LOVE MEANS ZERO

Documentaire de Jason Kohn. ****

Mardi 21/5, 00h45, France 2.

"C'est la version capitaliste d'une vision communiste de l'entraînement athlétique. Prenez des jeunes joueurs prometteurs. Éloignez-les de leur famille et amis. Et concentrez-vous sur une seule chose: produire des champions." Dans une séquence télévisée d'antan, un journaliste résume à sa manière l'académie Nick Bollettieri. Fabrique floridienne de champions qui vit notamment Jim Courier, Pete Sampras, Monica Seles, Marcelo Rios, les soeurs Williams, Martina Hingis, Jennifer Capriati, Xavier Malisse et forcément Andre Agassi souffrir et suer sous ses ordres et sur ses courts...

"Un bon mental, c'est à 80% un bon physique", a coutume de dire cet impitoyable bourreau de travail que certains considèrent davantage comme un tyran que comme un entraîneur de tennis. Derrière un look de vacancier, le teint toujours fortement hâlé, les lunettes de soleil en permanence sur le nez, se cache un ancien militaire (il s'est engagé chez les parachutistes alors que la guerre de Corée touchait à sa fin). Un fils d'immigrés napolitains élevé dans les faubourgs du Bronx qui a touché sa première raquette à 20 ans, n'a jamais gagné un match de sa vie, mais a fait remporter des dizaines de tournois du Grand Chelem et a travaillé avec pas moins de dix numéros 1 mondiaux.

Face caméra, souvent secoué par son intervieweur, Bollettieri aujourd'hui âgé de 87 ans (le docu date de 2017) parle souvent de lui à la troisième personne et se raconte. Brut de décoffrage. "Dans 60 minutes (magazine d'information de CBS, NDLR), Morley Safer interviewait un psychiatre du sport, se souvient-il. Et ce psychiatre disait: "Cet homme est fou. Il arrache des enfants à leur famille et les oblige à vivre avec lui. Il ne leur donne pas à manger. Il les frappe. Et les oblige à laver sa voiture." Le dernier truc, c'est vrai. N'empêche que ma mère s'est mise à jurer en italien. Elle a demandé à mon père: "Pourquoi parlent-ils ainsi de notre fils?" Mon père lui a répondu: "Mary, si tu n'es personne, personne ne parlera de toi. Peu importe ce qu'ils disent, tu réponds merci...""

Méthodes agressives, absence de psychologie, coups tordus... Love Means Zerorevient sur une quête sans fin de gloire et tente de percer les mystères d'un dur à cuir. Un mec impulsif qui a tout donné à la petite balle jaune et dit ne pas se souvenir du nom de ses huit épouses. Rythmé par des interviews de ses collaborateurs et d'anciens joueurs (Courier, Becker...), ce documentaire s'appesantit aussi surtout sur la relation tumultueuse entre Bollettieri et Andre Agassi (qui a refusé d'apparaître dans le film). "J'ai enfreint une règle en enlevant des enfants à leurs parents pour les grouper dans une académie. La première au monde, se targue le sulfureux octogénaire. Si je ne l'avais pas fait, le tennis n'en serait pas là où il en est aujourd'hui." Passionnant.

Julien Broquet

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1940, MAIN BASSE SUR LE CINÉMA FRANÇAIS

Documentaire de Pierre-Henri Gibert. ***(*)

Dimanche 19/5, 22h35, France 5.

En août 1940, José Bosch se promène en France occupée avec un million de francs en liquide. Un dignitaire nazi l'a chargé d'acheter pour son compte personnel plusieurs sociétés cinématographiques françaises en toute opacité. Alfred Greven est à la fois un cinéphile et un homme d'affaires. Nommé directeur de Continental-Films, une société de production fondée en septembre de la même année par Goebbels, offrant aux organes de propagande la mainmise sur le cinéma hexagonal pendant l'Occupation, Greven profite de la spoliation des biens juifs pour prendre le contrôle de toute la chaîne de production d'un film. Vorace, l'homme profite d'une loi de marché devenue une loi de la jungle. Et il veut tout. Des studios de tournage aux salles de cinéma. Son ambition n'est pas l'endoctrinement des masses. Le but est à la base de produire des films commerciaux. Des films qui marchent et sans grand contenu intellectuel. Mais Greven fait preuve d'une étrange liberté. Il engage les meilleurs auteurs, acteurs et techniciens, quitte à les faire chanter pour les convaincre... Inspiré de l'ouvrage Continental-Films: cinéma français sous contrôle allemand écrit par Christine Leteux, le documentaire de Pierre-Henri Gibert raconte une société douteuse qui n'a produit que 30 films mais se planque derrière quelques chefs-d'oeuvre (La Main du diable, Le Corbeau...) du cinéma bleu blanc rouge. Solidement ficelé. J.B.

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UN PROPHÈTE

Drame de Jacques Audiard. Avec Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif. 2009. ****(*)

Lundi 20/5, 21h00, TV5 Monde.

Neuf César (dont meilleur film et meilleur réalisateur), Grand Prix du Jury au Festival de Cannes, Prix Louis-Delluc (le "Goncourt du 7e art"): le moins qu'on puisse écrire d'Un prophète est qu'il a obtenu une grande reconnaissance. Le film de Jacques Audiard marque un sommet du cinéma de genre et du cinéma tout court. Il s'ouvre dans le décor d'une prison où débarque un jeune délinquant de 19 ans à peine. Très vite, Malik se verra contraint par les caïds des lieux, des gangsters corses, d'éliminer un autre détenu, qui s'apprêtait à témoigner contre eux. Il deviendra leur affidé, recevant des missions de plus en plus importantes. Mais il développera aussi bientôt, en douce, son propre réseau où les "barbus" (les islamistes) joueront un rôle... Filmé avec une force rare, joué de manière intense (la révélation Tahar Rahim, l'intimidant Niels Arestrup), Un prophète élève le film de gangsters aux dimensions d'une fresque sociale, sur un monde qui change inexorablement. Une oeuvre majeure! L.D.

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LA FEMME D'À CÔTÉ

Drame amoureux de François Truffaut. Avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Henri Garcin. 1981. ****

Lundi 20/5, 20h50, France 5.

Ils se sont tant aimés, follement aimés, violemment aimés. C'est le passé mais voici que le hasard fait de Bernard et Mathilde des voisins. De quoi faire souffler un vent neuf et dangereux sur les braises de leur passion... François Truffaut n'a plus que trois ans à vivre, et Fanny Ardant, qui joue Mathilde et avec laquelle il aura un enfant, sera son dernier amour. Il la filme avec intensité, dans une oeuvre à la fois forte de grands élans et fragile d'une conscience aiguë du temps qui passe, de ce que sont désirs et sentiments confrontés aux distances qu'impose souvent la vie. Gérard Depardieu campe Bernard, un personnage qu'il anime avec ferveur face à une Ardant jouant à fleur de peau. Lui fou d'amour, elle proche de la folie tout court, les deux condamnés s'avancent vers une conclusion tragique, brutale. "Ni avec toi, ni sans toi" pourrait leur faire une belle et déchirante épitaphe. L.D.

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GETTING ON

Série créée par Mark V. Olsen et Will Scheffer. Avec Laurie Metcalf, Alex Borstein, Niecy Nash. ****

Mercredi 22/5, 20h30, Be Séries.

Lorsque HBO a lancé sur les écrans, en 2013, l'adaptation de cette série anglaise produite par la BBC, le monde n'avait pas encore ouvert les yeux sur les souffrances du monde hospitalier. Le succès de la série française Hippocrate a contribué à éclairer la situation d'un milieu jadis complètement fantasmé à la télévision, prétexte au développement de personnages et de situations certes télégéniques et pourvoyeurs de questions sociétales (Dr House, Urgences, Grey's Anatomy...), mais qui ne disaient pas grand-chose du mal-être ni des uns ni des autres. Un mal-être institutionnel, politique, humain, qui se décompose en situations absurdes, en surcharge de travail, en absence de reconnaissance et de gratification, portant vers des conséquences souvent dévastatrices. Getting On documente avec un humour grinçant mais sans distance, pour tout dire frontalement, ces problématiques, à travers le quotidien d'un département de gériatrie et de soins intensifs d'un grand hôpital. Le Dr Jenna James (Laurie Metcalf) et l'infirmière en chef Dawn Forchette (Alex Borstein) chapeautent une petite équipe dont l'agonie mentale et psychique renvoie, malgré les façades, à celle de leurs patients. L'instinct de survie et de préservation y est ausculté à travers les dysfonctionnements du service, les mesquineries, la peur. La situation des personnes hospitalisées est montrée aussi crûment que le défaut de réponse et parfois de soin qui leur est apporté. Les cibles de cette satire ne sont pas les humains mais les structures qu'ils subissent, qui les abîment et transforment leur travail en une litanie de résignation et de regards perdus. Les barrières linguistiques entre infirmières et patients immigrés sont une manière parmi tant d'autres déployées par la série pour montrer la trivialité des contraintes et des obstacles rencontrés au quotidien. Et lorsque la vidéo favorise l'intervention en live d'une traductrice en langage des signes pour communiquer avec une patiente sourde et muette, les glitchs et mini-coupures de transmission, comme la myopie de l'interprète, transforment la situation en supplice de Sisyphe. Ces dialogues, forcément de sourds, et tant d'autres qui parsèment cette première saison, pleins de références culturelles mais aussi de sous-textes très piquants, sont brillamment ciselés. L'humour british de la série originale y est préservé -le trio qui lui a donné naissance, composé de Jo Brand, Joanna Scanlan et Vicki Pepperdine a été embauché par HBO- tout comme le style documentaire, caméra embarquée et jeu hyper naturel des comédiennes et comédiens inclus. Désespoir, frustration et humour glissent sur un même et très fin fil entre réel et fiction, jetant le trouble et un filet de lumière sur une souffrance qui prend à la gorge.

Nicolas Bogaerts

© RTBF

LE GRAND DÉBAT

Débat politique présenté par Nathalie Maleux et François De Brigode.

Mercredi 22/5, 20h20, La Une.

À quelques jours des élections fédérales, régionales et européennes, la politique prend d'assaut les grilles télé. Perdus dans les déclarations brouillonnes, les effets d'annonce et les promesses de campagne? Tandis que RTL-TVI envoie Zakia Khattabi et Didier Reynders en immersion chez les citoyens (Un politique à la maison avait une semaine plus tôt plongé Benoît Lutgen et Paul Magnette dans la même situation), la RTBF propose ce mercredi un grand débat des présidents de partis. Pendant une heure et demie, Nathalie Maleux et François de Brigode mettront Elio Di Rupo (PS), Olivier Maingain (DéFI), Maxime Prévot (cdH), Peter Mertens (PTB), Zakia Khattabi (Ecolo) et Charles Michel (MR) sur le grill. Ça va parler emploi, taxation, soins de santé, enseignement, pouvoir d'achat, mobilité, immigration et climat. Une occasion (peut-être) d'y voir plus clair, de discerner le vrai du faux et d'éclairer ses choix dominicaux. J.B.

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HOLLYWOOD, LA VIE RÊVÉE DE LANA TURNER

Documentaire de Frédéric Mitterrand. ***

Mercredi 22/5, 22h40, Arte.

C'est l'un des plus grands scandales de l'Histoire du cinéma. Le 4 avril 1958, Cheryl Crane, quatorze ans, entend le violent mafioso Johnny Stompanato hurler sur sa mère avec laquelle il entretient une relation tumultueuse. Il a déjà menacé de la supprimer. L'adolescente se jette sur lui et le tue d'un coup de couteau. Héroïne du fait divers, la mère en question n'est autre que Lana Turner, une actrice née dans un trou perdu de l'Idaho et devenue un sex-symbol pour tout le monde excepté pour elle-même. Ce documentaire raconte la comédienne alcoolique et suicidaire. La collectionneuse d'époux et d'amants. Sa participation à l'effort de guerre et ses avortements... Images d'époque, extraits de films et témoignages (notamment celui de sa fille) rythment un portrait d'un autre temps. Un docu intéressant, qui ne manque pas de charme mais que le débit et le ton de Frédéric Mitterrand finissent par rendre franchement irritant. J.B.

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VEEP (SAISON 7)

Série créée par Armando Iannucci. Avec Julia Louis-Dreyfus, Anna Chlumsky, Tony Hale. ****

Jeudi 23/5, 20h30, Be 1.

L'ultime saison de cette comédie politique iconoclaste et désopilante arrive juste à temps. Car nul ne sait quand la réalité de la Maison-Blanche telle qu'elle se donne à voir aujourd'hui deviendra indépassable en termes de fiction, de vis comica ou de farce tragique. Révélée par la sitcom Seinfeld au tournant des années 80-90, Julia Louis-Dreyfus a connu la consécration avec Veep, glanant pas moins de six Emmy Awards pour son rôle de Selina Meyer, femme politique aussi drôle qu'immorale, dont l'ascension vers les plus hautes fonctions (vice-présidente puis présidente des États-Unis) a été l'occasion de montrer tout ce que le marigot de Washington compte de piètres calculs, de fourberie, de fauves grand-guignolesques. Meyer repart dans une dernière campagne pour la présidence et son impréparation et celle de son staff donnent lieu à des premières scènes d'anthologie, aux dialogues d'une délicieuse désinvolture et d'une superbe outrecuidance. Sa faculté à semer ses propres embûches, la vacuité de son programme n'ont d'égal que les infortunes et l'aveuglement de son entourage immédiat. Avec sa dépiction crue et sans ambages du cynisme politique, de la quête du pouvoir pour le pouvoir, Veep est une série salutaire et sa star incontestée a bien mérité tous nos suffrages, pour l'ensemble de son oeuvre. N.B.