Miroir des Rich & Famous

La richesse, la réussite, la célébrité, l'entre-soi, les scandales constituent décidément un vivier à scénarios toujours plus apprécié. Entre fascination, révulsion et révélations, ce début d'année est rythmé par les déboires intrigants de la noblesse, qu'elle soit de sang ou adoubée par le miroir aux alouettes de la célébrité, de la réussite matérielle. Autant qu'à leur fortune, les riches privilégiés du monde tiennent à leur image et à leur statut, comme le montre A Very British Scandal (dès le 16/01 sur Be TV, lire la critique), deuxième volet d'une série anthologique entamée avec A Very English Scandal. Plus question d'homophobie ici, mais bien de la chute vertigineuse de l'aristocratie anglaise de son piédestal. Surtout, l'acharnement sexiste de la presse et de la justice dans le cadre du retentissant divorce, dans les années 50, du duc et de la duchesse d'Argyll. Elle expose, entre autres, la mécanique systémique qui démolit davantage les femmes que les hommes lors d'un scandale médiatique.
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La richesse, la réussite, la célébrité, l'entre-soi, les scandales constituent décidément un vivier à scénarios toujours plus apprécié. Entre fascination, révulsion et révélations, ce début d'année est rythmé par les déboires intrigants de la noblesse, qu'elle soit de sang ou adoubée par le miroir aux alouettes de la célébrité, de la réussite matérielle. Autant qu'à leur fortune, les riches privilégiés du monde tiennent à leur image et à leur statut, comme le montre A Very British Scandal (dès le 16/01 sur Be TV, lire la critique), deuxième volet d'une série anthologique entamée avec A Very English Scandal. Plus question d'homophobie ici, mais bien de la chute vertigineuse de l'aristocratie anglaise de son piédestal. Surtout, l'acharnement sexiste de la presse et de la justice dans le cadre du retentissant divorce, dans les années 50, du duc et de la duchesse d'Argyll. Elle expose, entre autres, la mécanique systémique qui démolit davantage les femmes que les hommes lors d'un scandale médiatique. C'est une des idées développées dans Pam & Tommy (sur Disney+ à partir du 25/02), qui raconte les coulisses du premier buzz viral de l'Histoire, la sextape de l'actrice Pamela Anderson et du batteur de Mötley Crüe, Tommy Lee. Développée par les comparses Evan Goldberg et Seth Rogen (The Interview), avec une Lily James (Downton Abbey, Guerre et paix) et un Sebastian Stan (Falcon & the Winter Soldier) troublants de mimétisme, la minisérie ne cassera peut-être pas Internet comme l'a fait la VHS de 1997, mais elle en reconstitue l'époque et les enjeux avec savoir-faire. Dans un tout autre registre, la deuxième saison de La Chronique des Bridgerton (le 25/02 sur Netflix) prolonge les ébats de l'aristocratie anglaise selon Shonda Rhimes. La diversité de son casting, ici davantage déployée encore, ne manquera pas d'étrangler les puristes et ceux qui avalent la pilule "woke" de travers. Tout aussi costumée, l'une des séries les plus attendues de ce début d'année est sans nul doute The Gilded Age. La nouvelle superproduction HBO (diffusée sur Be TV à partir du 27/01) est dirigée par le Britannique Julian Fellowes, créateur d'un autre monument télévisuel, Downton Abbey. Située dans les années 1880, elle raconte, dans un contexte de boom économique, la querelle des anciens de la bonne société new-yorkaise et des modernes nouveaux riches, produits de la révolution industrielle. Clash de générations, intrigues de couloir, démonstration sans limites de richesses et casting impressionnant (Cynthia Nixon de Sex & the City, Carrie Coon de The Leftovers, Morgan Spector de The Plot Against America) sont les ingrédients d'une prometteuse comédie humaine. Les multiples manifestations du surnaturel, du bizarre, de l'inexpliqué, de l'invisible, aux frontières du mystère et de la science-fiction seront au rendez-vous tout au long de l'année. La plupart des yeux sont rivés sur la quatrième saison du hit Netflix Stranger Things, promise pour la collection printemps-été 2022. La série reine des OPA sur la nostalgie culturelle et mercantile des années 80 a réussi à faire languir son auditoire de fans. Le revival de la guerre froide et de l'invasion du monde à l'envers continue de cheminer sur la ligne du temps et des références (Stephen King, Steven Spielberg, Wes Craven, John Carpenter). Les nombreux teasers promettent, outre la réunion de la bande d'amis, un retour sur les origines du séjour d'Eleven dans le laboratoire de Hawkins, ainsi qu'une sombre histoire de manoir maudit. Empoignant à son tour le mystère, la chaîne européenne Arte propose une fable existentielle et fantastique sur la soif de progrès. Dans La Corde, l'équipe d'un observatoire astronomique situé en Norvège, ainsi qu'un groupe de randonneurs, tentent de percer le mystère posé par une corde qui s'enfonce au coeur de la forêt et révèle leurs pires tourments. Suzanne Clément, Jean-Marc Barr et Jeanne Balibar marquent de leur présence une série qui superpose les mondes et les temporalités. La nature et ses mille recoins sont décidément un théâtre idéal, ouaté par les feuilles mortes, où se révèlent névroses, démons invisibles et instincts de survie. Cette dimension mystérieuse et cathartique traverse la curieuse série Showtime Yellowjackets (le 19/01 sur Be TV à la demande). Elle nous replonge non pas dans les années 80 mais bien en 1996 (les titres de The Cranberries, Portishead et Smashing Pumpkins en témoignent), lorsque le crash d'un avion fait disparaître au milieu de l'Ontario toute une équipe de foot féminine. Ce récit survivaliste, qui compte Christina Ricci et Juliette Lewis au générique, oscille entre thriller et fantastique naturaliste, Sa Majesté des Mouches et Midsommar, reliant leur descente dans la folie et le cannibalisme cérémoniel avec le quotidien des survivantes en 2021. Tant qu'on en est à évoquer les troubles psychiques, leurs liens avec l'étrange et l'inexpliqué, autant savourer par avance le retour de l'inspecteur Harry Ambrose dans la quatrième et ultime saison de The Sinner (dès le 22/01 sur Be TV). Alors qu'il tente de se remettre de ses précédentes émotions en séjournant avec son amie Sonya sur une île déserte, il se retrouve mêlé à la disparition d'une jeune femme aux liens étroits avec la nature et l'océan. Le voyage au bout de la nuit d'Ambrose repart de plus belle. Souvent boudée par les séries belges, quand la fiction en général la choisit plutôt pour les conditions financières avantageuses qu'offrent les coproductions que pour sa propre photogénie, Bruxelles prend sa revanche à l'écran en ce début d'année. Trois séries nous rappellent que la première place de l'Union Saint-Gilloise au classement de la Jupiler League n'est pas le seul motif de fierté de la capitale. Son atmosphère, ses bâtiments, ses quartiers, son patrimoine zinneke entre multiculturalisme, romantisme sombre, surréalisme et humour grinçant sont des éléments fondateurs de quelques séries à épingler. Lancée en décembre dernier, la comédie néerlandophone maroxelloise Terre (Grond, actuellement sur Be TV), signée Adil El Arbi et Bilall Fallah fait miroiter la capitale dans sa diversité culturelle, son activité débordante, sa bruxellisation permanente. À travers le projet fou d'un jeune Marocain de deuxième génération d'importer de la terre natale pour pérenniser en Belgique la tradition funéraire de toute une communauté, Terre dresse, entre autres, le portrait réaliste, joyeux et tendrement bordélique d'une ville bigarrée, mélangée, hyperactive auquel son casting (Ben Hamidou, Yassine Ouaich, Ward Kerremans) rend un furieux hommage. Comme son titre l'indique, Pandore, la nouvelle série RTBF (diffusée à partir de mi-février sur La Une) ouvre un cahier des charges bien rempli. Cette fiction coécrite par les réalisatrices Savina Dellicour (Tous les chats sont gris) et Vania Leturcq (L'Année prochaine) ainsi que l'actrice Anne Coesens (Tueurs, La Trève) noue une intrigue dense: un tentaculaire scandale politique, une crise du monde judiciaire, la dénonciation du sexisme, de la culture du viol et de l'emballement médiatique. On y retrouve Yoann Blanc (La Trève) en leader tourmenté d'un parti libéral francophone titillé par les extrêmes, donnant la réplique à Anne Coesens, juge d'instruction tenace mais peu épargnée par les conflits d'intérêts. Son casting joliment familier (Vincent Lecuyer, Myriem Akheddiou, Mélissa Diarra, Salomé Richard) évolue dans une Bruxelles qu'on devine figée par le Covid mais dont les rues et les bâtiments emblématiques frémissent de tant d'histoires tourmentées. Enfin, mention spéciale doit être faite à la deuxième saison de Parlement (disponible en mars sur Be TV), même si la chronique des déboires européistes a quitté la Commission de Bruxelles pour les couloirs du Parlement de Strasbourg. Elle mérite qu'on s'attarde sur son regard minimaliste, riche en enseignement sur le fonctionnement pas si kafkaïen des institutions européennes, ses petites absurdités et ses grandes complexités, ses loyautés bizarres, ses failles humaines qui animent et égaient un projet politique irriguant toujours plus notre quotidien.