Alors que les plaids et les mugs fumants se repointent à l'horizon -cinquième vague, variant Omicron et fêtes obligent-, rappelons-nous que certaines séries ont le chic pour nous remonter ce fichu moral tapi dans le fin fond de nos chaussettes. Elles nous susurrent que, décidément non, nous ne sommes pas les seuls à ressentir "ça". Et elles nous inspirent avec des personnages qui sautent par-dessus leurs failles pour aller chercher ce petit supplément d'âme, donner du sens et un sacré boost à l'existence. Tour de piste sélectif.
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Alors que les plaids et les mugs fumants se repointent à l'horizon -cinquième vague, variant Omicron et fêtes obligent-, rappelons-nous que certaines séries ont le chic pour nous remonter ce fichu moral tapi dans le fin fond de nos chaussettes. Elles nous susurrent que, décidément non, nous ne sommes pas les seuls à ressentir "ça". Et elles nous inspirent avec des personnages qui sautent par-dessus leurs failles pour aller chercher ce petit supplément d'âme, donner du sens et un sacré boost à l'existence. Tour de piste sélectif. De l'ancêtre Cheers à The Good Place, en passant par les inusables Parks and Recreation et How I Met Your Mother, chantonne la petite mélodie du feel good. Chez les ados aussi, Atypical et Mes premières fois (Never Have I Ever) ont été plébiscitées pour leur qualité d'exhausteurs de moral. On pense facilement que ce vieux concept anglo-saxon nous endort sous les rires préenregistrés ou les amours glucosées, les situations stéréotypées ou flatteuses. Mais au-delà des aspects spécieux que ce "genre" peut induire, il y s'agit surtout de tenter de recoller les morceaux d'un réel qui se disperse façon puzzle, de célébrer les petites et grandes victoires sur soi et le monde, sans céder au ronron cotonneux de la nostalgie. À ce titre, Ted Lasso, dont la seconde saison s'est bouclée il y a à peine deux mois, plane au-dessus de la mêlée. Les mésaventures de cet entraîneur américain à la tête d'une équipe de foot anglaise s'avèrent renversantes de chaleur, d'optimisme et de sensibilité, la série étant capable de retourner les catastrophes en épiphanies et d'élever la gentillesse en valeur cardinale. Diffusée en septembre sur la chaîne américaine FX et disponible depuis novembre sur Disney+, The Big Leap coche à elle seule, mais sans prétention, toutes les cases d'une série feel good (lire encadré). Des personnages à la recherche d'une seconde chance, losers, freaks, grands blessés de la vie, sont sélectionnés par une émission de téléréalité pour monter Le Lac des cygnes. Gaîment sentimentale, follement toquée, The Big Leap désamorce les codes éliminatoires de la téléréalité pour offrir des récits de résilience qui, littéralement, font du bien. Les séquences dansées, rythmées par des tubes intemporels ou revisités, font songer à Glee ou Schmigadoon!, mais sa fonction globalement thérapeutique, ses dialogues sans filtre et sa manière de prendre les crises à bras-le-corps dans un feu d'artifice de saveurs bonbon la rapprochent sans doute de Crazy Ex-Girlfriend (sur Netflix): l'histoire de Rebecca Bunch (Rachel Bloom), brillante avocate new-yorkaise qui plaque tout pour tenter d'aller reconquérir Josh, un ancien amoureux d'été, est scandée de hits revisités et chorégraphiés, explorant obsessions, souffrances émotionnelles et mythologies amoureuses. Ces séries savent jouer les alchimistes, acheminant leurs personnages de misères en splendeurs, de l'autodestruction vers un peu plus plus d'amour de soi, transformant les tragédies en comédies irrésistibles et réparatrices. En deux saisons, Fleabag nous a pris à témoin avec sa formule transformant l'autodépréciation violente et systémique en un début d'estime de soi, décrochant au passage quelques vérités bien senties sur les familles dysfonctionnelles et la condition des femmes au XXIe siècle. Au même moment, de l'autre côté de l'Atlantique, Issa Rae réussissait avec Insecure (dont la cinquième et ultime saison vient de débuter sur Be TV) une puissante comédie qui a eu sur les sentiments d'échec l'effet d'un massage bienfaisant, d'un serrage de coudes. Voir Issa et sa bande de copines transcender leurs vies amoureuses défaites, leurs insécurités et leur condition cumulée de femmes afro-américaines pour en sortir plus fortes et soudées, alors que toute tentative de rester sérieux demeure vaine, a été un des grands motifs de bonheur de ces dernières années. Sans ces deux monuments à la gloire de l'inadéquation, point de Marvelous Mrs. Maisel ni de Unbreakable Kimmy Schmidt, autres régals à la gloire de parcours atypiques et décalés, donc forcément réconfortants.