Est-ce la difficulté de faire le deuil de son personnage de Pinkman qui a poussé Vince Gilligan à imaginer une suite après la fin rocambolesque mais ouverte, et somme toute réussie, de Breaking Bad? Dans cette série, qui fait désormais partie du panthéon télévisuel, Walter White (Bryan Cranston), prof de sciences de lycée transformé en baron de la drogue, avait enrôlé Jesse Pinkman (Aaron Paul), jeune paumé à haut potentiel, dans sa petite chimie. À l'issue du massacre final de la cinquième saison, Jesse Pinkman, seul survivant, prenait la poudre d'e...

Est-ce la difficulté de faire le deuil de son personnage de Pinkman qui a poussé Vince Gilligan à imaginer une suite après la fin rocambolesque mais ouverte, et somme toute réussie, de Breaking Bad? Dans cette série, qui fait désormais partie du panthéon télévisuel, Walter White (Bryan Cranston), prof de sciences de lycée transformé en baron de la drogue, avait enrôlé Jesse Pinkman (Aaron Paul), jeune paumé à haut potentiel, dans sa petite chimie. À l'issue du massacre final de la cinquième saison, Jesse Pinkman, seul survivant, prenait la poudre d'escampette. C'est très exactement là que El Camino reprend le récit sur Netflix, le temps d'un long métrage consacré exclusivement à Jesse, qui rejoint l'avocat Saul Goodman de Better Call Saul sur la plateforme de téléchargement. Après de nombreux épisodes passés à déguster sévère, séquestré par des néo-nazis, puis sauvé par son meilleur ami Walter, Jesse paraissait filer vers un destin de possibles au volant de la Chevrolet El Camino 1978 dérobée à ses ravisseurs. Archétype de l'Amérique white trash, Pinkman incarne l'innocence brisée, l'idiotie bravache jamais épargnée par un karma de contrariétés. Son rite de passage sublimement pathétique se poursuit dans El Camino, qui le voit régler ses comptes avec un passé de douleur en même temps qu'il tente d'échapper à la police. Les flash-back qui scandent le film incluent notamment de longs retours vers sa captivité et la relation étrange avec Todd (Jesse Plemons), le nazi au visage poupon, dont Pinkman entend dérober le magot (il ne sera pas le seul) pour se payer les services d'Ed Galbraith (Robert Forster, dans son dernier rôle), roi de l'exfiltration. Galbraith est un fil d'Ariane pour Jesse, qui tente de sortir d'Albuquerque. Pris au piège comme dans un labyrinthe, il croise les souvenirs et les fantômes de son passé (toute une galerie de personnages dont il convient de taire les noms) dans des scènes sincèrement émouvantes, qui alternent avec de purs moments d'adrénaline, des culs-de-sac, des retournements et des surprises propres au style de la série d'origine. Sortir dare-dare de ce dédale psychique et de cet éternel schéma de loose pour trouver un nouveau chemin, telle est la quête d'un Pinkman délesté de son rôle de faire-valoir. Au-delà des astuces de réalisation et d'intrigues dont Gilligan reste un grand artisan, El Camino ressemble plus à un épisode de transition artificiellement rallongé qu'à un film en soi. In fine, le dernier plan, esthétiquement sublime, reste encore une fois ouvert aux spéculations: une future série axée sur Pinkman, un raccord avec Better Call Saul? Suite au prochain épisode.