Comment as-tu atterri si vite à la télé?
...

Comment as-tu atterri si vite à la télé? J'avais déjà bossé sur Tam Tam, une émission de La Trois assez confidentielle, produite par l'ASBL namuroise Télévision du monde. Elle met en valeur des projets citoyens et associatifs axés sur le social, la culture, l'éducation permanente... Mais le premier contact avec le monde des médias, ça a été Classic 21. J'avais seize ans. J'ai envoyé un mail à Marc Ysaye. Je faisais de la musique. Je me construisais une culture. Les Guns, Black Sabbath, les Beatles... Je voulais parler aux jeunes fans de rock. À l'époque, quand tu faisais la moyenne d'âge des animateurs, tu arrivais à la cinquantaine. Tu es aussi très actif sur le Web avec des émissions aux préoccupations environnementales... Avant Plan Cult, j'avais déjà Le Biais vert et JTerre sur Internet qui sont à mes yeux des projets télé. C'est d'ailleurs au petit écran que Le Biais vert était destiné. Certaines personnalités de la RTBF qui avaient fait mine de me suivre au départ n'ont pas embrayé. On s'est dit: tant, pis, on le fait nous-mêmes. On va crever la dalle mais on sera vus. Ça a très bien marché. On fait davantage d'audience avec Le Biais vert que beaucoup d'émissions de la RTBF. Plan Cult est diffusé sur TV5 Europe, ce qui a élargi son audience, mais un bon coup de gueule du Biais vert, ça fait 500.000 ou 600.000 vues. C'est une émission de télé qui passe sur Internet. Elle est streamée sur des pages assez suivies. Mr Mondialisation, Mediapart parfois aussi. C'est quoi l'idée de Plan Cult? On voulait sortir du cliché de l'émission culturelle pompeuse où on est dans l'entre-soi... On a quand même une tradition de l'émission culturelle très nombriliste, très enclavée. Pas très marrante en fait. Ça donne l'impression que la culture est réservée à une certaine classe socio-économique. Or, il faut essayer de prendre en main les téléspectateurs. Même si vous n'avez pas fait science po et les romanes, si vous ne fréquentez pas la vie mondaine et les vernissages, il est possible que vous soyez émus par un tableau, un opéra, une pièce de théâtre. Après, il y a une réalité très dure. Financière. Je veux rendre la culture à l'espace public. Je rêve que des oeuvres remplacent partout la publicité. La culture ne doit pas être un domaine hermétique. Elle doit faire partie de la vie de tous, tout le temps. Il n'y a pas de fatalité quand on parle de choses intéressantes à ce que ce soit chiant. C'est pas sorcier te parlait de tectonique des plaques mais c'était rigolo, bien écrit, didactique. On peut faire pareil pour la culture. On n'est pas obligés de prendre de grands airs, d'exclure, de renvoyer les gens à The Voice et N'oubliez pas les paroles... Quel est ton rapport à la télévision? Comme un tas de jeunes, je n'ai pas de téléviseur. Mais quand je vais chez mon père, qu'il regarde le JT et que je m'assieds à côté de lui, je retombe en enfance. Bercé par une certaine ivresse. Un super documentaire, Le Tube, parle de l'effet physique que l'écran de télévision exerce sur le consommateur. Son côté hypnotisant. Ce qui rend la publicité particulièrement efficace d'ailleurs. Mine de rien, elle t'apporte une certaine crédibilité que tu as moins avec le Web. Ce qui est un non-sens. Les Ch'tis à Mykonos passe à la télé alors que certains abattent un boulot incroyable sur la Toile sans que les médias traditionnels en parlent. Depuis les années 50, la télé est le centre du foyer et occupe une place fondamentale dans son équilibre. Ça a été l'oracle des Temps modernes. Et il y a des restes. Plan Cult est davantage regardé sur la télé ou sur le Net? Il y a le problème Auvio à la RTBF. Je ne suis pas le seul à le penser. Auvio a pour concurrents Netflix, YouTube, Facebook. Des streamers qui ont un business model plus pensé et qui se sont déjà insinués dans la vie des gens. Auvio, il faut s'inscrire. Une fois sur deux, ça ne marche pas. On n'imagine pas ce qu'on perd à ne pas davantage miser sur YouTube et Facebook. C'est le côté encore un peu ancienne garde. Classic 21 n'a plus de chaîne YouTube. Mais une interview du groupe Ghost à l'époque y a fait 100.000 vues. On a rencontré le même groupe récemment et sur Auvio, ça en fait 300. Il faut mettre en valeur les contenus. Sinon, on les tue. Au-delà de ses programmes remarquables -je recommande chaudement Une Espèce à part et L'Homme a mangé la Terre-, Arte a une vraie intelligence numérique. Elle a métabolisé cette idée que le téléviseur n'a plus aucune importance. Ce qui est important, c'est ce que tu mets dedans. Ce qui m'intéresse moi, c'est de pouvoir toucher un public avec un propos qui me semble juste. Quel avenir prédis-tu à la télévision? Je pense qu'on va vers une unification des plateformes. Mais à part ça... Quand tu vois les lives de Rémy Buisine sur Brut qui font six millions de vues avec des images moches, des vidéos de quatre heures sur des manifs de Gilets jaunes, tu te rends compte que BFM TV va finir par se faire bouffer. Et c'est bien fait. Yann Barthès? C'est un bon producteur. Il a l'intelligence du format. Mais je ne suis pas fan. Ça me fait penser à Konbini. Ce sont des médias d'infodivertissement qui capitalisent sur des thèmes de société comme l'écologie, la fracture sociale mais qui proposent des contenus où le divertissement prend très vite plus d'importance que l'info. Ça en devient par moments gênant. C'est ce que fait Vice aussi parfois. Ça me met mal à l'aise. Quelle est ton actualité pour la rentrée? J'ai coréalisé un court métrage cet été: #Anita. Il sera notamment diffusé à Louvain-La-Neuve dans le cadre du festival Maintenant. Le personnage principal est inspiré par les jeunes icônes de la lutte pour le climat. Notamment Greta Thunberg. Il y a un esprit Black Mirror. On a beau l'inviter partout, les projections scientifiques être de pire en pire, rien ne change. Avec un budget chaîne, le film aurait coûté 50.000 euros. On l'a fait pour moins de 10.000.