À l'été 2017, on découvrait d'abord avec une pointe de scepticisme ce show Netflix qui semblait essentiellement devoir s'inscrire à la confluence de quelques glorieux prédécesseurs, de Breaking Bad (un homme ordinaire s'improvisant génie du crime) à Justified (un environnement de rednecks dégénérés adeptes de plans foireux et dotés d'accents à couper au couteau) en passant par Bloodline (la force des liens du sang menacée par de pesants secrets criminels). Rapidement, pourtant, Ozark a réussi à imposer sa singularité. À l'image de cet intrigant logo qui en ouvre chaque segment: un "O" majuscule au sein duquel viennent s'inscrire quatre symboles très graphiques qui achèvent d'épeler le titre de la série mais annoncent surtout de manière on ne peut plus synthétique quels seront les thèmes et les moments-clés de l'épisode à venir.
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À l'été 2017, on découvrait d'abord avec une pointe de scepticisme ce show Netflix qui semblait essentiellement devoir s'inscrire à la confluence de quelques glorieux prédécesseurs, de Breaking Bad (un homme ordinaire s'improvisant génie du crime) à Justified (un environnement de rednecks dégénérés adeptes de plans foireux et dotés d'accents à couper au couteau) en passant par Bloodline (la force des liens du sang menacée par de pesants secrets criminels). Rapidement, pourtant, Ozark a réussi à imposer sa singularité. À l'image de cet intrigant logo qui en ouvre chaque segment: un "O" majuscule au sein duquel viennent s'inscrire quatre symboles très graphiques qui achèvent d'épeler le titre de la série mais annoncent surtout de manière on ne peut plus synthétique quels seront les thèmes et les moments-clés de l'épisode à venir. De symboles, il en est beaucoup question dans cette épopée humaine au noir d'encre où l'on ment et l'on se trahit jusqu'au vertige. À commencer par celui, incontournable, que représente invariablement dans les créations US le sacro-saint noyau familial, dont il s'agit toujours, contre vents et marées, d'assurer la sécurité. Dans Ozark, Marty Byrde (Jason Bateman), un conseiller financier au professionnalisme maniaque qui blanchit de l'argent pour le compte d'un cartel mexicain, embarque son épouse, Wendy (Laura Linney), et ses deux enfants au coeur du Missouri profond pour sauver sa peau. Là, il assoit et développe son activité criminelle malgré une position hautement inconfortable, pris en étau qu'il se retrouve entre dealers locaux, voyous à la petite semaine, agents du FBI et représentants du puissant baron de la drogue pour lequel il continue à travailler. C'est l'un des principes-phares de la série: ne jamais relâcher la pression. Et, à cet égard, sa troisième saison, débarquée fin mars sur Netflix en un gros bloc de dix épisodes, se pose un peu là, les twists plombés et les mises en danger s'y multipliant à un rythme proprement frénétique. Aux ponctuelles énormités et à l'empilement parfois difficilement crédible de macchabées de la fin de la saison 2, cette troisième livraison répond pourtant d'abord par une belle gueule d'atmosphère et une volonté de bien poser le cadre dans lequel elle est inévitablement appelée à s'emballer. Désormais à la tête d'un casino sur l'eau, le couple Byrde s'échine à maintenir l'entreprise à flot. Tandis que le Mexique joue avec les nerfs de Marty, les femmes qui l'entourent prennent de l'assurance dans la gestion du business. Tantôt froide et calculatrice, tantôt accro à l'adrénaline et aux défis gonflés, Wendy, surtout, s'affirme en véritable leader qui tire les ficelles dans l'ombre. En pleine guerre de cartel, elle prône une politique d'expansion, alors que Marty, davantage sur la défensive et obsédé par l'idée de sécurité, serait plutôt adepte du statu quo. "Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise", observe-t-elle, très terre à terre. Soit le véritable point de départ d'une nouvelle escalade de mésaventures pour des personnages plus que jamais prisonniers d'un engrenage infernal façon sables mouvants: au plus ils tentent de relever la tête et de s'affranchir, au plus ils s'enfoncent dans les problèmes et l'illégalité. Portés par des intérêts divergents, les époux Byrde commencent alors à se tirer dans les pattes et à se saboter mutuellement. Avec tout ce que cela peut supposer, bien sûr, en termes de dérapages plus ou moins incontrôlés, voire d'incohérences pures. En flirtant ainsi sans cesse avec les extrêmes, c'est aussi les limites du spectateur que semble vouloir tester la série. Jusqu'où peut aller sa croyance, son adhésion, ou même son empathie? Au passage, on notera qu' Ozark, qui a toujours beaucoup affectionné les chronologies déstructurées et les longs épisodes sinueux qui font boucle, apparaît désormais moins ambitieuse sur la forme. Plus problématique: si elle continue pourtant à multiplier ad nauseam les rebondissements étudiés et les virages à 180 degrés, la série se montre pour la première fois assez prévisible à l'arrivée, l'introduction d'un nouveau personnage dysfonctionnel, le boulet de frère de Wendy, amenant sans surprise le couple Byrde à devoir une fois de plus choisir entre immunité familiale et obligations professionnelles. Que nous dit au fond Ozark dans cette troisième saison? Qu'on peut toujours aller plus loin dans la corruption morale, la violence et la dégueulasserie? Le message était déjà passé, merci bien. Et avec une certaine insistance. En déplaçant ses enjeux dans le monde truqué des machines à sous et des paris flambeurs, la série, de plus en plus victime de sa logique de surenchère, passablement anesthésiante, avance tous ses jetons de front et fait tapis -à l'instar d'un ultime épisode ironiquement intitulé All In. Les jeux sont faits, rien ne va plus? Réponse probable dans une quatrième saison qui devra réussir l'impossible: sortir de la quadrature du cercle symbolisée par son logo. La boucle est à nouveau bouclée.