Si le cinéma et les arts vivants ont été les plus touchés, conséquence de la fermeture des salles, c'est le secteur tout entier qui se retrouve aujourd'hui groggy. Certes, les livres et les séries télé ont tiré leur épingle du jeu, mais ces lots de consolation ne feront pas oublier le traumatisme général. Traitée comme une matière ordinaire, même en France, pays des arts et des lettres, du Goncourt et du Quartier latin, mais où les librairies ont été ravalées au rang de commerces non essentiels, la culture n'a pas seulement mangé son pain noir à l'instar d'autres pans de l'économie comme l'Horeca, elle a aussi perdu beaucoup de sa superbe et de son aura. Ce quelque chose de magique propre aux constructions de l'imaginaire qu'il est difficile de quantifier et même de décrire mais qui forme le socle spirituel d'une société, lui donne un sens, une raison d'être et des balises morales. Un caractère sacré qui semble s'être évaporé dans l'urgence. Sinon comment expliquer la faible fréquentation des musées, rares institutions encore accessibles? Logiquement, par défaut pourrait-on dire, ils devraient être pris d'assaut par tous les affamés de culture.

Pour la culture, 2020 restera comme la pire année depuis la Seconde Guerre mondiale.

Faute de discours puissants et inspirés sur les vertus du cinéma, du théâtre, de la littérature comme forces émancipatrices, faute aussi de gestes politiques forts -pourquoi ne pas avoir offert un pass musée à tous les Belges?-, la culture a été banalisée, réduite à une marchandise comme une autre. De quoi nous transformer en proies captives pour ces séries mainstream, qui ont la couleur de l'art, le goût de l'art mais qui ne sont pas de l'art. Souvent bien fichues, mais fabriquées dans des moules interchangeables, elles divertissent mais anesthésient tout esprit critique. Pour l'avant-garde, la subversion, le choc esthétique, on repassera. En même temps que le télétravail, ne va-t-on pas assister à la généralisation du téléloisir, transformant le salon en hub culturel, et les individus en consommateurs paresseux et casaniers?

Un constat qui n'augure rien de bon pour 2021, année de transition ou, dans le pire des scénarios, copie plus ou moins conforme de 2020. Car le calvaire n'est pas fini, la pandémie se jouant des frontières comme des dates symboliques que l'on associe naïvement à un renouveau. Comme si tourner la page du calendrier suffisait à remettre les compteurs à zéro. Pendant de longs mois, nous allons encore vivre au rythme des déconfinements partiels et des reconfinements brutaux. D'ici la libération, sans doute fin 2021, il est à craindre que le muscle culturel aura complètement fondu s'il n'est pas entretenu. Surtout chez les jeunes qui n'auront pas eu l'occasion de se frotter, par le biais de l'école ou d'activités parascolaires, à ces univers absents de leur quotidien confiné. De quoi redouter l'éclosion d'une armée de petits soldats rompus à l'e-commerce, à l'e-sport et à l'e-culture riche en graisses.

Il n'est toutefois pas interdit de croire au miracle. Surtout en cette période. Après tout, on peut compter sur la résilience d'un secteur qui en a connu d'autres. Les révolutions technologiques n'ont pas eu la peau des médias préexistants. Elles ont modifié les comportements, accéléré certaines transformations mais pas fondamentalement changé notre attrait pour la musique, pour les images, pour la fiction. "Il faut vivre avec son temps, saisir les opportunités", diront les indécrottables optimistes. Et qui sait, la culture puisera même dans son propre effondrement la matière de grandes oeuvres. Mais en attendant, il faut passer le cap. Car comme le disait le célèbre philosophe Frédéric Beigbeder, "l'embêtant avec la résurrection c'est qu'il faut mourir avant".

Si le cinéma et les arts vivants ont été les plus touchés, conséquence de la fermeture des salles, c'est le secteur tout entier qui se retrouve aujourd'hui groggy. Certes, les livres et les séries télé ont tiré leur épingle du jeu, mais ces lots de consolation ne feront pas oublier le traumatisme général. Traitée comme une matière ordinaire, même en France, pays des arts et des lettres, du Goncourt et du Quartier latin, mais où les librairies ont été ravalées au rang de commerces non essentiels, la culture n'a pas seulement mangé son pain noir à l'instar d'autres pans de l'économie comme l'Horeca, elle a aussi perdu beaucoup de sa superbe et de son aura. Ce quelque chose de magique propre aux constructions de l'imaginaire qu'il est difficile de quantifier et même de décrire mais qui forme le socle spirituel d'une société, lui donne un sens, une raison d'être et des balises morales. Un caractère sacré qui semble s'être évaporé dans l'urgence. Sinon comment expliquer la faible fréquentation des musées, rares institutions encore accessibles? Logiquement, par défaut pourrait-on dire, ils devraient être pris d'assaut par tous les affamés de culture. Faute de discours puissants et inspirés sur les vertus du cinéma, du théâtre, de la littérature comme forces émancipatrices, faute aussi de gestes politiques forts -pourquoi ne pas avoir offert un pass musée à tous les Belges?-, la culture a été banalisée, réduite à une marchandise comme une autre. De quoi nous transformer en proies captives pour ces séries mainstream, qui ont la couleur de l'art, le goût de l'art mais qui ne sont pas de l'art. Souvent bien fichues, mais fabriquées dans des moules interchangeables, elles divertissent mais anesthésient tout esprit critique. Pour l'avant-garde, la subversion, le choc esthétique, on repassera. En même temps que le télétravail, ne va-t-on pas assister à la généralisation du téléloisir, transformant le salon en hub culturel, et les individus en consommateurs paresseux et casaniers? Un constat qui n'augure rien de bon pour 2021, année de transition ou, dans le pire des scénarios, copie plus ou moins conforme de 2020. Car le calvaire n'est pas fini, la pandémie se jouant des frontières comme des dates symboliques que l'on associe naïvement à un renouveau. Comme si tourner la page du calendrier suffisait à remettre les compteurs à zéro. Pendant de longs mois, nous allons encore vivre au rythme des déconfinements partiels et des reconfinements brutaux. D'ici la libération, sans doute fin 2021, il est à craindre que le muscle culturel aura complètement fondu s'il n'est pas entretenu. Surtout chez les jeunes qui n'auront pas eu l'occasion de se frotter, par le biais de l'école ou d'activités parascolaires, à ces univers absents de leur quotidien confiné. De quoi redouter l'éclosion d'une armée de petits soldats rompus à l'e-commerce, à l'e-sport et à l'e-culture riche en graisses. Il n'est toutefois pas interdit de croire au miracle. Surtout en cette période. Après tout, on peut compter sur la résilience d'un secteur qui en a connu d'autres. Les révolutions technologiques n'ont pas eu la peau des médias préexistants. Elles ont modifié les comportements, accéléré certaines transformations mais pas fondamentalement changé notre attrait pour la musique, pour les images, pour la fiction. "Il faut vivre avec son temps, saisir les opportunités", diront les indécrottables optimistes. Et qui sait, la culture puisera même dans son propre effondrement la matière de grandes oeuvres. Mais en attendant, il faut passer le cap. Car comme le disait le célèbre philosophe Frédéric Beigbeder, "l'embêtant avec la résurrection c'est qu'il faut mourir avant".