrain.""Évidemment, forcément, Daho. La pop appliquée à la chanson française, c'est lui. Avec en outre le lien, à nouveau, avec les musiques électroniques, tous ces sons un peu bizarres, un peu crétins, mais extrêmement étonnants et attirants. C'est aussi la connexion avec Elli & Jacno - Jacno, qui est derrière un morceau comme Rectangle, et qui produit le premier album de Daho (Mythomane, en 1981, NDLR). J'ai toujours pensé que les chansons se parlaient entre elles. C'est pour ça que je ne suis pas très bavarde dans Sacré français: la musique parle d'elle-même." "Elle m'a complètement rendue dingue. J'ai toujours préféré les garçons, mais si j'avais aimé les filles, j'aurais été amoureuse de Lio. Ce qui est épatant chez elle, c'est non seulement l'aspect pop du truc, mais aussi son talent, cette intelligence de s'entourer de gens fabuleux: Marc Moulin, Dan Lacksman, Jay Alanski et, évidemment, Jacques Duvall.""Il a une carrière très éclectique. Ici, on n'est plus vraiment dans la musique pop, mais dans la chanson quasi folk. Bashung a quelque chose de très particulier, de plus sombre. C'est Leonard Cohen en fait. Le morceau est tiré de l'album Osez Joséphine. Il marque un peu le moment où la planète francophone imprime, enfin, à quel point Bashung était un artiste dingue. Madame rêve, c'est ce pizzicato aussi, on marche sur la pointe des pieds. Ce côté très délicat pour dire des choses extrêmement osées, mais aussi très profondes, proches de la vie telle qu'elle est.""On a la chance de pouvoir compter sur lui pour clôturer la soirée-anniversaire de l'émission. Il sait qu'il est chez lui. Comme Miossec, sa carrière a démarré à peu près au même moment que Sacré français! Ce sont des artistes qui ont beaucoup compté. Comme Biolay aussi, arrivé un peu plus tard. On peut retrouver des pans entiers de sa propre vie dans les chansons de ces artistes-là. Parfois, des phrases deviennent comme des totems. Quand Duvall écrit "Souris puisque c'est grave/Seules les plaisanteries doivent se faire dans le plus grand sérieux pour moi", par exemple. Si on peut s'attacher à deux, trois choses comme ça, ça peut permettre de prendre un peu de distance. Peut-être que ça peut même aider à traverser certains moments qui, sans cela, seraient absolument invivables.""Chassol est signé sur le label Tricatel, de Bertrand Burgalat, dont j'ai toujours été très proche. En l'occurrence, je suis époustouflée, renversée par le talent de ce mec. Quand je l'écoute, je suis bouche bée. Moi qui n'arrête pas de parler des chansons qui se répondent entre elles, lui raconte 40.000 trucs en même temps. Est-ce qu'il chante? Je ne sais pas. En français? Je m'en fous. Je retiens La Route de la trace, parce que je la connais cette route (une nationale au nord de la Martinique, NDLR). Quand j'écoute le morceau, je me vois la suivre. Les paroles, ce sont les notes -"mi mi do ré mi fa sol fa mi...". Et les notes, je considère que c'est en français. On dirait qu'on est dans un dessin animé, on est à bord d'une voiture miniature qui file entre les fougères, comme quand vous jouiez petit. Il arrive à raconter ça dans sa chanson, tellement ses morceaux ont un pouvoir évocateur hallucinant." "Le grand mage. J'aurais pu mettre le morceau Roche aussi, une sorte de slow années 70, même si les sonorités sont un peu foireuses, voire carrément borderline. Mais j'aime bien ce décalage. Parfois pour raconter des choses, il faut aller au bout des sons. C'est comme Aux cyclades électroniques de Burgalat. Ce sont des chansons qui arrivent à relier le cerveau avec le coeur, la raison avec les sens. Or il n'y a plus rien de tel dans la vie de tous les jours, en tout cas telle qu'on est censé la mener. On est systématiquement déconnecté de nos émotions. On doit être dans la performance, dans la projection, dans la prospection, dans l'intendance, dans la gouvernance. Nos vies ressemblent à des entreprises qui doivent revoir en permanence leur stratégie, etc. Ces chansons n'en sont que plus précieuses."