WEST SIDE STORY: LE HIT DE LEONARD BERNSTEIN
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En 1949, le chorégraphe et metteur en scène Jerome Robbins avec qui il a déjà travaillé passe un coup de fil au compositeur Leonard Bernstein. Inspiré par son amant Montgomery Clift, il lui propose "une version moderne de Roméo et Juliette dans les bas-fonds. Au moment des fêtes de Pâques et de Pessa'h, entre juifs et catholiques. Le ton monte. Bagarre de rue. Deux morts. Tout s'imbrique. Mais plus important encore, il s'agit de créer une oeuvre tragique dans le style d'une comédie musicale." Revu et corrigé, l'amour impossible se déclinera sur fond de guerre à couteaux tirés entre bandes rivales, un portrait vibrant de New York et un spectacle à la tension palpable marqué musicalement par le contraste (le jazz d'un côté pour les jeunes de classe ouvrière blanche, la musique latino de l'autre pour les immigrés de Porto Rico). Coup d'envoi d'une programmation spéciale Leonard Bernstein complétée par le documentaire Le Déchirement d'un génie et deux concerts (l'un, hommage, dirigé par James Gaffigan, et l'autre, le premier concert éducatif que le génie avait imaginé pour les jeunes à la télévision), le docu d'Axel Fuhrmann se penche sur l'histoire de West Side Story. Décortique sa musique, raconte un volcan d'énergie créative, compositeur touche-à-tout et insomniaque chronique, et enquête sur les raisons d'un succès phénoménal. A fortiori pour une love story sans happy end... J.B.Au départ du gros livre très documenté de Dominique Lapierre et Larry Collins, paru en 1964, René Clément réalise deux ans plus tard un film à la hauteur de son important sujet: la libération de Paris. Le grand cinéaste, réalisateur entre autre de Jeux interdits, La Bataille du rail et Plein soleil, met son talent au service d'une fresque historique spectaculaire et prenante. La recréation du Paris occupé sur le point de briser ses chaînes au mois d'août 1944 est aussi crédible que soignée. Les actes de résistance des FFI (Forces françaises de l'Intérieur) se multiplient dans la ville, les troupes alliées approchent, le général von Choltitz, commandant de la Wehrmacht à Paris, hésite à obéir à l'ordre qu'a donné Hitler: détruire les ponts, incendier Paris... Le film montre aussi la compétition au sein de la Résistance, entre gaullistes et communistes. La distribution est impressionnante, qui réunit entre autres Jean-Paul Belmondo, Leslie Caron, Alain Delon, Charles Boyer, Kirk Douglas (en Patton), Yves Montand, Glenn Ford, Simone Signoret, Michel Piccoli, Jean-Louis Trintignant et Anthony Perkins! L.D.Les méthodes atypiques d'un docteur affecté par une condition singulière secouent les habitudes d'un prestigieux hôpital américain. Créateur de Dr House, David Shore nous resservirait-il ici les mêmes recettes? À bien y regarder, les différences de psyché et de background sont en fait manifestes entre l'irascible toubib boiteux et Shaun Murphy, le jeune chirurgien vivant avec un syndrome d'Asperger et dont The Good Doctor retrace le parcours atypique. Issu d'un bled du Wyoming, le prodige va s'extirper d'un passé tourmenté pour s'en aller briller au San Jose St. Bonaventure Hospital, en Californie. Murphy y déploie une conscience qui le fait littéralement visualiser l'anatomie de ses patients (permettant à la réalisation de déployer des effets assez spectaculaires) et le transforme en une sorte de bon génie de la chirurgie. Les qualités dramatiques et empathiques du scénario le rapprochent davantage d'un This is Us que d'une fiction médicale au sens strict. Du coup, la charge émotionnelle et symbolique de chaque cas pèse une tonne. Cela n'a pas empêché la série de devenir, au terme de ses trois premiers épisodes, la fiction la plus regardée aux États-Unis. N.B."Aux États-Unis, boire un café dans un Starbucks devant son Mac, c'est l'image de la réussite", résume sans rire l'un des intervenants de ce documentaire sur la Coffee Company... Les clients achètent du café mais aussi une certaine reconnaissance sociale. Attirer ceux qui se projettent dans la classe moyenne: on appelle ça la stratégie du luxe abordable. Petite boutique authentique, produit de la contre-culture des années 60, devenue une gigantesque société voulant dominer le monde (quand rachetée par Howard Schultz en 1987), Starbucks a toujours cherché à toucher une clientèle aisée, blanche et nantie. Une clientèle qui conduit des BMW et fait des émules. Luc Hermann et Gilles Bovon enquêtent sur une multinationale qui s'adresse individuellement au client, revendique avec lui un rapport personnalisé (on écrit votre prénom sur votre gobelet plutôt que d'utiliser un numéro...) et appelle ses employés des partenaires (couverture santé, financement d'étude et participation à l'actionnariat) mais où la clientèle fait partie de la déco, l'optimisation fiscale est reine et le travailleur essoré. Un zoom solidement documenté sur cette "machine à café" qui fait dans le fast drink, gère à merveille son image et travaille avec les meilleurs experts en immobilier... J.B.L'Histoire n'a pas donné toute la place qu'elle mérite à Lucie Baud, figure oubliée des premières luttes ouvrières et syndicales dans l'industrie textile au tournant du XXe siècle. Incarnés par Virginie Ledoyen, racontés par le très engagé romancier et cinéaste Gérard Mordillat (Vive la Sociale, Les Vivants et les morts), les combats de cette femme pugnace et pionnière rappellent à quel point la main-d'oeuvre, surtout féminine, aura toujours lutté pour faire entendre ses droits et sa dignité. Le scénario s'appuie sur un rigoureux travail historiographique de Michelle Perrot (professeure émérite d'Histoire contemporaine à l'Université Paris-Diderot), qui a sorti Lucie Baud et son destin tourmenté de l'amnésie. Certes, la facture générale de ce téléfilm rappelle la télévision didactique des années 80-90, mais Mordillat a choisi de donner un corps au militantisme. Celui de Virginie Ledoyen est corseté de tensions internes qui se libèrent dans les combats, les harangues et les chants (omniprésents). Les seconds rôles prestigieux (François Morel, François Cluzet, Philippe Torreton) sont entièrement voués à la cause et donc plus retenus qu'à l'accoutumée. Au final, cette Mélancolie ouvrière est une pierre de plus mise au long et difficile édifice qui entend redonner au mouvement ouvrier -et à son histoire- sa fierté et sa place dans notre mémoire. N.B.