Gone Girl
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Retour aux sources pour le réalisateur de Se7en et autre Panic Room qui, avec Gone Girl, renoue avec un genre lui ayant toujours réussi: le thriller. L'histoire a pour cadre North Carthage, dans le Missouri, lieu de résidence de Nick et Amy Dunne (Ben Affleck et Rosamund Pike, parfaits), un couple modèle renvoyant l'image d'un bonheur sans nuages. Apparences mises à mal lorsque la jeune femme disparaît le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, enlevée vraisemblablement, les soupçons, attisés par la frénésie médiatique, se portant bientôt sur son mari idéal... Circonstances troubles qui inspirent à Fincher un film léché dont il déploie la mécanique implacable en un fascinant jeu de miroirs, signant un thriller vénéneux assorti d'une réflexion amère sur le couple et d'une autre, grinçante, sur le pouvoir des médias. S'il y a là un petit côté exercice de style, son exécution imparable fait de Gone Girl une réussite incontestable. Il fallait toute la maestria de David Fincher, et la qualité du scénario d'Aaron Sorkin, pour rendre captivante une histoire gravitant autour de nerds rivés à leur écran d'ordinateur. Tour de force accompli dans The Social Network où, au départ des procès en paternité du réseau, le cinéaste retrace l'histoire de Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg, impérial dans un rôle emblématique) et les circonstances qui allaient conduire l'étudiant de Harvard doublé d'un génie de l'informatique à lancer Facebook. Manière de plonger au coeur du rêve américain, en une vision où à l'amitié se substituent la trahison et la cupidité comme clés du succès. Non sans que, en quelque paradoxe ultime, le jeune homme arrogant dont l'invention allait projeter l'humanité dans l'ère de l'ultra-communication, soit condamné à un isolement toujours plus grand. Porté par une mise en scène millimétrée, il y a là un biopic malin embrassant son époque d'un regard dénué de complaisance. Magistral. On comprend sans peine que le réalisateur de Zodiac ait été attiré par Mindhunter, la série créée par Joe Penhall, qu'il a produite en plus d'en réaliser divers épisodes (au même titre qu'Asif Kapadia, Tobias Lindholm ou Andrew Dominik). Un duo d'enquêteurs du FBI, l'expérimenté Bill Tench (Holt McCallany) et le fort en thème Holden Ford (Jonathan Groff), bientôt épaulés par une chercheuse, Wendy Carr (Anna Torv), y jettent, dans le trouble des années 70 finissantes, les bases du profilage, interrogeant dans les replis de l'Amérique ceux que l'on n'appelle pas encore des "serial killers". Et de tenter d'en établir le profil psychologique, manière, peut-être, de prévenir de futurs assassinats à répétition. La matière est captivante, elle trouve à l'écran une expression idoine, combinant ambition esthétique et densité narrative d'exception en une suffocante plongée au coeur des ténèbres saupoudrée de ce qu'il faut d'humour -noir comme il se doit... Incontournable.Près de quinze ans après sa sortie, Zodiac reste le mètre-étalon en matière de film de serial killer. David Fincher y revient sur une affaire qui avait défrayé la chronique de San Francisco au tournant des années 60 et 70, lorsqu'un tueur se faisant appeler Zodiac avait perpétré une série de meurtres tout en multipliant les provocations (cette même affaire servant de toile de fond au premier volet de la saga Dirty Harry). Une scène suffit au réalisateur pour installer un climat oppressant dont le film ne se départira plus, la photographie vintage de Harris Savides ajoutant au réalisme de ce polar tortueux qui porte un regard kaléidoscopique sur l'histoire, aux enquêteurs du SFPD emmenés par l'inspecteur Toschi (Mark Ruffalo) s'ajoutant un journaliste (Robert Downey Jr.) et un dessinateur (Jake Gyllenhaal) du San Francisco Chronicle. Le résultat est aussi dense que fascinant, thriller virtuose renouant avec le meilleur du cinéma américain des années 70. Un must. Inspiré de la nouvelle éponyme de F. Scott Fitzgerald, The Curious Case of Benjamin Button fait figure d'exception dans la filmographie de Fincher, le réalisateur de Fight Club s'autorisant ici une rare incursion en terrain sentimental. Soit l'histoire de Benjamin (Brad Pitt), né à La Nouvelle-Orléans en 1918, âgé de 80 ans, pour vivre ensuite à rebours, remontant le cours de l'existence en rajeunissant, à l'inverse de ses semblables. Une condition qui se cristallisera dans sa relation avec Daisy (Cate Blanchett), rencontrée alors qu'elle n'était encore qu'une enfant, leur amour étant mis à l'épreuve de chemins de vie opposés. Soit une aventure insolite questionnant, dans une veine toute romantique, la course du temps et de l'existence avec son appel vers le néant. Et une matière dont le cinéaste s'empare avec son brio coutumier, ajoutant l'élégance formelle à la singularité du concept, et signant un film baigné de mélancolie sous son vernis consensuel.