C'est l'histoire d'une catastrophe écologique presque oubliée. Le 12 décembre 1999, lors d'un épisode de tempête particulièrement violent, le pétrolier Erika s'éventrait au large de la Bretagne. De son flan meurtri par la rouille s'échappent les hydrocarbures qui souilleront 400 kilomètres de littoral entre le Finistère Sud et la Vendée. En deux épisodes qui n'exigent que la sobriété du montage, la dignité des témoins et la rigueur dans le rendu des faits pour s'avérer efficaces, passionnants, instructifs, Erika passe de l'"Outrage" à la "Justice". En filigrane, une funeste dilution des responsabilités entre le groupe Total, dont l'or noir était transporté par l'Erika, les armateurs napolitains qui ont laissé l'esquif pourrir et soudoyé les autorités, l'équipage tenu de naviguer en boucaniers, des responsables côtiers tétanisés face à la complexité et l'urgence. Et pourtant, comme le dit le documentaire, c'était une "marée noire de plus". Pas la première donc, mais "une marée noire de trop". Toutes les étapes du drame, de son origine à sa résolution judiciaire, sont patiemment racontées par celles et ceux qui furent en première ligne: ministres et dirigeants locaux de l'époque et les vrais héros, les secouristes et les habitants du littoral qui ont accouru dans les premiers jours pour nettoyer le sable souillé et puant, les animaux englués. Digne, touchant, leur combat pour la justice, couronné par une condamnation générale, ne parvient pas à dissiper l'impression qu'un nouveau drame est possible.