LES MAGRITTE DU CINÉMA
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François Damiens décrochera-t-il sa première statuette? Que remporteront Girl et Tueurs, champions des nominations? Et que peuvent espérer Bitter Flowers, Nos batailles et Laissez bronzer les cadavres? La réponse est pour ce samedi. Et c'est comme l'année dernière sur la RTBF (après sept éditions retransmises par la chaîne à péage BeTV) que sera diffusée la neuvième cérémonie des Magritte du cinéma. 22 catégories, 22 récompenses. Toutes, à l'exception du Magritte d'honneur (pour Raoul Servais), décernées par les votes des membres de l'Académie André Delvaux. Cet outil de promotion du cinéma belge francophone qui ne compte en ses rangs que des professionnels du métier (réalisateurs, ingés son, comédiens, exploitants de salles ou encore organisateurs de festival...) résidant depuis au moins cinq ans dans le pays. Avec Alex Vizorek en maître de cérémonie, les Magritte ne devraient pas manquer d'humour et c'est plutôt une bonne nouvelle. J.B.C'est l'un des événements les plus importants du sport américain avec la finale de la NBA. Et l'un des plus regardés de la planète avec la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques. Pour sa 53e édition, le Super Bowl débarque sur TF1. La finale de la NFL, le match qui désigne le champion de la saison, sera donc pour une fois accessible en clair au grand public. Enfin au grand public noctambule puisque, décalage horaire oblige, elle débutera à minuit et demi, heure belge. Plus que la mi-temps et son show (Maroon 5, Travis Scott et Big Boi figurent au programme), c'est le sport qui tiendra la vedette à Atlanta. Les finales de conférence ont opposé les quatre meilleures équipes de la saison. Alors? Les Rams de Los Angeles ou les Patriots de la Nouvelle-Angleterre? Ne vous reste plus qu'à préparer le thermos de café. Ou les hot-dogs et le pack de bières... J.B.C'est toujours... une bombe! Cinquante-cinq ans après sa sortie, le film de Stanley Kubrick sur la folie des armes nucléaires n'a rien perdu de son formidable impact. Il nous fait vivre l'engrenage fatal menant inexorablement à une guerre atomique entre USA et URSS. Par la faute d'un officier américain paranoïaque et dingue (formidable Sterling Hayden), mais aussi par accumulation de petites et grandes bêtises prouvant que le fameux "équilibre de la terreur" ne tient qu'à un fil. Éminemment politique, la farce est surtout irrésistiblement drôle, par la grâce d'un scénario développant implacablement sa logique burlesque. Par celle aussi d'une interprétation géniale, avec en tête un Peter Sellers qui tient plusieurs rôles dont ceux du président des États-Unis et du docteur Folamour du titre, un... ex-nazi servant désormais l'armée américaine! La satire visant le pouvoir, militaire surtout, est aussi drôle que puissante. Kubrick est au sommet de son art, visuellement aussi, sa caméra constamment inventive s'épanouissant dans les décors superbes de son complice Ken Adam. L.D.D'abord montré dans le cadre de l'émission Tout le Baz'Art d'Arte consacrée au designer Xavier Lust, ce documentaire générationnel est rediffusé sur les ondes ertébéennes. L'accord du pluriel d'Olivier Smolders fait le choix d'une forme simplissime, minimaliste: sur un fond noir, des étudiants filmés en plan rapproché parlent de leurs origines diverses, de leurs tracés de vie sinueux, des épreuves et des questions jalonnant leur premières années de vie, qui paraît en contenir des centaines déjà. Ce dispositif sans artifice, même s'il peut lasser tant il ne varie pas d'un iota, donne toute sa place à l'histoire de chacun et chacune et à la manière dont il ou elle se l'approprie. On se laisse emporter par ces récits. Fêlures, accidents, échecs, renaissances, espoir, amour, fragilité... Une ode à la diversité autant qu'à la singularité. N.B.Fin des années 80, à la chute du mur et du rideau de fer, le danger nucléaire semblait révolu. Définitivement conjugué au passé. Mais 30 ans plus tard, la menace n'a pas disparu. Dans le monde, près de 2 000 ogives nucléaires sont prêtes à l'emploi dès qu'un chef d'État en donnera l'ordre... Et depuis le début de la crise ukrainienne en 2014, succession massive d'incidents entre des appareils militaires occidentaux et russes, le jeu de la guerre froide a repris. Pour certains spécialistes, une intervention nucléaire n'a jamais été aussi vraisemblable qu'aujourd'hui. Posé (et un peu ennuyeux) mais solidement anxiogène, le documentaire de l'Allemand Andreas Orth revient sur l'Histoire de ce dévastateur armement, dresse l'inventaire de l'arsenal atomique mondial et étudie la géopolitique d'aujourd'hui. Où sont ces armes? Dans quel cas y aurait-on recours? Envisagera-t-on une bombe atomique européenne à plus ou moins court terme? On n'a pas fini de parler du nucléaire. J.B.La jeunesse qui défile dans les rues des grandes villes du monde pour réclamer un changement radical de politique environnementale n'a peut-être jamais entendu parler du Larzac et de l'âpre lutte qui s'est déroulée au début des années 70 sur ce plateau du Massif central français. Pourtant, à quelques décennies de décalage, le télescopage entre ces deux événements d'ampleur sensiblement différente mais de philosophie assez similaire -la désobéissance civile- est frappant. Tout a commencé en 1970, lorsque le ministre français de la Défense, Michel Debré, décide l'extension du camp militaire situé sur le plateau. Le projet doit grignoter des parcelles de terre cultivée sur douze communes. C'est le point de départ d'une incroyable lutte de dix ans, fédérant des dizaines de sensibilités politiques, puis retournant l'opinion publique en sa faveur, faisant plier l'État, et préfigurant plusieurs mouvements de désobéissance civile: de José Bové aux Indignés, des ZAD de Notre-Dame-des-Landes aux récents mouvements de grève des étudiants. Un "plus jamais ça" de ceux qui désirent privilégier une vision globale, humaniste et environnementaliste contre le profit à court terme. La victoire des défenseurs du Larzac tels Marizette, Christiane, Pierre est contée ici dans toute sa complexité, sa joie communicative. Une histoire de colère, d'espoir et de victoire écologique et humaine. Revigorant. N.B.Co-réalisé par Hans Rosenfeldt, créateur de The Bridge (Bron), cette série ancrée dans une tradition scandinave ne parvient malheureusement pas complètement à reproduire ce qui a fait la profondeur et la noirceur hypnotique des précédentes. Frank Nordling (Alexander Karim), sémillant avocat, et sa soeur Sara (Malin Buska), devenue policière musclée, ont été témoins dans leur enfance de la mort de leurs parents dans l'explosion de leur voiture. Colère rentrée pour lui, traque justicière éperdue pour elle, tous deux se sont construit une vie sur les cendres encore fumantes de ce drame augural. Alors que de nouvelles révélations font apparaître un vrai assassinat, frère et soeur vont devoir s'accrocher aux racines d'un monde qui s'écroule autour d'eux et tenter de venger leurs parents. La réalisation fébrile et le scénario attendu lèsent un peu trop une étude de personnages pourtant passionnante, assurée par des acteurs impliqués. N.B.La chaîne culturelle franco-allemande ne pouvait que se synchroniser à la Berlinale, le prestigieux festival de cinéma qui commence demain. Arte propose donc un programme spécial et ardemment cinéphile, avec en ouverture le premier film de la trilogie tricolore de Krzysztof Kieslowski. Juliette Binoche y interprète une jeune femme qui perd son mari et leur enfant dans un accident de voiture. Julie entame une nouvelle vie dans le détachement absolu de tout ce qui pouvait faire son existence d'avant. Mais quelque chose reste: le soupçon qu'elle est pour beaucoup dans l'oeuvre de son époux, un compositeur reconnu. Voire qu'elle l'a composée elle-même, comme cette musique inachevée que le jeune assistant de son mari, secrètement amoureux d'elle, s'est mis en tête de terminer... La couleur bleue tient évidemment une place importante dans un film fascinant où Kieslowski veut évoquer la liberté. Suivront l'égalité dans Trois couleurs: Blanc (1994) puis la fraternité dans Trois couleurs: Rouge (1994 aussi), le cinéaste polonais s'inspirant des trois mots de la devise nationale française en même temps que des trois couleurs du drapeau. On notera que Juliette Binoche préféra ce film au pont d'or offert par Hollywood pour tourner Jurassic Park... L.D.À 20 ans, il était punk. Il a joué dans des groupes de rock et a touché à tout. Même à l'héroïne. C'est la littérature qui lui a épargné une existence de débauche et probablement une mort précoce. Thomas Coraghessan Boyle, T.C. pour les intimes, a trouvé un sens à la vie en écrivant et en étant seul dans la nature. Elle figure, comme sa destruction par l'homme, au centre de son oeuvre (Après le carnage). Boyle dit même de tout temps avoir été un écrivain écologiste. Mais l'auteur, prix Médicis étranger en 1997 pour America, s'est attaqué à tous les excès et à tous les travers de la société américaine. Parsemé de lecture d'extraits sur dessins lentement animés, le documentaire d'Adrian Stangell et Isabelle Hinteregger suit le bonhomme chez lui pour tirer le portrait d'un mec bizarre qui capture les rats dans sa maison d'amis pour les libérer en pleine nature. Et possède une arme non pour se défendre mais pour éventuellement se suicider. Un docu moins truculent et rock'n'roll qu'on l'imaginait. J.B."L'or, l'or, l'or. Ils ne veulent que cet or. L'or, l'or, l'or. Ils sont prêts à tout pour l'or", chantait Johnny Hallyday dans L'Or de MacKenna, en 1969. Que ce soit dans le désert d'Arizona décrit dans la chanson ou au fond des océans dont ce documentaire est le théâtre, le précieux métal jaune est depuis des millénaires un des plus convoités et le plus auréolé de prestige, de mystère, d'esprit d'aventure. Plus encore, il est un des fers de lance de notre Histoire économique, un fond de richesse des États, une valeur refuge en temps de crise. Mais ses filons se tarissent, les sites d'extraction étant menacés d'épuisement ou trop coûteux financièrement et écologiquement pour être exploités. Or, d'après certains archéologues, 3 500 épaves, dont un grand nombre de galions datant de l'époque dorée du royaume d'Espagne, attendraient dans les fonds marins avec leur cargaison de métal tant convoité. La captation de cette richesse est une donnée économique aux frontières de l'Histoire et de la géopolitique moderne, racontée ici par le truchement de spécialistes, historiens, archéologues, économistes, aventuriers... Bouleversant les notions d'eaux territoriales et de souveraineté, un conflit ayant pour objet ces richesses oubliées s'apprête-t-il à sortir de ces eaux troubles? Palpitant, curieux, mais un brin sensationnaliste. N.B.Juin 1964. Le grand prix de peinture de la Biennale de Venise est remis à un peintre américain. Les préoccupations de Robert Rauschenberg, pionnier de ce qu'on appelle déjà le pop art, vont de l'objet dérisoire à la cabine spatiale. Du grotesque à l'inquiétude. Après 50 ans de règne sans partage, la France tombe de haut et crie à la trahison. New York va rapidement s'imposer comme la capitale internationale de l'art. Le documentaire de François Lévy-Kuentz remonte plus loin dans le temps, jusqu'à l'arrivée aux États-Unis de nombreux artistes exfiltrés d'Europe par Varian Fry pendant la Seconde Guerre mondiale. Il étudie l'émergence d'un art moderne américain soutenu et instrumentalisé par le gouvernement et la CIA, et montre comment l'expressionnisme abstrait et le pop art sont devenus les symboles d'une Amérique libre face aux avancées rouges en Europe. Et comment ils se sont insinués dans les luttes d'influence. Un docu riche qui raconte Motherwell, Rothko, Pollock, Peggy Guggenheim, le MoMA et des choses qui nous dépassent. J.B.Eddy de Pretto dans la catégorie musiques urbaines, Camélia Jordana en musiques du monde et Her en musiques électroniques... La presse française a encore bien ri en découvrant les nominations des 34es Victoires de la musique. Mais ce qui est moins marrant (si tant est qu'on attache un tant soit peu d'importance à ce genre de célébrations), c'est par exemple l'absence pure et simple, aussi désolante que consternante, d'un Flavien Berger. Des chances belges de victoire? Damso et son Lithopédion pour le disque rap. Angèle et son Brol pour l'album révélation. Puis aussi dans la catégorie "création audiovisuelle" ("clip" c'était trop facile?). Les cadres ont été rajeunis et les prestations live pendant la cérémonie se sont multipliées afin de donner un peu de rythme à cette soirée, mais semblera-t-elle pour autant moins longue et soporifique? Pas sûr. Et pas grave. Ça nous fait le même effet chaque année. L'an dernier, même le courant s'était barré pendant un moment... J.B.